Musique d'OG Che Noir & Apollo Brown – As God Intended

Ce n’est pas une question d’âge, encore moins une question de naissance. C’est une question de sagesse, d’expérience et de douleurs vives. Che Noir, originaire de Buffalo, a visiblement déjà bien vécu (« wisdom don’t come from age, it comes pain and experience« ). As God Intented a tout du debut album dont chaque rappeur rêverait. Le genre d’albums qui ont marqué Che Noir en 1994, année de sa naissance, année de Illmatic, de Ready to Die, de Gravediggaz, de Method Man… « ’94 », outro du disque, y rend un hommage poignant et décrit une jeune fille trop jeune pour comprendre où est parti son père, mais assez grande pour comprendre qu’elle aime le rap. Adolescente, sans saisir toutes les subtilités de ce qu’elle entend, elle écoute Biggie et Pun, A Tribe Called Quest et Az — dont le refrain iconique de « Life’s A Bitch » est scratché sur « Money Orientated » —, Foxy Brown, Lauryn Hill et Lil Kim. Les références au rap new-yorkais des années 1990 impriment ses réflexions et définissent invariablement sa ligne esthétique. Chaque album évoqué sert de point d’ancrage, tissant un fil directeur dont la rappeuse ne s’éloigne à aucun moment. Vivre et mourir pour le rap, quitte à se repasser en boucle les images de son enfance rompue (« use music as my medicine to erase these scars« ). Chargé de construire le squelette musical du disque, Apollo Brown y apporte une production où s’empilent les samples de soul et les drums sèches. Nouvelle preuve de la connexion Détroit-Buffalo qui a déjà vu la signature de Boldy James chez Griselda Records. Deux villes qui sentent le plomb et le rêve américain déchu. Deux villes qui partagent la pauvreté, l’exclusion et les rappeurs d’exception. Deux villes qui ont incontestablement marqué de leur empreinte l’année 2020 du rap américain. As God Intented est l’une des pièces les plus importantes de cet exercice écoulé, et Che Noir, l’une de ses rappeuses les plus saisissantes. — The QLTR