45 Scientific : « on fait les choses avec le coeur sans compromis »
Interview

45 Scientific : « on fait les choses avec le coeur sans compromis »

Vendredi 18 Janvier, début d’après-midi, à moins d’une semaine de la sortie de Temps Mort, l’album solo de Booba. Rencontre avec Geraldo et Jean Pierre Seck, et focus sur 45 Scientific, le passé, l’avenir, l’ambition, Booba, le tout entrecoupé de sérieuses tranches de rires.

A : 45 Scientific est né avec la sortie de Mauvais oeil. L’indépendance à ce moment-là, c’était un choix ou plutôt une obligation faute de propositions satisfaisantes ?

Geraldo : 45 Scientific est né en fait avec la sortie du premier maxi Civilisé, qui était en fait un label fictif, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de société derrière. En vue des différents deals qu’on était en train d’élaborer avec les maisons de disques, rien de très concluant, donc on est donc passé à l’étape supérieure, c’est-à-dire que de « artiste à licence » on a décidé de sortir ce disque en distribution. On a donc cherché une major de distribution. On s’est mis d’accord avec une major, une multinationale, qui s’appelait Warner à l’époque pour l’album Mauvais oeil. Il a donc fallu constituer une société. On avait déjà déposé le nom 45 Scientific, donc a crée la SARL à 4, avec des économies.

A : Tu parlais des majors, cet album, Mauvais œil, il aurait pu sortir en major ?

Geraldo : Oui, mais à leur façon, c’est à dire formaté. En fait on était pas d’accord principalement à cause de ce disque, le coté artistique. Les directeurs des différentes multinationales nous disaient tous la même chose : changer les paroles, les propos, voire même la musique, trop sombre. On s’adressait à pas beaucoup de gens d’après eux.

A: Ils vous demandaient de tout refaire en gros ?

Geraldo : Tout à fait.

A : L’indépendance c’est possible alors ?

Jean-Pierre Seck : Enregistrer ses disques soi-même, sortir un disque qui ressemble à l’artiste, choisir ses pochettes, choisir la ligne directrice, ta carrière… Tout ça c’est carrément possible. Maintenant, tu vis en société, donc tu collabores avec différentes personnes, mais à partir du moment où les gens savent à quoi s’en tenir avec toi, je pense que c’est carrément possible.

A : Quel bilan vous faites de cet album Mauvais œil ?

JP Seck : Ben le bilan on est en plein dedans, d’un point de vue comptable… [rires] Le bilan il est cool, au départ si on en faisait 50 000 on était content. Là on s’approche du disque d’or, c’est hyper positif. En plus tout ceux à qui on s’adressait l’ont eu. On a même touché un public plus large que ça. On est super content, on a pu faire tout ce qu’on voulait. Aujourd’hui ça nous permet de sortir d’autres disques, dans les même conditions. En étant encore plus libre, donc ouais c’est un bilan super positif, donc là c’est le début d’une nouvelle aventure, vraiment. Au début, Lunatic c’était vraiment un succès d’estime vis à vis de la base. Aujourd’hui quand c’est conforté par les chiffres, ça te permet de discuter d’égal à égal avec les gens de maisons de disques dont parlait Geraldo tout à l’heure.

A : Niveau ventes, concrètement tu m’as dit que vous étiez proches du disque d’or.

JP Seck : Ouais, là on doit être à un peu plus de 95 000 exemplaires.

A : Geraldo, tu parlais tout à l’heure du coté musicalement sombre de « Mauvais oeil » ; y’a un reproche qui revenait souvent c’était les formules chocs de Booba du genre « va te faire niquer toi et tes livres ». Vous en pensez quoi tous les deux ?

Geraldo : Ca c’est plutôt une question à poser directement Booba, mais j’suis plus ou moins d’accord avec lui, dans la façon dont il a argumenté cette phrase. En fait ça reposait sur le système scolaire et l’éducation, qui te parlent de beaucoup de choses, mais qui oublient de dénoncer les choses dont on devrait plus nous parler. Voilà, ce qu’il voulait dire, c’est qu’il s’est pas trouvé vraiment représenté dans le système scolaire, notamment au niveau de l’histoire-géo, enfin de plein de choses comme ça.

