Interview Meaty Ogre

Crate digger acharné, Meaty Ogre est rapidement devenu le producteur phare du jeune label Galapagos4. Il semble en effet avoir réussi à trouver un son qui lui est propre, et qui est l'emblème des Offwhyte, Qwel et Mestizo. Véritable passionné de disques obscurs et auteur de nombreux 45 tours, il se devait de répondre à notre interview producteur.

11/07/2004 | Propos recueillis par Shadok

Interview : Meaty Ogre

LES DEBUTS

Abcdr : Première instru marquante entendue ?

Meaty ogre : Je pense que c'est "Hello Brooklyn" des Beastie Boys.... La basse m'a tuée sur ce titre.

A : Comment es-tu arrivé à la prod ?

M : J'ai commencé à partir d'un sampler de 2 secondes qui était dans un vieux mixer que j'ai trouvé quand j'avais 16 ans. J'ai samplé quelques boucles de James Brown et j'ai tout de suite été accroc. J'ai fini par acheter un Roland 202 et c'était parti !

A : Rétrospectivement, quel regard portes-tu sur tes premières instrus ?

M : Ha, et bien j'aime beaucoup certaines des idées de mes premiers trucs, je combinais toujours différents styles de rythmiques et j'étais du genre à utiliser des samples bizarres… Mais je n'avais pas vraiment un contrôle total sur leur agencement, alors j'étais jamais très à l'aise avec mes beats. Cela dit chaque nouveau beat marque une évolution, alors j'étudie toujours ce que j'ai fait dans le passé pour essayer et mieux construire mes nouveaux samples.

A : Ta manière de travailler a-t-elle évolué ?

M : Oui, j'ai beaucoup appris sur les techniques, et j'ai récupéré beaucoup de disques depuis mes débuts. Ma connaissance a grandi, et j'apprends toujours. Assez bizarrement, j'essaye de revenir aujourd'hui à des beats plus simples et efficaces.


LA TECHNIQUE

A : Premières machines ? Machines utilisées actuellement ?

M : Roland SP 202, puis j'ai eu Acid 1.0 et une boîte à rythme SP 1200, et c'est tout ce que j'ai utilisé depuis.

A : Boucle ou composition ?

M : Si une boucle est parfaite, je la conserverai comme une boucle, mais je préfère découper et modifier légèrement chaque sample au fil du morceau. Je préfère toujours l'élément live au simple sample, mais si un son tourne bien, tu dois savoir le laisser tel quel.

A : Depuis combien de temps joues-tu de la batterie ? C'est un gros avantage pour un beatmaker d'en jouer et de ‘ressentir' le rythme ?

M : Dès l'âge de trois ans j'ai voulu jouer de la batterie, et j'ai pu commencer à huit ans. A mon avis c'est un avantage énorme d'apprendre à jouer de la batterie, parce que tu sais de quelle façon sonne chaque élément, par exemple comment un hi-hat doit être joué et accordé en fonction de la caisse claire ou de la grosse caisse, etc… Aussi, en tant que batteur, tu as continuellement des rythmes dans la tête, et quand il te faut transférer ces rythmes dans ta machine, le beat dans ta tête peut facilement disparaître, alors je saute sur mon set et laisse les idées couler instantanément.

A : Tu t'imposes des limites dans le choix des samples ? Genres proscrits ?

M : Je me limite à utiliser des samples issus de disques dont je suis sûr que personne, ou un petit nombre, ne possèdent. Je ne sample pas beaucoup de disques de major, principalement des petits labels ou des pressages privés. Je pratique le diggin' de disques tous les jours, et après en avoir tant cherché, tu finis par retrouver les mêmes disques partout, et tu commences à avoir le goût de l'obscur. Mes goûts sont devenus très sélectifs à cause de ça, et je pense qu'il est naturel que ma sélection de samples devienne ainsi plus obscure.

A : Méthode de travail : par quoi commences-tu : beat, basse, sample ?

M : En général, je pose les rythmiques en premier et construit à partir de ça. Les drums sont le point d'appui, et s'ils ne sont pas bons, le titre ne sera pas bon. Ca ne veut pas dire que je n'ai jamais utilisé des drums faibles, mais c'est par là que je commence. Si je trouve un sample mortel, je passe en revue une quantité importante de sons de batterie avant que je ne finisse par en utiliser.

A : Où trouves-tu tes kits de batterie ? Pour ou contre l'utilisation de kits issus du rap ?

M : Je prends mes drums dans les disques, et je vais occasionnellement enregistrer mon set de batterie et utiliser les sons. Je pense que ça ne pose pas de problème de sampler des batteries trouvées dans le rap, parce que par essence, tu es toujours entrain de “sampler” un disque. Beaucoup de disques rap des années 1980 contiennent des breaks de tueur grillés et d'autres qui restent encore à sampler… Alors ça ouvrira probablement beaucoup de portes dans le futur.

A : Arrives-tu à écouter des disques en entier sans y chercher, même inconsciemment, de la matière à sampler ?

M : Man ! C'est un énorme souci avec moi… J'ai désormais du mal à écouter quelque chose dans sa totalité, à moins que j'écoute un CD dans ma voiture. Dès que tu commences à produire, tu te mets à tout écouter en boucles de quatre mesures, et ça te rend dingue. Quand j'écoute des disques, je déplace le diamant à travers le disque à la recherche de samples, et je commence à tout écouter de cette façon… Toujours à chercher la partie parfaite. Ca rend aussi mes amis dingues, mais je pense que c'est ce que beaucoup de producteurs font dès qu'ils deviennent plus expérimentés.

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