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Kheops
Sad Hill
Chronique par Julien | Publiée le 03/12/2006
Sortie : 1997
Durée : 86'56
Label : Sad HillRecords / Delabel
Format : CD/Vinyle
Il y a des disques autour desquels la vie paraît
s'enrouler, qui à chaque écoute renvoient à un lieu précis, à une période.
Quelle que soit leur qualité intrinsèque, nous y restons attachés pour les
souvenirs dont ils sont chargés, les maudissant un jour pour leurs défauts
mais y revenant systématiquement à un moment ou à un autre – presque par
automatisme.
Pour quiconque a découvert le rap dans la seconde
moitié des années 1990, lors de son avènement commercial, la
compilation/album "Sad
Hill" de Kheops est de ceux-ci.
Album homogène plus
que banale compilation, "Sad
Hill" véhicule une "certaine idée du rap français" :
productions simples, mélange de textes sombres et d'histoires à dormir
debout, casting large. Soit la réunion parfaite pour obtenir un carton
commercial et un disque d'or supplémentaire à dépoussiérer. Et on ne s'en
plaindra pas. Promis.
Si des artistes marseillais et parisiens
avaient déjà croisé le fer (de Lady B. Love sur "De la planète
Mars..." au morceau 'Derniers pas dans la mafia' sur
"Le Calibre qu'il te
faut" en passant par le feat de East et Fabe sur 'L'Enfer'
ou la présence de DJ Cut Killer sur 'La Face B'), c'est le projet "Sad Hill" qui
établira le pont le plus important entre la capitale et la cité phocéenne.
Le groupe IAM n'avait pas caché son admiration pour la clique Time Bomb et
invite certains de ses plus emblématiques représentants : les X.Men qui
signent la tuerie 'C'est Justifiable' ("la violence s'entend dans l'accent"), Oxmo Puccino, Pit
Baccardi ou encore Hifi, épaulé par Geraldo. Bien que moins surprenantes et
réussies, les apparitions de membres de la Scred Connexion (Fabe et Koma),
et du Secteur Ä (Passi accompagné d'Hamed Daye, Stomy Bugsy) vont aussi
dans ce sens, amorçant la création d'un véritable axe Paris/Marseille. Par
certaines de ces collaborations, le DJ d'IAM permet également à une
nouvelle génération de rappeurs d'obtenir une plus grande exposition
médiatique, qu'il s'agisse de parisiens ou de locaux (3eme Œil).
A
quoi pense-t-on immédiatement lorsque l'on parle de "Sad Hill" ? L'impression
première est celle d'une immense récréation pour l'ensemble des invités, à
quelques exceptions près. Grosses influences cinématographiques – la "Trilogie des
Dollars" de Sergio Leone bien entendu, "Scarface", "Crying Freeman", la saga des
James Bond notamment – et casting impeccable sont au menu : Faf La Rage
invente le génial 'Fainéant', Def Bond s'amuse en "Def Bond 0013" ("...et je suis large quand j'invente"),
Stomy Bugsy transforme le bad boy de Marseille en playboy de Sarcelles
pendant que son pote Passi essaie de serrer une meuf du showbiz, Freeman
devient un tueur de l'Ecole du micro d'argent tandis que l'ensemble
d'IAM mixe "Le Bon, la
Brute et le Truand" avec "Et pour quelques dollars de plus", prolongeant
ainsi le délire de 'Un bon son brut pour les truands'.
Mais "Sad Hill" n'est
pas uniquement une gigantesque bouffonnerie et compte aussi son lot de
titres sérieux : le classique 'Mama Lova' d'Oxmo (et par la même occasion
son premier tube) en premier lieu suivi de près par le venimeux 'Pousse au
milieu des cactus, ma rancœur' d'Akhenaton, titre magnifique sur lequel on
pourrait facilement s'appesantir des heures, 'Les jours sont trop longs'
qui permet à l'auditeur de découvrir chez Def Bond une mélancolie
insoupçonnée ("(...) aujourd'hui j'écris
pour occuper des journées trop longues...") ou encore 'Si j'avais
su' de Shurik'n, annonçant la tonalité sombre de <"Où je vis".
Habile
dénicheur de samples – sans trop se salir les doigts non plus – plutôt que
grand beatmaker, Kheops crée des instrus simpl(ist)es qui, s'ils ne
brillent pas par leur originalité (le Marseillais aime beaucoup les BO de
films), s'avèrent efficaces d'un bout à l'autre du disque ; bien qu'avec
le recul le système un sample bouclé+une basse+un beat puisse paraître un
peu trop facile. C'est sans doute dans ce domaine que réside la grande
chance de découvrir ce type d'albums à douze ans, donc à un âge où les mots
"kick", "sample", "snare" ou "charley" ne sont rien d'autre que du chinois
; on se fie avec naïveté à l'ambiance générale d'un morceau en se laissant
simplement envoûter par une histoire et une atmosphère – et les samples
extraits de BO d'Ennio Morricone sont parfaits pour cela. Tout ça pour se
retrouver quelques années plus tard à cracher sur un album pour trois
caisses claires qui ne nous conviennent plus...
Au final "Sad Hill"
s'apparente à l'album idéal pour faire découvrir le rap français : facile
d'accès, à la fois marrant et sombre, léger et profond, il s'agit d'une
grande réussite. Si les volumes suivants ne connurent pas le succès escompté
("Sad Hill
Impact" et "Sad Streets"), ce premier projet de Kheops eût
pour mérite d'établir des liens durables entre les scènes parisienne et
marseillaise, liens qui se matérialisèrent par le travail d'Akhenaton sur
"Les
Tentations", le premier solo de Passi, ou par les apparitions
de Freeman, d'Akhenaton et du Rat Luciano sur l"Opéra Puccino" d'Oxmo.
- Julien
01. Sad Hill (Akhenaton-Shurik'n-Freeman /
Kheops)
02. C'est Justifiable (Ill-Cassidy /
Kheops)
03. Def Bond (Def Bond / Kheops)
04. Le Playboy de Sarcelles (Stomy Bugsy /
Kheops)
05. Scrute Le Terrain (3eme Oeil /
Kheops)
06. Hip-Hop Marseillais (Def Bond-Faf
La Rage / Kheops)
07. Fils du Dragon (Freeman
/ Kheops)
08. Si t'es cap d'y aller (Hifi /
Kheops)
09. Le DJ "Live On Stage"
10.
Les Groupes Représentent (Def Bond / Kheops)
11. Mama Lova (Oxmo Puccino / Kheops)
12.
Pousse au milieu des cactus, ma rancoeur
(Akhenaton / Kheops)
13. Les Meufs du
Show-Biz (Passi / Kheops)
14. Les Jours Sont
Trop Longs (Def Bond / Kheops)
15. Merci (Fabe-Koma / Kheops)
16. Le Fainéant (Faf La Rage / Kheops)
17. Si J'avais su (Shurik'n / Kheops)
18. 0013 (Def Bond / Kheops)
19. Côté Obscur Connection (Pit Baccardi / Kheops)
20.
Total Kheops 2 (Akhenaton / Kheops)
Akhenaton
Sol Invictus
Freeman
L'Palais de Justice
IAM
Revoir un Printemps
Oxmo Puccino
Opéra Puccino