{"id":149,"date":"2024-02-05T23:40:18","date_gmt":"2024-02-05T22:40:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.abcdrduson.com\/special\/decennie-rap-us-2010\/?p=149"},"modified":"2024-09-06T09:26:16","modified_gmt":"2024-09-06T07:26:16","slug":"future","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.abcdrduson.com\/special\/decennie-rap-us-2010\/future\/","title":{"rendered":"Future"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les civilisations antiques, l\u2019observation des cieux a autant permis les premiers pas de l\u2019astronomie pr\u00e9-t\u00e9lescopique que la cr\u00e9ation de syst\u00e8mes de croyance o\u00f9 les astres et corps c\u00e9lestes devenaient des dieux, h\u00e9ros et cr\u00e9atures chim\u00e9riques. Un m\u00e9lange de projections cartographiques du ciel autant que de projections existentielles pour trouver des r\u00e9ponses ici bas. Plusieurs mill\u00e9naires plus tard, un trappeur d\u2019Atlanta, Future, a flirt\u00e9 avec la m\u00eame ambivalence dans son exploration imaginaire du vide interstellaire. Au d\u00e9but de sa carri\u00e8re \u00e0 l\u2019aube des ann\u00e9es 2010, apr\u00e8s des premiers pas discrets la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente dans les derniers sursauts de la Dungeon Family, il a en effet beaucoup \u00e9t\u00e9 question d\u2019espace dans la musique de Future. D\u2019acc\u00e9der au statut d\u2019astronaute pour viser les \u00e9toiles jusqu\u2019\u00e0 Pluton et devenir lui aussi un astre dans la voie lact\u00e9e des vedettes de la musique. Dans sa trajectoire mais aussi ses moments d\u2019errance en l\u00e9vitation, Future a laiss\u00e9 une constellation de disques qui ont dessin\u00e9 un personnage presque mythologique, passant d\u2019un Olympe peupl\u00e9 de cupidons \u00e0 un Styx aux reflets de cod\u00e9ine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Future est sans doute l\u2019artiste rap qui a \u00e9t\u00e9 le plus partag\u00e9 entre deux envies contradictoires lors de la d\u00e9cennie 2010. Une sorte de Janus d\u2019ATL, dieu \u00e0 deux visages qui a regard\u00e9 vers des directions diff\u00e9rentes. Les yeux de l\u2019un, sourcils fronc\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9s vers une trap de plus plus en nihiliste, rappant moins l\u2019adr\u00e9naline quotidienne des dealers que la d\u00e9cadence d\u2019une vie entre drogues, sexe et luxe pour oublier les traumas de cette existence dans l\u2019immoralit\u00e9. C\u2019est le Future qui s\u2019est notamment incarn\u00e9 au c\u0153ur de la d\u00e9cennie, de l\u2019automne 2014 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2015, \u00e0 travers sa trilogie de mixtapes <em>Monster<\/em>, <em>Beast Mode<\/em> et <em>56 Nights<\/em>, pavant la voie vers l\u2019album <em>DS2<\/em>, sans doute l\u2019un des plus embl\u00e9matiques de la d\u00e9cennie. Avec ce carr\u00e9 de disques, Future a d\u00e9finitivement fait basculer la trap originelle, celle des charbonneurs des maisons abandonn\u00e9es d\u2019Atlanta et sa p\u00e9riph\u00e9rie, dans une autre dimension.