JP Seck : Pour compléter ce que vient de dire Geraldo, ce morceau ‘Hommes de l’ombre’ est pas sur l’album Lunatic.

A : Oui, enfin je t’ai cité cette phrase y’en a d’autres dans l’album…

JP Seck : Mais surtout pour revenir là-dessus, quand il dit « va te faire niquer toi et tes livres » les bouquins qu’on te donne à l ‘école, on sait ce qu’on te met dans le crâne. Y’a plein d’autres livres, y’a plein d’autres choses qu’on pourrait t’apprendre, mais qu’on t’apprend pas. C’est le rejet d’une certaine culture qu’on essaie de nous mettre dans le crâne. C’est pour ça que dans son album à un moment il dit « tu demandes pourquoi l’Afrique vit mal ? » C’est parce qu’ils nous parlent de La Joconde et des Allemands, du CP à la seconde, alors qu’il y a plein de faits historiques dont ils pourraient parler, dont ils ne parlent pas volontairement. Tout est super dirigé, même la façon dont l’information est donnée, ou même tu vois sur des gens comme Malraux etc qui étaient des personnages historiques importants, ils vont te donner qu’une facette de ce genre de personnage et pas la totalité, et tout ça c’est pas fait au hasard. C’est pour ça qu’il dit « va te faire niquer toi et tes livres« .

A : Y’a d’autres phrases sur les flics…

Geraldo : Bon, c’est vrai que le discours de Lunatic, enfin Booba, sur la police est clair. On aime pas trop les policiers, et les actions. Comment dirais-je pour pas dire trop de conneries, les bavures, toutes ses choses sur lesquels on fait pas des gros zooms dans les informations. Booba décrit une réalité, et les gens à qui on s’adresse n’aiment pas trop non plus les policiers, et les erreurs qu’ils commettent. Ici, on sait très bien qu’il y a une justice à deux vitesses, donc voilà Booba il le dit plus fort, c’est tout.

JP Seck : On va faire intervenir notre webmaster Djiby Sakho (rires)

Djiby Sakho : Pour revenir sur les propos de Booba, faut surtout pas oublier que tout ça c’est sur disque. C’est sur disque ou c’est sur des livres pour d’autres auteurs, alors que les policiers, eux, leurs bavures, c’est dans la réalité. Faut donc mettre toujours les bonnes mesures, en fait

JP Seck : Aujourd’hui, quand t’es un jeune, j’vais même pas dire de banlieue ou de cité ou quoi que ce soit, quand t’es jeune tout court, et quand en plus de ça t’es issu d’une minorité, tu peux pas aimer les keufs. Je connais aujourd’hui très peu de jeunes qui apprécient le système policier. Aujourd’hui on a l’impression qu’on est en état de guerre, y’a des flics partout, ils ont des armes partout. Les contrôles de papier se transforment souvent en provocation, ça nous est arrivé régulièrement en studio de tomber sur des flics qui te font des contrôles de papier au moment où tu sors du studio ou quand tu vas rentrer, faut pas exagérer non plus. C’est pour ça en fait qu’il y a pas mal de rimes comme ça sur les flics, parce que Booba décrit une réalité qui correspond à pas mal de jeunes aujourd’hui.

JP Seck : Et là on revient encore sur le coté indépendant. On est pas là pour censurer, ou mettre des bémols sur les trucs, et c’est clair que tout ce que Ali et Booba ont envie de dire, ils le disent sur le disque, et puis c’est pas nous qui allons censurer ça. Je trouve même que c’est une bonne chose que les gens l’entendent.

Geraldo : Le rap à la base c’est ça, des revendications, quand tu veux dire un truc tu le dis, voilà.

