Beatmaker du groupe aixois CAS, Antes nous en dit plus sur sa passion, sa façon de travailler et ses influences. Rencontre avec ce producteur jeune et talentueux.
14/05/2006 | Propos recueillis par Julien
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Abcdr : Est-ce que tu peux
te présenter, ainsi que ton groupe ?
Antes : Moi c'est
Antes, j'ai 21 ans, je fais du son depuis 1999.
Je suis le beatmaker du
groupe CAS qui comprend aussi un rappeur, Caserio (21 ans aussi). On est
originaires d'Aix en Provence. On fait la route ensemble depuis 2001 et plus
sérieusement depuis 2 ans, date à laquelle j'ai laissé tomber le rap pour me
concentrer sur les sons. On a sorti en février 2006 notre premier album 16
titres, "La
Récolte" sur notre structure Back In Time. Je suis à la prod
d'un bout à l'autre du disque et au micro sur un morceau.
A : Quelle est l'origine de ton
pseudo ?
Antes : Chaque fois qu'on me pose cette
question j'essaie de faire marcher ma mémoire, mais j'ai vraiment du mal. Je
sais plus vraiment comment je l'ai choisi… sûrement pendant un cours
d'espagnol au collège, en le gribouillant sur une feuille. Ca doit bien
faire 8 ou 9 ans que je l'ai. Tu te cherches, donc automatiquement tu te
crées des personnages, avec un ou des pseudos.
Ca veut dire "avant" en
espagnol et je l'ai pris à la période de la vie où tu n'as encore rien foutu
mais où tu commences déjà à dire "c'était mieux avant". En plus j'trouvais
ça agréable à l'oreille, alors ça m'a suffit. Mais depuis j'suis bien
emmerdé pour expliquer ce choix. [rires]
A : Quel regard portes-tu rétrospectivement sur tes premières
instrus ?
Antes : Je suis de la génération de
beatmaker qui commence par les logiciels comme la série E-jay et compagnie
pour manier les samples présents dans la base de données. Je ne sais pas si
c'était une bonne idée de commencer par ça, mais ça m'a fait voir assez tôt
les différents éléments qu'on peut mettre dans une instru (les éléments de
batteries, les instruments, les basses) et ça m'a forcé à analyser les
instrus que j'entendais sur les albums de l'époque, pour essayer de
décortiquer tout ça.
Mes premières instrus originales c'était des
compos toutes simples sur un synthé. J'envoyais mes boucles sur mon ordi, je
les éditais, je les balançais sur un séquenceur sur lequel je jouais une
batterie et le tour était joué. Avec le recul j'me rends compte qu'on ne
s'improvise pas compositeur sans des bases en solfège, sinon on tourne très
vite en rond. C'était super fade, et pas vraiment représentatif de l'état
d'esprit du groupe, donc ça nous forçait à dire un peu n'importe quoi dans
nos textes pour coller aux "ambiances" des sons.
Je pense qu'à
partir du moment où je me suis concentré sur le sampling j'ai commencé à
faire des instrus plus intéressantes.
A : Qu'est-ce qui t'as poussé à arrêter le rap
pour te concentrer sur la prod ?
Antes : Plusieurs
choses. Déjà, je ne suis pas un showman dans l'âme, donc en concert
j'prenais du plaisir, mais je ne pense pas que j'avais une présence et un
charisme indiscutables, et je pense que ce n'est pas forcément fait pour moi
d'être sur le devant de la scène à gueuler mes textes comme un dingue.
Puis, j'ai commencé à en avoir marre d'écrire, à ne plus avoir
beaucoup d'idées de textes, alors que Caserio en avait de plus en plus, et
qu'il commençait à se créer son propre univers, avec ses thèmes et sa façon
de les aborder.
Et enfin, il y le problème du temps. Parce que, que
ce soit pour rapper, avec la partie écriture que ça comporte, ou pour faire
des sons, ça prend beaucoup de temps. Alors j'ai préféré passer ce temps à
faire uniquement des instrus, plutôt que de continuer à faire les deux à
moitié.
A : Quel
matériel utilises-tu actuellement ?
Antes : Depuis
deux ans maintenant, j'utilise une MPC 2000 XL, machine super commune, super
classique… Je bosse uniquement dessus pour le moment. Je m'y suis habitué,
et à vrai dire je ne connais pas grand-chose en matos, mais pour ce que
j'avais envie de faire jusque là ça suffisait amplement.
A : Est-ce que tu en es pleinement
satisfait ou bien comptes-tu acquérir d'autres machines ?
Antes : J'en suis satisfait, mais je commence à en voir les limites.
J'ai de plus en plus envie de jouer une partie de mes sons, de compléter les
parties samplées par des nappes, ou des lignes de basses un peu plus
conséquentes. J'aime pouvoir faire des variations dans mes prods, pour ne
pas foutre une boucle de 2 mesures pendant 3 minutes 30. Donc je pense que
j'vais me mettre en place un système qui me permettra de jouer ces
accompagnements via un clavier maître pour ensuite les mixer avec le taf que
j'ai fait sur ma MPC. C'est rien de compliqué, mais jusque là je ne me
sentais pas capable de faire ça correctement. Mais je pense que tout restera
quand même centré sur mon sampleur.
A : Quelles sont à tes yeux les limites du
sampling par rapport à la compo ? Qu'est-ce que celle-ci te permettra de
creuser, d'améliorer ?
Antes : Les limites sont dans
la liberté. Quand on a un sample, on peut évidemment le triturer pour le
modifier comme on le souhaite, mais il restera toujours les notes du départ.