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 trop tutoyer les \u00e9toiles, entre tubes pop et pages des sites de gossips du fait de sa relation avec la chanteuse Ciara, l\u2019Astronaute est pass\u00e9 dans un trou noir et est devenu une forme monstrueuse et bestiale de lui m\u00eame. Un goujat pas vraiment magnifique, qui cache difficilement ses d\u00e9boires personnels et sentimentaux (<em>\u00ab\u00a0I was fucking on a slut and I was thinking about you\u00a0\u00bb<\/em>, \u00ab\u00a0Throw Away\u00a0\u00bb) derri\u00e8re ses exc\u00e8s pharmaceutiques (<em>\u00ab\u00a0Take all my problems and drink out the bottle and fuck on a model\u00a0\u00bb<\/em>, \u00ab\u00a0Codeine Crazy\u00a0\u00bb). Pour l\u2019accompagner, Future va chercher chez les producteurs alors \u00e0 la pointe des innovations trap comme Metro Boomin, Southside et d\u2019autres noms de la 808 Mafia des textures difformes (\u00ab\u00a0No Compadre\u00a0\u00bb), boueuses (\u00ab\u00a0I Serve The Base\u00a0\u00bb) et psych\u00e9d\u00e9liques (\u00ab\u00a0March Madness\u00a0\u00bb). Ses harmonies pop sous Auto-Tune se sont mut\u00e9es en marmonnements ou grognements granuleux, gr\u00e2ce aux nodules de sa voix sous cod\u00e9ine. Future a \u00e9t\u00e9 le ma\u00eetre de cette trap qui s&rsquo;est nourri autant des exp\u00e9rimentations vocales de Lil Wayne que des extravagances trap de Gucci Mane.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les deux visages indissociables de Future lui ont permis d\u2019exister simultan\u00e9ment aux oreilles des amateurs de trap sous substances et \u00e0 celles d\u2019un public moins enclin \u00e0 ses r\u00e9cits de dandy d\u00e9cadent.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019autre visage de Future, lui, a fait de l\u2019oeil \u00e0 la pop avec une musique \u00e9dulcor\u00e9e et enlev\u00e9e pour chanter le plaisir de la s\u00e9duction et l\u2019id\u00e9al romantique. C\u2019est le Future des premiers hits, celui solaire entendu sur <em>Pluto<\/em> (\u00ab\u00a0Neva End\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Turn Off The Lights\u00a0\u00bb) et <em>Honest<\/em> (\u00ab\u00a0I Won\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0I Be U\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0I\u2019ll Be Yours\u00a0\u00bb), mais aussi celui de <em>Hndrxx<\/em>, en 2017. Il est alors autant queutard inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 que repentant sentimental, en mettant par moments dans son chant toute l\u2019\u00e2me qu\u2019on lui pensait pourtant d\u00e9pourvue depuis sa transformation en goule (\u00ab\u00a0Sorry\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Use Me\u00a0\u00bb). Ce Future, radieux, n\u2019est pas celui qui a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessairement le plus influent, comme si l\u2019ombre avait pris le pas sur la lumi\u00e8re. Pourtant, c\u2019est cette face de son r\u00e9pertoire qui reste la plus populaire dans les charts : pour preuve, le succ\u00e8s de I Never Liked You en 2022, album bien plus convenu. Ces deux visages sont indissociables l\u2019un de l\u2019autre et lui ont permis d\u2019exister simultan\u00e9ment aux oreilles des amateurs de trap sous substances et \u00e0 celles d\u2019un public moins enclin \u00e0 ses r\u00e9cits de dandy d\u00e9cadent. Une dichotomie encore pr\u00e9sente sur ses deux albums en \u00e9troite collaboration avec Metro Boomin, <em>We Don\u2019t Trust You<\/em> et <em>We Still Don\u2019t Trust You<\/em>, sortis cette ann\u00e9e 2024, d\u00e9clinant \u00e0 nouveau cette dualit\u00e9 trap parano\u00efaque \/ romantisme nocif sur des productions plus sophistiqu\u00e9es. Deux nouveaux succ\u00e8s publics.