A : Toujours sur Booba, son album solo Temps Mort sort dans moins d’une semaine, comment vous le présenteriez cet album ?

Geraldo : L’album solo de Booba, c’est une suite logique de Lunatic et de 45 Scientific. Booba désirait s’exprimer sur un album solo, de quatorze titres. C’est toujours du Lunatic, au niveau musical il est allé un peu plus loin dans les instrus. C’est pas du tout le son Lunatic, mais y’a encore les couleurs de Lunatic. Moi je produis notamment quelques titres sur cet album. Voilà, c’est plus au niveau de la musique, il a voulu faire un truc beaucoup plus large, sans se laisser bouffer la chatte. Ca c’est le nouveau discours de Booba, parce qu’en maison de disques, il estime, enfin nous estimons, Moi, Jean-Pierre, Ali et Booba, que les Mcs se font bouffer la chatte. C’est la nouvelle façon de dire que les mecs formatent leurs titres pour faire plaisir au D.A, ou à Monsieur Bouneau.

JP Seck : Enfin pas tous.

Geraldo : Nan pas tous les artistes non plus, de toute façon on est tous dans le même bateau, on sait de qui on parle, on se connaît et on se côtoie, donc voilà, nous on a mis la ceinture de chasteté. (rires)

« La ligne directrice du label est simple : sortir des albums qu’on aime, dont les artistes sont satisfaits. »

Jean-Pierre Seck

A : Tu as dit que tu produisais des morceaux de l’album, qui d’autres produit sur « Temps Mort » ?

Geraldo : C’est la même équipe que sur Mauvais Oeil. Y’a Fred le magicien, alias Mandrake (Fred à coté éclate de rire), Animals Prod : Marc et Clément Dumoulin , qui sont frères , moi-même Geraldo, et une nouvelle connexion, un mec qui s’appelle Harrash, qui vit aux Etats-Unis à New York, ah et aussi Julien qui a fait un son terrible sur Playstation. Julien fait partie du groupe Dissidents, ce sont des indépendants avec qui on avance. C’est des mecs qui ont monté une structure qui s’appelle Magma et ils vont sortir un album. On retrouve notamment Nabil, rappeur de Dissidents, qui fait un featuring avec Booba.

A : La promotion de l’album, surprise, y’avait des affiches dans le métro, c’est une idée de qui ça ?

Geraldo : C’est une idée générale ! Ça vient de nous tous ! Nan, les 4 mètres par 3 mètres dans le métro ça c’est pratiquement jamais vu, c’est des grosses sorties de disques de variété française, et ça se fait jamais. Mais bon, nous on a pas de règles. C’est aussi ça l’indépendance, nous on a pas de règles. Aujourd’hui, on a eu une opportunité, d’être sur une campagne d’affiches, 4 mètres par 3 mètres, ben on l’a prise, et c’était un plan terrible.

JP Seck : Il faut savoir que cette campagne on l’a prise, on avait même pas de deal de distrib’. C’était encore au bluff comme histoire. De manière générale, par rapport à tout ce qu’on est en train de faire, faut savoir qu’on est des Africains. Notre mentalité c’est de faire un maximum, avec un minimum. Donc, on avait un minimum de moyens, mais un maximum d’ambition ; et on a essayé de concilier les deux.

A : Pour en revenir à 45 Scientific, quelle est la ligne directrice du label ?

JP Seck : La ligne directrice est simple : sortir des albums qu’on aime, dont les artistes sont satisfaits. Peu
importe les chiffres de vente, même si sur Lunatic on avait fait 10 000 ou 5 000 ou quoi que ce soit, ouais on aurait été un peu dégoûté, mais au moins on aurait été fier de sortir un album qui nous ressemble, on veut pas avoir honte des albums qu’on sort. La ligne directrice c’est ça. La plupart des artistes qui sont chez nous, c’est des artistes qui sont même classés hardcore, s’il faut leur coller des étiquettes. Aucun compromis, les choses qu’on fera on les fera avec le coeur, pas de compromis. On le fera pas pour plaisir à une radio là. On est pas des Skylopes ! (éclat de rire de Geraldo)

Geraldo : On nous épile pas le maillot nous, tu vois ce que je veux dire ? A la plage on y va bien virils !

