Gros Mo, l’interview dièse
Interview

Gros Mo, l’interview dièse

2 ans après un excellent premier EP, Gros Mo revient ce vendredi 14 octobre avec une nouvelle mixtape. Discussion à tiroirs avec un rappeur en pleine métamorphose.

#Ateliers

« En 2003, j’ai commencé à faire du breakdance dans une structure à Perpignan, La Casa Musicale. Au bout d’un certain temps j’ai dû arrêter la danse à cause de problèmes de santé. Du coup, l’année d’après je me suis inscrit aux ateliers de rap, tenus à l’époque par un gars du groupe de Némir. J’aimais beaucoup rapper les textes de Booba, donc je me suis mis à gratter des rimes un peu proches. Je pompais un peu sur tout le monde à la base, je prenais un petit peu de ci, je volais un petit peu de ça. J’avais quinze ans donc ce n’était pas sérieux. Il y a eu quatre ans pendant lesquels je rappais à l’arrache, et vers mes 18 ou 19 ans, j’ai commencé à faire des choses sérieuses, avec Némir. Lui s’occupait alors des ateliers depuis deux ans, et il m’a proposé de faire des lives à ses côtés. Au départ je le backais, après j’ai commencé à faire des couplets et à me prendre plus au sérieux. Disons que je rappe sérieusement depuis mes 20 piges. Sur les scènes de Némir, j’étais backeur mais je rappais pas mal. Je faisais les couplets de tous les feats qui n’étaient pas présents, plein de mes propres couplets, et la frustration qui pouvait être là sur la première tournée lorsqu’on était deux backeurs, Carlito et moi, a disparu une fois que nous n’étions plus que deux sur scène, Némir et moi. »

#FilsDePute

« J’ai mis un peu de temps à sortir un premier EP, ça faisait déjà un moment que je rappais sérieusement. On était souvent en studio, j’étais tout le temps derrière les projets de Némir. Après je me suis pris au jeu et j’ai eu envie de dégainer mes propres trucs, mes propres délires. Au tout début, je faisais ça pour le kif, c’est autour de la sortie du clip « Enfoiré » que j’ai commencé à cogiter, à me dire qu’il fallait sortir des sons, des projets. Disons que c’est à ce moment que Gros Mo est né. A la base c’était Mourad, et là c’est devenu Gros Mo ! À cette époque on tournait beaucoup avec Némir, et dans le milieu, les gens savaient que j’étais son backeur, mais pas forcément que je rappais. On ne savait pas trop ce que je faisais et j’ai eu envie de sortir ce projet-là par rapport au milieu et surtout par rapport à notre famille de rappeurs, les Deen Burbigo, Eff Gee, Alpha Wann… Ce sont eux qui m’ont chauffé à faire un projet. Quand j’ai sorti Fils de pute, ça m’a permis d’être pris au sérieux par tous ces gens du rap. J’ai eu des bêtes de retours et j’ai pu dealer le contrat que j’ai pour mon nouveau projet. »

#Les#DeGrosMo

« Depuis 2014, Il y a eu énormément de Playstation 4 [rires], il y a eu GTA, Overwatch, Fifa, tout ça c’était déjà pas mal compliqué ! On va dire que je me suis beaucoup branlé, c’est pour ça que j’ai mis autant de temps. Pendant un moment je ne voulais même plus entendre parler de rap. Tu me parlais d’une prod, je m’en foutais. Je voulais juste rester à la maison, faire à manger, donner à manger aux enfants comme on dit. En vrai j’ai commencé à bosser sur ce projet en mai dernier. On avait déjà sorti « #BOULEHYA » et « #FOKTULEKEN », j’ai récupéré un autre morceau, « #MAGIENOIRE » que j’avais pondu un petit moment avant, et sinon tout le reste ce sont des morceaux qu’on a fait à partir d’avril, mai. Après, je n’ai pas trop d’attentes, ça reste un petit projet, une mixtape. C’est très modeste, et déjà le seul fait d’être en interview aujourd’hui, je ne m’y attendais pas. Quand on a pris une attachée de presse je ne pensais pas faire tout ça, des interviews, des radios et compagnie. Le projet m’a déjà permis tout ça, et ça me motive pour la suite. J’ai déjà commencé à bosser sur le prochain, ça me donne envie qu’il soit plus sérieux, et cent fois plus défendable, un petit peu plus passe-partout, parce que celui-là est un peu difficile à défendre dans certains contextes. J’aime bien moi, mais à un moment donné il faut manger. »

