“BOHÈME” de Timar, élégance chic et démons intérieurs

Les ascensions fulgurantes boostées par Tik Tok exigent d’accélérer son développement pour « surfer » sur la vague. Timar, qui mature sa formule depuis 2023 mais dont le morceau « 4h44«  , en featuring avec ZZ, a rapidement intégré le top 50 Spotify après une trend féconde à l’été 2025, a pris ce timing au sérieux. Enchaînant les singles, invité sur la mixtape de La Fouine, le Cristolien sort dès le 4 décembre 2025 un album de quinze titres en signant chez Aura Music d’Universal, label dirigé par Amine Farsi. 

Fin mars, avec la sortie du clip de « BOHÈME », il annonce une réédition accompagnée de onze inédits. L’esthétique léchée s’inscrit dans la veine de celle des précédents clips qui accompagnaient déjà REQUIEM. Plans photogéniques, zooms, ralentis, couleurs saturées, flous lumineux, clairs-obscurs et contrastes chromatiques… Timar a fait du théâtre, se rêve derrière la caméra. De quoi appréhender d’un autre œil le chic de la cover de l’album, ainsi que le concert donné en janvier dernier au Théâtre du Châtelet. 

Le décor du Château de Ferrières est adéquat. Son intérieur luxueux, variante Rothschild raffinée d’un baroque splendide et théâtral, se marie parfaitement à l’univers musical, dont « BOHÈME » condense les principaux raffinements : instrumentaux synthétiques, grandiloquents, mélancoliques et déterminés, appuyés par un piano qui revient toujours et s’accompagne de violons, d’effets numériques et de percussions cinétiques. 

A la manière d’un Bouss, d’un So La Lune voire d’un Khali, le rap de Timar se démarque d’abord par son travail spécifique sur la voix. Chants sinueux pleins d’ondulations, autotune aigüe, transformé au gré des nombreuses variations d’intonations, volumes et cadences. L’élasticité vocale s’amuse à rythmer deux couplets qui oscillent entre raps vifs et passages chantés. Planante, la couleur vocale est atypique car nasillarde et cristalline. Elle hante par ses échos sur le refrain, et s’étire souvent dans la douleur. 

Dans cette complainte viscérale, la vie de quartier étouffe, ne donnant lieu qu’à de vains exutoires, constats amers, questionnements torturés, échappatoires toxiques ou tragiques. Les diamants, déjà au coeur du Sierra Leone, sont ici l’occasion de rappeler les vices violents d’une vie qui a toujours été sans avenir. La seconde partie du clip, avec la Maybach cernée par 4 cagoulés, les danseuses et la centralité d’un globe terrestre qui zoom sur l’Afrique centrale, rappelle des thématiques chères à cet artiste d’origine congolaise dont le clip de « CHE GUEVARA » s’ouvre sur un discours du révolutionnaire. « BOHÈME », tragique, se présente donc comme belle synthèse d’un univers déjà dense. REQUIEM : MIEUX QU’HIER, promu par Kery James, est disponible depuis le 3 avril.