A: J’pense que c’est clair là. 45 Scientific regroupe des anciens de Time Bomb et Beat de Boul, vous entendez poursuivre ce que d’autres n’ont pas pu continuer ?

Geraldo : Pour résumer un peu ce que tu dis: oui et non. Nous on a regardé les erreurs des autres, et après, avec les erreurs des autres, on a construit un peu 45 Scientific. Notamment au niveau de la gestion des artistes, à chaque fois, que nous on signe un artiste, on veut se mettre dessus à fond, c’est pas le signer pour le mettre de coté. Maintenant, c’est un peu du hasard Beat de Boul et Time Bomb, pour la simple et bonne raison que Lunatic ils sont du 92, donc la connexion avec les anciens de Beat de Boul est simple, c’était des copains. Faut savoir aussi que Ali et Booba au début ils avaient incorporé le crew Beat de Boul pendant un moment. Je les ai rencontré juste après.

Time Bomb, moi-même j’étais membre, avec mon cousin Mars. J’avais incorporé Time Bomb à l’époque, et par ce lien j’avais ramené Ali et Booba. On devait sortir un album là-bas, et puis on s’est pas trop entendu businessment parlant, et puis plein de choses où on était pas trop d’accord, on s’est donc séparés. Moi je suis parti avec X-Men, Ali et Booba. Booba était incorporé, voilà, j’ai répondu à ta question ?

A : Ouais plus ou moins, mais par rapport à Time Bomb, ça fait un peu prolongement, Time Bomb plus mature peut-être.

JP Seck : Nous on se sent pas en compétition avec Time Bomb ou Beat de Boul ou qui que ce soit.

A : Nan, c’est pas ce que je pensais…

JP Seck : Nan, c’est une question qui revient souvent, et qui a lieu d’être d’ailleurs. Il se passe juste une chose, aujourd’hui, 45 Scientific s’est monté pour sortir l’album de Lunatic, et il se trouve qu’après à côté de ça, y’a des gens qui sont proches, qu’aucune maison de disques n’a voulu signer. Aujourd’hui la pauvreté des oreilles des D.A [NDLR : directeurs artistiques] de maison de disques, fait qu’il y a plein de bons rappeurs dans la nature. Alors forcément quand t’as un Hi-Fi, que personne ne veut signer etc, il se retrouve dans le label, quand t’as Ill qui est aussi dans la nature, il se retrouve dans le label, quand t’as Malekal qui est proche aussi et qu’aucune maison de disques n’a signé, il se retrouve dans le truc, L.I.M pareil et ainsi de suite. Ça s’est fait naturellement , c’est que des gens qui se connaissaient etc. Maintenant y’a une époque Time Bomb, y’a des choses qui se sont faites. Avec 45 Scientific, on a juste la prétention de vouloir faire notre truc 45 Scientific. Geraldo était au sein du label Time Bomb, donc c’est clair qu’il a appris vachement par rapport à ça. Mais ça a aucun rapport avec Beat de Boul, enfin ça a un rapport juste c’est des gens qui se connaissent, et qui ont un parcours avant.

L’objectif n’est pas de continuer le travail de Beat de Boul, Time Bomb ou qui que ce soit, c’est des gens qui ont apporté, à ne pas dénigrer. Beat de boul ce qu’ils ont apporté, c’est fort, Time Bomb ce qu’ils ont apporté, c’est fort, faut pas dénigrer ça non plus. Maintenant avec 45 Scientific, on veut juste faire notre travail, que les gens jugent sur les albums qui vont sortir.

A : Pour l’instant, c’est avant tout réduit aux proches comme tu disais. Justement sur la compilation 45 Scientific, Ill apparaît une fois en solo, et une autre fois avec Cassidy, les X-Men ça en est ou ?