La compo te permet de compléter le tout comme tu le souhaites.
Je
suis pas vraiment de ceux qui veulent à tout prix opposer sampling et compo,
je suis pour un mélange bien foutu des deux. Il y a pas mal d'exemples de
mecs qui font ça bien. Il n'y a qu'à voir le travail d'un mec comme 20Syl en
France, ou les sons du dernier Cunninlynguists. Kno a fait appel à des
musiciens, notamment des guitaristes, et ça donne vraiment de très bons
morceaux. L'essentiel est de rendre le tout homogène, et d'arriver à
apporter quelque chose en gardant l'émotion dégagée par le sample de base.
D'ailleurs on retrouve de plus en plus de musiciens dans les crédits des
albums de rap.
Après, à un autre niveau il y a la limite causée par
le budget. Déclarer tous les samples dans un album n'est pas vraiment
possible avec un petit budget. Donc quand certains arrivent à sortir un
album à grande échelle, on se retrouve avec des compos, pour ne pas prendre
le risque de se prendre un procès pour un sample pas déclaré.
A : Bosser avec des musiciens,
c'est quelque chose qui te plairait ?
Antes : Oui
carrément, mais seulement si je pense être capable d'apporter quelque chose
au musicien. Que ça soit un échange, et pas simplement l'utiliser pour
remplir un trou dans un morceau. Mais ça serait super enrichissant. Réaliser
un projet avec des musiciens ça serait génial, ça donnerait une sorte de
ligne directrice puisqu'ils auraient leur propre son, tout en n'étant pas
redondant grâce aux samples, et donc pas toujours les mêmes sonorités. C'est
définitivement un truc qui me plairait, mais sur le long terme. J'ai encore
pas mal de choses à peaufiner avant de me lancer dans un truc comme ça.
A : T'imposes-tu
des limites dans le choix des samples ? Genres proscrits ?
Antes : Non, pas vraiment de limite, simplement essayer de reprendre
un sample différemment si possible quand je l'ai déjà entendu ailleurs. Mais
y'a tellement de morceaux qui sortent qu'il est impossible de savoir si ton
sample est inédit ou s'il a déjà été taffé par un autre. J'essaye quand même
d'éviter les trucs vraiment trop repris, pour apporter quelque chose de
nouveau. Mais pour ce genre de choix, je marche au coup de cœur, si une
boucle me plait vraiment, j'm'en fout qu'elle ait été utilisée par quelqu'un
d'autre.
Je n'ai pas vraiment de genres dans lesquels je me refuse à
piocher, mais certains ne m'attirent pas. J'ai du mal avec les BO de films
en général, quand c'est composé pour l'occasion avec peu d'instruments et
une mélodie très dépouillée faite pour coller à l'image. Je trouve ça froid
et pas vraiment intéressant à reprendre, un peu "facile" dans la démarche et
ça ne me tente pas. Pareil pour la musique classique, en général je trouve
ça vraiment très froid. Je ne trouve pas que ça colle à un texte ce genre de
musique totalement instrumentale à la base. D'ailleurs j'ai souvent du mal
avec les morceaux hip-hop fait à partir de ce genre de sample. Après, c'est
sûrement aussi parce que c'est pas la musique que j'écoute, ni celle qui a
bercé mon enfance, donc mon oreille n'est pas attirée par ce style là.
A : Méthode de travail : par quoi commences-tu : beat, basse,
sample ?
Antes : Je commence le plus souvent
par découper mon ou mes samples, pour ensuite les mettre au tempo dont j'ai
envie, et les faire tourner un peu en choisissant des éléments de batterie
qui m'ont l'air de coller. Ensuite je construis mes différentes boucles avec
les batteries et je repère celles qui ont besoin de quelque chose en plus.
Je vais alors chercher une mélodie ou quelques notes à ajouter pour
compléter certaines boucles, comme sur un refrain par exemple. Et en général
je finis par la basse, quand il n'y en a pas une intégrée au sample pour me
sauver ! Mais je fonctionne quasiment à chaque fois à partir d'un sample, en
visualisant tout ce que je vais mettre autour dans un premier temps, pour
ensuite essayer de coller à ce que j'imaginais.
A : Arrives-tu à écouter des disques en entier
sans y chercher, même inconsciemment, de la matière à sampler ?
Antes : Je vais te donner la réponse classique : non
je n'y arrive plus. Enfin ça dépend du type d'album que j'écoute. Si
j'écoute un album de soul, forcément je vais faire attention, pour ne pas
louper une boucle qui tue. Mais je ne suis pas non plus un malade là dessus,
je sais prendre du plaisir à simplement écouter, en mettant un peu de coté
l'envie de sampler à tout prix. Par contre quand j'suis vraiment en chasse,
je suis capable de me repasser un passage 10 fois pour choisir si je le
découpe ou pas. Mais en dehors de ça, je sais que j'ai des périodes où je
n'ai pas envie de faire des sons, juste envie d'écouter de la musique, donc
dans ces moments là, je fais très peu attention.
Mais le fait de
toujours être un peu à l'affût c'est vraiment un réflexe inconscient. Un peu
de la même façon qu'un photographe ne va pas regarder un paysage avec les
mêmes yeux que les autres. Mais c'est pas forcément plus mal, des fois tu
redécouvres un morceau que t'as écouté des années plus tôt et tu te rends
comptes de sa qualité, en faisant gaffe à la ligne de basse, à la rythmique,
alors qu'à l'époque tu ne différenciais pas les éléments.