Sept  - AmnésieSept Hip-Hop

Extrait de Amnésie

[Sept]

Je décale d'un cran tous les raps que je kick dans l'espace de l'instant où dérape le flic. Ce que la presse classe un temps en rubrique faits-divers, quand j'y reviens en public c'est ma thérapeutique en séminaire. Les plus déloyaux durent, on crache nos boyaux sur les planches, on lâche des joyaux pures à des tranches horaires plus qu'étanches. Chancelant, j'entends ce que mes gars mixent THC dans le sang et franchement, sans son THX ça met dans le vent. Concentré sur les couplets, l'élocution et la rythmique, je comprends que c'est pure quand on écoute les pires des productions mythiques. Fixant les murs qui coulaient sous les bombes avant que les couperets tombent, les gosses des fous les plombent, si précoces ils ont tous des tombes. Je compte mes certitudes sur les doigts de la main, je me rends compte que dans un désert titubent mes choix de gamin, qu'un jet d'encre atténue le mal quand les vrais cancres relatent les rues sales. Les jurys des MJC pètent les watts en arbitrant les dates où s'injurient des aspirants qui se tirent dans les pattes. Des rues qui voient sé-pa des habitants s'abritant de peur qu'on les gratte. Des tueries de voix sé-cas visant des choix inadéquates. On aime quand le fond du climat est moite. On prend un bon thème et on le tue sur un son cru si ça déboîte.

Pour me détendre je mélange du shit tendre avec un bout de clope mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop. Des fois je me dis D'oz, faut que tu ouvres un coffee shop, mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop. Peut-être qu'un jour je vais sûrement arrêter de shrob, mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop. Je rentrerai peut-être dans des soirées snobes, mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop.

[D'Oz]

T'imagines si cette culture avais pas existé, qu'est-ce qui me pousserai tous les jours à persister, me donnerai le pouvoir de résister ? Quand je l'ai connue j'ai même pas hésité une seconde, depuis elle à pris de l'ampleur façon obésité sur les ondes, la presse, ton petit écran, dans les tèc’ et même chez ceux qui ont des francs. Elle a évité de nombreuses fois qu'on se fasse rèss adolescents. Période de détresse, devenir grand mais surtout quelqu'un, ça me déstresse, m'employer à fond pour pas se noyer, toucher le fond dans ce fittigra sur train. De quoi ça me gratifie ? Pas de tourner en rond comme ces beaufs à la con, j'aurais pu t'écrire un bouquin tellement l'intégrale de mes textes est long. Un de ces kifs, n'importe quel prétexte est bon, l'expérience acquise m'a persuadé de pas gâcher le don, dissuadé de lâcher le son. Répèts’, concerts, studios, délires en improvisation déconcertants.

[Sept]

L'écriture, quand mes choix se tiennent des voix me viennent dans mon sang, c'est la troisième. Dans ce dévouement y a un blasphème émouvant. N'éprouvant pas de peine en découvrant chaque thème déroutant, n'écoutant que ma reine mais se foutant de la crème c'est dégouttant. Je retranscris des visions d'au-delà de l'imagination ; je brandis la dérision face à la fraude, la machination. Le rap, une addiction et on sait qui se tape l'addition, qui s'échappe dans la fiction, passe l'étape de sa condition. On dessape la réalité, passe les caps de la dualité. Je suis pas de ces rentiers de la guerre, quitte à en chier, à le faire sans que mes francs chez un banquier macèrent, sans dentier diamantaire, j'adhère au sentier amère. Le temps altère ce qui est superflu, ce qui est grand paraît minuscule. Mandataires des causes perdues agglutinés en groupuscules, trois illuminés sous perfu, lampadaires dans le crépuscule. Sur des airs funéraires la lune éclaire nos majuscules.

Je me sers du shit comme d'un médoc, sans concerts, sans musique je débloque mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop. Je lâche rien comme Efay avec l'antidote, en chien quand certains gens pivotent, mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop. C'est pas du Moët que je sirote ni une Corvette que je pilote, mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop. Y a peu de convictions solides comme des rocs, de sanctions abolies dans cette époque, mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop.

[D'Oz]

Nos vers représentent un témoignage, une trace, juste un esprit sur une page tenace comme l'encre indélébile. Des cancres sortent les bics, puis en indé des vinyles que tu mets dans tes bacs et sur tes Technics - tactiques de collectionneurs. Je pose sur de mystiques rythmiques, de ce qu'on appelle un confectionneur d'ambiances cosmiques comme j'affectionne. Mes synapses se bouchent mais mes neurones fonctionnent dès que je touche la plume, question d'honneur. Crache les cartouches, atteinte aux bonnes mœurs, j'apporte ma touche, qu'importe l'humeur, t'as vu. Je me sers uniquement du peu que j'ai, ce truc qui te prend aux viscères, que je communique au public en train de bouger loin du commissaire, de ceux qui te filent des TIG genre obligé de casser des pierres. C'est fini l'esclavagisme, les méthodes employées lors des périodes de fascisme qui en ont envoyé trop au cimetière. C'est le temps de la révolte, de modifier le mécanisme, le temps de la récolte, fuyant les flics en hélico de John Holt.

Je veux m'offrir le pouvoir d'exercer pour voir, sortir et percer, mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop. Voir les valeurs s'inverser et revoir celles qu'on va leur verser, mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop. Déjà que je suis triste quand je les vois tous faire plein de drops, mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop. Je pourrai leur montrer le flow qui les fait tomber en syncope, mais je serai déprimé si pour m'exprimer j'avais pas le hip-hop.