Geraldo : Pour l’instant on est plus penchés sur Ill, on va faire l’album de Ill sur 45 Scientific. Cassidy ou es-tu ? On voit pas Cassidy en fait. Cassidy a fait un titre, X-Men tout ça, mais Cassidy fait ses affaires de son coté en fait. Y’aura donc pas de X-Men, c’est pas en prévision chez 45 Scientific.

A : Tu m’as dit qu’Ill avait un album solo de prévu, t’as une date approximative ?

Geraldo : Nan pas de dates prévue, mais avant de parler de Ill on va plutôt parler de Hi-Fi, parce que c’est plutôt Hi-Fi qui est en prévision, c’est le prochain album de 45 Scientific après Booba. Ill on est encore en train de maquetter. Hi-Fi par contre il est vraiment en train de faire le définitif, en studio.

A : Justement les projets à venir de 45 Scientific, Hi-Fi, Ill et à plus long terme ?

Geraldo : Y’a L.I.M, y’a General, je vais sortir un album ou je vais faire des instrus et inviter des gens. Y’a l’album de Lunatic, pour l’instant c’est tout.

A : Pour l’instant je sais que c’est avant tout les proches, mais y’a des mecs qui sont pas forcément proches aujourd’hui et qui pourraient rejoindre 45 Scientific ?

JP Seck : Ce sont des choses auxquels on pense, mais pour l’instant on veut vraiment sortir les albums des gens qui sont chez nous. Ça représente beaucoup de travail déjà. Une fois qu’on aura sorti tout le monde, on pensera un peu à ça. Nous on est pas fermé, je sais qu’il y a beaucoup de gens qui pensent ça. On écoute plein de trucs et tout, mais pour l’instant on veut sortir les albums des gens qui sont chez nous, et à partir de là, on verra ce qu’on fera pour la suite.A : Geraldo, niveau productions, qui t’as le plus influencé ?

Geraldo : Rap Américain ?

A : Tout.

Geraldo : J’écoute beaucoup de rap depuis très très longtemps. Qui m’a le plus influencé ? (s’interrogeant)… ben le rap Américain, tu vois ce que je veux dire ? Je peux pas te donner de producteur vraiment, mais j’adore Large Professor, j’aime bien Pete Rock, Premier, Diamond D, les anciens producteurs aussi j’aime beaucoup. Mais m’avoir influencé non, je pense un jour les influencer eux. (rires). Le rap américain m’a vachement influencé.

En rap français, y’a des bons producteurs aussi. J’aime bien ce que fait Fred Dudouet, Fred le magicien là, ça va il se débrouille depuis qu’il a écouté ce que j’ai fait (rires). C’est vrai un bon tennis man ça engendre un autre bon tennis man (re-rires).

A : On va parler un peu de rap français, comment vous jugez l’état du rap français aujourd’hui ? Qu’est-ce que vous écoutez ?

JP Seck : Qu’il repose en paix ! [Éclat de rire général]

Nan mais c’est clair que le rap français c’est plus ce que c’était à l’époque Time Bomb, l’époque où y’avait La Cliqua, le Ménage à 3, Time Bomb, les Sages Poètes de la rue, y’a eu plein de gens qui ont sorti de bons maxis, albums, des classiques en rap français. Aujourd’hui c’est clair que ça a tendance à s’essouffler, moi le dernier truc que j’aime bien en rap français c’est l’album de Rocé, ça j’aime beaucoup. J’aime beaucoup l’album de La Rumeur aussi, c’est un groupe que j’aime. En fait, ce sont des gens, je vais pas dire de l’ancienne époque, mais d’un cycle d’avant, qui aujourd’hui se concrétisent avec leurs albums. Mais voilà sinon, j’dis pas qu’il y a rien de bien, mais par rapport à toute l’effervescence qu’a connue le rap français à un moment, aujourd’hui c’est désertique. C’est assez aride comme terrain.

