TH, chaise électrique : courant alternatif

« Dehors, c’est l’apocalypse ». Une raison de plus pour TH de choisir, visiblement, la montée en régime. Avec « CHAISE ÉLECTRIQUE », il s’offre un sprint foudroyant qui radicalise ses codes, avant son premier album, E-MUSIC.

 La prod, signée Finvy et REESE3019, est dominée par des hi-hats saillants qui s’abattent en rafale à la cadence mécanique d’une usine robotique. Le morceau vibre de textures métalliques et électroniques, tout droit sorties d’une salle des machines, prolongeant la matrice e-trap familière de TH. Les synthés sous trance gate y martèlent une mélodie qui semble héritée de « POKÉMON » sorti l’an dernier, hypnose sonore qu’un beat switch vient briser à 1:42. Ce décrochage scinde le single et souligne le contraste permanent chez le rappeur. Le texte, de son côté, évolue par à-coups. La patte de l’artiste est là, brutale et sans filtres. Ici, pas de récit, juste des flashs instinctifs envoyés comme autant d’uppercuts. Le trappeur sous haute tension shoote les diapositives d’un quotidien à 200 km/h, entre transactions (« Anvers, Rotterdam, Amsterdam, j’empile les têtes »), mépris des institutions (« J’remplis mon casier, j’empile les faits ») et arrogance d’un présent en Lamborghini qui répond aux échecs d’hier (« Ma prof’ disait : « Tu vas finir SDF » »). Le décor d’une fuite permanente où l’argent, la drogue et la vitesse servent de seuls remparts à l’apocalypse. 

À l’inverse du morceau, le clip de Nathanaël Day joue la carte de la sobriété. Le noir et le blanc dominent une image glaciale, seulement troublée par une typo rouge sang, distillant la menace sans la nommer, et accentuant une tension que le clip ne fera que resserrer. Entre détention et asile, le décor étouffe un trappeur-dissociatif cerné de silhouettes noires qui le dupliquent et l’oppressent. Au beat switch, TH semble perdre pied avant d’être plongé dans le noir. Il y est agressé, tatoué de force et sanglé à une chaise électrique. Face au chaos, l’artiste finit par sourire : une folie fascinante qui montre qu’il ne subit pas ce désordre, il s’en nourrit, jusqu’à la combustion.

« CHAISE ÉLECTRIQUE » ne révèle rien d’inconnu, TH reste TH, trappeur-apocalypto-futuriste dense et cohérent, qui dit l’essentiel sans trop en dévoiler. Une montée en tension avant la décharge finale du 3 avril. – Lilia Lrd