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 deux reprises, d\u2019ailleurs, les deux aspects de sa musique ont cohabit\u00e9. D\u2019abord d\u00e9but 2013. En un quinte flush de singles, il devient le hitmaker le plus influent du rap et du R&amp;B am\u00e9ricains, invit\u00e9 pour des refrains imparables, passant de coups d&rsquo;\u00e9clat infectieux (\u00ab\u00a0UONEO\u00a0\u00bb de Rocko, \u00ab\u00a0Buggati\u00a0\u00bb d\u2019Ace Hood, \u00ab\u00a0Love Me\u00a0\u00bb de Lil Wayne) \u00e0 des roucoulements mielleux (\u00ab\u00a0Loveeeeeee Song\u00a0\u00bb de Rihanna, \u00ab\u00a0Body Party\u00a0\u00bb de Ciara, sur lequel il est cr\u00e9dit\u00e9 comme auteur). Quatre ans plus tard, au coeur de l\u2019hiver 2017, le bin\u00f4me d\u2019albums <em>Future<\/em> et <em>Hndrxx<\/em> a magnifi\u00e9 cette dichotomie entre son exub\u00e9rance crasse et son romantisme toxique, capable aussi bien de tubes viraux (\u00ab\u00a0Mask Off\u00a0\u00bb) que de purs instants de lucidit\u00e9 sur l\u2019absurdit\u00e9 de la vie dans l\u2019ill\u00e9gal (\u00ab\u00a0Feds Did a Sweep\u00a0\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9cennie musicale de Future est en cela remarquable qu\u2019elle a \u00e9pous\u00e9 ses \u00e9moluments personnels. Certains d\u00e9tracteurs ont accus\u00e9 Future d\u2019inauthenticit\u00e9. Dans la forme, pour sa voix noy\u00e9e sous l\u2019Auto-Tune. Dans le fond, pour son aveu de ne pas \u00eatre le sac \u00e0 stup\u00e9fiants qu\u2019il raconte \u00eatre dans ses textes. Il y a pourtant une forme de sinc\u00e9rit\u00e9 dans cette trajectoire, jusque dans ses sorties moins audacieuses (<em>The Wizrd<\/em>, <em>High Off Life<\/em>). Sur \u00ab\u00a0Tricks On Me\u00a0\u00bb, il mesure sa bonne fortune d\u2019\u00eatre avec son fils lorsqu\u2019il souffle ses bougies d\u2019anniversaire, contrairement \u00e0 celui de son pote Bankroll Fresh, tu\u00e9 en 2016. Future a ainsi ouvert la voie, pour le meilleur et le pire, \u00e0 toute une g\u00e9n\u00e9ration de sales gosses qui ont cach\u00e9 des comportements de cons derri\u00e8re des excuses de mal-\u00eatre amoureux ou d\u2019addictions \u00e0 des produits psychotropes, mais ont aussi port\u00e9 plus loin et avec plus ou moins bon go\u00fbt ces \u00ab\u00a0crooneries\u00a0\u00bb marmonn\u00e9es. <em>\u00ab\u00a0I turned the whole world up, now they wanna treat me like an outcast or something\u00a0\u00bb<\/em>, chante-t-il dans \u00ab\u00a0Hardly\u00a0\u00bb, avant d\u2019ajouter plus loin : <em>\u00ab\u00a0Tryna find right in my wrong, hope my legacy live on, that&rsquo;s why I wrote this song<\/em>\u00ab\u00a0. En \u00e9crivant sa l\u00e9gende, Future n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 qu\u2019un Ulysse de son odyss\u00e9e trap : il en a \u00e9t\u00e9 aussi son propre Hom\u00e8re. <em>&#8211; <strong>Rapha\u00ebl<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les civilisations antiques, l\u2019observation des cieux a autant permis les premiers pas de l\u2019astronomie pr\u00e9-t\u00e9lescopique que la cr\u00e9ation de syst\u00e8mes de croyance o\u00f9 les astres et corps c\u00e9lestes devenaient des dieux, h\u00e9ros et cr\u00e9atures chim\u00e9riques. Un m\u00e9lange de projections cartographiques du ciel autant que de projections existentielles pour trouver des r\u00e9ponses ici bas. 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