Interview Action Bronson

Avec ses références aussi variées qu’inattendues, son timbre de voix rauque et une dégaine qui rappelle Gimli, Action Bronson est un personnage assez unique. Présentation au travers d’une sélection de cinq morceaux.

17/01/2013 | Propos recueillis par Nicobbl avec Draft Dodgers (Photographie)

Interview : Action Bronson

Il y a les interviews marquantes, les échanges qui dépassent le cadre étroit de la promotion, où l’humain prend le pas sur l’artistique. Et les autres, celles qui nous laissent sur notre faim. Celle-ci s’inscrit dans la première catégorie. La petite heure passée avec Action Bronson aura même été bien au-delà de nos attentes et confirmé les excellents échos déjà reçus sur le rouquemoute le plus célèbre du Queens. L’ancien cuistot aux longs couteaux pourrait être ton meilleur pote. Celui avec qui tu peux disserter des heures sur la meilleure cuisson pour les pizzas, le style épicé des parisiennes ou les meilleurs albums rap de l’année passée. Simple et facile d’accès, Bronson est un personnage haut en couleurs, à la fois plein de bons mots et de références choisies. Mais aussi un vrai spectacle à lui tout seul, capable de conquérir le public de La Bellevilloise avec un one man show intense et tout en énergie.


"Shiraz" (Bon Appétit ..... Bitch!!!!!, 2010)

Abcdr du Son : C’était évident pour toi de parler régulièrement et aussi précisément de bouffe ?

Action Bronson: Oui, ça fait vraiment partie de moi, comme tout ce dont je peux parler. C’est à la fois ma vie et ma personnalité. Je veux que tout ce qui figure sur mes disques soit authentique. Quand je parle de bouffe, j’essaie de le faire d’une certaine façon. D’une façon qui puisse parler à la rue aussi, avec des métaphores pour autre chose, comme la drogue. Parfois je fais des comparaisons avec des trucs qui n’ont rien à voir, mais ça fonctionne. Tu peux voir la bouffe de pas mal de façons différentes.

A : Tu peux nous parler de ton émission Action in the kitchen ?

AB : Au départ, c’était juste un pote qui venait me filmer quand je bossais. Je n’ai fait que cinq épisodes et le dernier date d’il y a un peu plus d’un an. Mais beaucoup de gens m’ont demandé d’en faire de nouveaux. Aujourd’hui, les choses ont changé. J’ai un vrai cadre pour produire cette émission. Je vais la faire avec Vice, avec une vraie équipe de réalisation, pour que ça soit à la fois authentique et mortel.

A : Tu es en France aujourd’hui, on est un peu barrés niveau bouffe…

AB : Je sais bien mec et j’adore ça ! [rires] La base de mes études en cuisine, c’était autour de la gastronomie française. Quand tu suis des cours comme ça, c’est ce qu’on t’apprend en premier. Toutes les techniques de cuisine ont été inventées par les français, comme les différentes façons de cuire des plats. J’adore la France. La dernière fois que je suis venu, je suis tombé amoureux une bonne trentaine de fois. Le concert était mortel. Je dis ça, je ne savais pas à quoi m’attendre. On m’a dit que ce soir, la salle allait être pleine. [NDLR : interview menée quelques heures avant son concert à la Bellevilloise le 12 décembre. Et effectivement la salle était pleine à craquer]. Je suis vraiment ravi d’être là, dans cette superbe ville et j’apprécie que les gens puissent accrocher à mon univers.

"Barry Horowitz" (Dr. Lecter, 2011)

AB : Pour ce morceau, "Barry Horowitz"…. [NDLR : Il s’arrête un moment, comme plongé dans ses souvenirs] J’avais débarqué dans la baraque de mon pote et il était super excité : "J’ai trouvé cette boucle, elle est mortelle, il faut que tu fasses quelque chose avec ça !" J’ai accroché direct sur le son. Pour moi, c’est un de ces morceaux vraiment intenses, un peu comme un match de catch. Tu deviens dingue quand tu l’écoutes, avec la batterie et la guitare.

A : Le titre du morceau et cette référence à "Barry Horowitz" est pour le moins suprenante. Tu te souviens comment t’es venue cette idée ?

AB : À cette époque-là, j’étais à l’hôpital avec ma jambe cassée. Je pensais à différentes rimes que j’avais en tête et celle-ci m’est apparue brutalement : du rap à la Barry Horowitz et voilà, je suis parti là-dessus [NDLR : Barry Horrowitz est un ancien catcheur professionnel, passé notamment par la WWF, loser magnifique devenu depuis nutritionniste.]

A: Sur Dr. Lecter, tu as aussi un morceau sur Chuck Person ! [NDLR : ailier vaguement culte des San Antonio, un peu grassouillet, avec un gros shoot, qui répondait au doux surnom de "Rifle Man".]

AB : Je suis un cinglé de NBA. Je connais très bien l’univers du sport, jusqu’à retenir des détails sur des athlètes un peu obscurs. Chuck Person, tout le monde ne va pas savoir qui c’est. C’est un shooter et tout le concept de la référence était là-dedans. Avoir quatre gros shooters bien costauds…

A: Tu peux nous parler du sample de Dry Bread ("Words to my song") qui est utilisé pour ce morceau ?

AB : Tommy Mas avait trouvé ce sample avec les basses qui tapaient bien forts. C’est exactement le type de son qu’on peut apprécier. Il n’a pas eu besoin de faire grand-chose de plus avec cette boucle, c’était déjà parfait.

A : Quel regard tu portes aujourd’hui sur ton premier album Dr. Lecter ?

AB : C’est vraiment mon bébé cet album ! Quand j’ai fait cet album, je ne pensais à rien de particulier. Je voulais juste rapper et…. sortir ce disque. Pour que tout le monde comprenne bien ce que je voulais faire et découvre ma façon de rapper. Cet album, c’était moi, point final. Maintenant j’essaie de réfléchir davantage. À un moment, tu ne peux pas te contenter de te répéter encore et encore. Rapper pour rapper, je peux le faire du matin au soir, mais il faut que je sorte d’autres types de morceaux, que je bosse avec différentes personnes pour apporter une plus grande diversité. J’essaie de me lancer des défis dans l’écriture pour arriver avec des nouveaux concepts.

1 | 2 | 3 |