#En’Zoo

« Avant de s’enfermer en cabine ou de faire un beat, il se passe au moins une heure de bourrage de crâne. On critique le monde entier, tout le monde nous critique, on se monte le crâne, et une fois qu’on est bien possédés, bien angoissés, on commence à faire du son pour déverser. Ça a toujours été comme ça, jamais je ne suis entré en studio et me suis mis direct à bosser. Quand on entre, il faut qu’on fume, qu’on discute pendant des heures et dès qu’on se sent mal, comme des merdes, là on commence à faire du son, dans la précipitation. Sur la mixtape, il n’y a qu’un morceau qu’En’Zoo ne produit pas, mais c’est Everydayz, un autre Perpignanais. En général, En’Zoo a tout le temps quelques prods de côté, il me fait écouter des trucs, si une prod matche on le fait, sinon on compose sur le moment. Il y a aussi beaucoup de trucs que je fais sur des faces B, et qu’après on réenregistre, « #MALSAIN » par exemple c’était ça. »

#Malsain

« Je l’avais fait sur une prod très trap, un cliché. Du coup on a coupé la prod et on a fait un morceau plus club. C’est la seule vraie transformation qu’il y a sur la mixtape, ce morceau. Moi j’ai plus kiffé faire un track comme « #MALSAIN » ou comme « #HULAHOOP » où je chante, autotuné à mort. Je me régale plus à tester des trucs comme ça qu’à faire des morceaux comme « #FOKTULEKEN » maintenant, sur lesquels j’ai l’impression de me répéter un peu. C’est vrai qu’au niveau des retours sur « #MALSAIN », j’ai eu des choses un peu négatives, avec des mecs qui n’aimaient pas du tout. Mais en général ce sont des gens qui ne veulent pas décrocher d’un rap classique, « ouais tu fais de l’Afro-trap, tu fais de la zumba« … Mais il n’y a pas de problème. Moi j’aime bien, si tu regardes sur le projet il y a des morceaux avec un côté zouk même. »

#Rap

« Dans les projets qui vont arriver, comme l’album de Némir, il y a des trucs qui n’ont rien à voir avec ce qui se faisait. C’est au-delà du rap. Moi en vrai je fais du rap parce que c’est ce que j’ai pu faire sur le moment, mais j’aime la musique en général. En ce moment j’écoute très peu de rap. Soit ça me frustre, soit ça me traumatise… Je n’arrive plus à en écouter en fait, j’analyse tout, je n’arrive plus à kiffer. Soit ça me fait mal, soit ça me fait chier. Quand j’écoute du Kendrick, quand je vois ses lives, ça me fait très mal, je me dis « on est des merdes en fait, ça sert à rien« . »

#Cover

« J’ai envoyé quelques covers en exemple à Young Blood qui a fait la cover, et franchement je me suis pas pris la tête, j’ai marqué des trucs super cons sur Google, je cherchais des images basiques, un peu satanistes, louches. Je lui ai dit d’essayer de détourner ça et je l’ai laissé faire ce qu’elle voulait, en lui montrant des exemples de police, des trucs barrés, colorés, un peu chelous. Elle a kiffé et elle a fait cette cover. »

#Sorcellerie

« Je suis à fond dans ça, je suis mordu de paranormal, tout ce qui touche au spirituel, à la foi, parce que ce sont des trucs qui me parlent depuis que je suis petit. Je crois en ces trucs-là par rapport à mon vécu, et pour moi faire de la musique c’est un peu comme faire de la sorcellerie. Quand tu vois Nekfeu par exemple qui soulève des publics entiers, rien qu’avec sa voix, il a une force le mec. C’est un peu des forces invisibles, moi j’y crois beaucoup. Après je fais beaucoup de provoc’ aussi. Comme je suis un reubeu on n’attend pas de moi que je sois sur ce délire… « Non le sheitan, non fais attention, le haram ! » alors qu’en vérité c’est beaucoup plus fin que ça. On s’en bat les couilles de « 6.6.6 », c’est pour rigoler. C’est de la provoc, puis j’ai envie de tester, j’aime bien jouer avec le feu. »

#Provoc

« J’essaie de faire rire, des fois ça énerve certaines personnes, comme quand je dis « validé par le Daesh« , les gens l’ont reçu bizarrement. Quand j’ai présenté mon projet pour la première fois c’est la phase qui ressortait… On me disait « Boulehya, validé par Daesh… c’est compliqué » mais au final moi j’aime bien, et plus on va me dire ça, plus je vais écrire des trucs qui feront chier. Chacun dit ce qu’il veut, ça reste du rap, c’est au millième degré. On est des acteurs avant toute chose, moi j’aime bien jouer la comédie. Si j’avais les capacités pour et la chance de le faire j’aimerais bien jouer dans des films. Etre le méchant dans un film c’est trop bien, le méchant c’est le meilleur. »

 

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