A : On est complètement d’accord, ce sont les deux albums français que j’attends Rocé et la Rumeur. Le site Internet 45 Scientific c’est un outil de communication important ?

Djiby Sakho : En fait à l’époque de la première version du site, celui qui n’était pas beau mais qui avait plein de sons et plein de lyrics, y’a eu une évolution. Jean-Pierre et Geraldo ont beaucoup communiqué sur le site, et ça c’est ressenti, et plein de monde est venu dessus. Ces gens là, je pense, ce sont des gens qui achètent vraiment des disques, enfin je pense ; et ça a fait que d’autres personnes qui connaissent pas forcément Lunatic ou les autres groupes, ont pu découvrir. J’ai vu par exemple plein de Québécois ou de Suisses qui sont venus sur le site et qui ont découvert les groupes grâce à ça. Ça aide aussi les autres groupes qui sont moins connus, genre L.I.M, je reçois plein de messages qui me disent « ah ouais j’ai écouté ça, j’connaissais pas« , et en fait c’est plus ça qui me fait plaisir. Par contre ça a été un très bon moyen, puis qu’apparemment les radios font le boycott de 45, les gens quand ils viennent sur le site, au moins ils peuvent écouter du 45. C’est la même chose pour les clips, y’a pas beaucoup de sites qui mettent les clips comme ça, enfin qui font des clips comme ils veulent, c’est-à-dire sans censure ni rien, ils sont peut-être pas sûrs de vendre le clip, mais au moins ils mettent les clips sur le site.

A: Sur le site y’a plein de MP3, beaucoup d’artistes sont complètement contre, et vous vous proposez plein de morceaux en téléchargement, pourquoi ?

Geraldo : L’indépendance, encore une fois. Pas faire comme les autres, pas de règles. Aujourd’hui, si on décide d’être indépendants, c’est pas pour agir après comme de gros commerciaux de maisons de disques. Aujourd’hui on a mis à disponibilité beaucoup de MP3, c’est pour pas mettre des barrières. Alors si on commence à être contre ce genre de procédé, c’est un média à part entière, c’est une façon de communiquer, de venir à nous et d’écouter ce qu’on fait.

Djiby Sakho : Pour les Mp3, effectivement y’en a plein mais c’est des vieux, et aussi les gars ils savent que si on met des Mp3, c’est pas pour qu’ils aillent graver nos disques et tout ça, si quelqu’un grave le Lunatic, je le dis franchement ça me fait chier, je préfère un gars qui me dit j’aime pas Lunatic et qui achète pas l’album, qu’un gars qui le grave.

A : On touche à la fin, vous avez quelque chose à ajouter ? A part l’album de Booba qui sort à la fin de la semaine ?

JP Seck : Nan, juste que là on a déclaré officiellement la guerre à la radio Skyrock, parce qu’ils veulent formater nos disques. Aujourd’hui on a refusé de rentrer dans ce délire-là, donc à partir de là, Mr Laurent Bouneau, qui est le responsable de programmation de cette radio décide de pas jouer le truc. Alors qu’aujourd’hui c’est un album qui est attendu, on joue dans la même cour que d’autres qui sont programmés sur cette radio. Si c’est juste un problème de format pour jouer ou pas Booba, on courbera pas l’échine, on fait partie des gens qui disent non. On est pas des skylopes.

A : La dernière fois qu’on s’était vu, on avait parlé rapidement de Booba qui devait passer sur Planète Rap sans y aller. Tu peux nous en dire plus ?

JP Seck : En fait l’histoire est simple, Bouneau tenait absolument à faire un Planète Rap avec Booba, donc il insistait pour ça. Il proposait de faire un Planète Rap avec Booba, mais sans Booba des locaux, juste avec un album, comme si c’était un artiste américain. Ça fait partie de toutes ces petites manœuvres dans lesquelles on n’a pas envie d’entrer.

Geraldo : Merci à toi, à l’Abcdr. L’album de Booba, Inch Allah ça va marcher, sortie le 22 janvier, je pense que vous ne serez pas déçus.

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