Interview Booba

Un paquet de clopes, deux barres sur le téléphone et une prière pour que l'enregistrement ne foire pas, voilà ce qu'il fallait pour interviewer Booba. Paroles choisies d'un rappeur qu'on conjugue à tous les temps.

05/11/2012 | Propos recueillis par Diamantaire

Interview : Booba

A comme Amitié

"Mala, s'il devait arrêter la musique, il serait toujours avec moi. La musique, c'est même pas important. Si je vendais des pommes de terre, il serait là et on en vendrait ensemble."

B comme Brams

"C'était comme mon frère. Sa disparition me motive, me rend plus fort. Je détruis et je reconstruis avec de meilleures bases. Et je sais que lui était dans le même état d'esprit, celui de terrasser tout le monde. Donc je le fais pour lui. "En mémoire de mon frère, je vais tous me les faire". Je sais qu'aujourd'hui, s'il avait été là, il aurait kiffé voir la progression, là où on en est. Je transforme tout en positif. Je ne vais pas me laisser abattre. C'est pas ce qu'il aurait voulu. Si je m'étais enfermé à pleurer dans ma chambre tout seul, je sais qu'il m'aurait insulté. Il m'aurait dit : "Qu'est-ce qui t'arrive !?""

C comme Carrière

"Ça ne me dérangerait pas d'arrêter. Si demain, je dois arrêter de rapper, c'est la vie. Le rap, je n'ai jamais rêvé d'en faire. Je n'ai pas grandi en rêvant de devenir artiste comme une petite fille rêverait d'être danseuse étoile. Ce n'est pas un accomplissement, un rêve. Plus jeune, je n'avais pas vraiment de rêves. Mon rêve, c'était de ne pas travailler. Je ne voulais pas d'un patron. J'ai toujours eu des problèmes avec l'autorité, les règles, les contraintes.
Si j'ai souvent parlé de l'arrêt de ma carrière, c'est déjà parce que tu ne sais pas pendant combien de temps tu vas avoir de l'inspiration. Mais, surtout, je n'avais pas vraiment d'exemple. J'étais obligé de me référer aux Américains, vu que ce sont eux les plus anciens. Et tous les anciens que tu voyais aux Etats-Unis devenaient has-been. Je ne pensais pas qu'après 35 ans, c'était possible de rapper et d'être encore numéro un. L'un des déclics, c'est Jay-Z. Quand je l'ai vu être encore numéro un à 40 piges, faire danser jeunes comme vieux en boîte, je me suis dit "la limite est repoussée". Parce que si tu regardais les LL Cool J et autres, c'est même pas qu'ils devenaient nuls, c'est pire que ça : ils devenaient ridicules. Même des bons mecs comme Scarface, tu ne les entendais plus..."

C comme Clips

[à propos du clip de "Caramel" et son imagerie "standard"] "C'est ce que j'avais envie de faire. Ça va avec la chanson. C'est le premier, il y en aura d'autres, qui seront différents. C'est clair qu'on n'a pas innové. C'était juste histoire d'avoir de belles images sur un morceau. Après, les clips de rap, c'est toujours un peu cliché. Tous les clips en général. Même au cinéma. C'est compliqué d'inventer. C'est comme les morceaux de rap, on parle toujours des mêmes choses. Seuls la manière, les beats, les flows changent. Mais je vois ce que tu veux dire, c'est un clip avec des meufs à poil... Mais c'est ce que j'avais envie de faire. A la base, je ne pense pas à attirer tel ou tel public. Je pense à kiffer, moi. Si moi, je kiffe, je peux aller défendre."

"Ce que je kiffe, c'est le processus de création. Et puis l'accueil, la récolte. Même pas en terme d'argent."

D comme Détachement

"En fait, une fois qu'un album sort, c'est comme si je le perds un peu. Ça ne m'appartient plus. C'est comme si t'as une bête de meuf, que tu la kiffes et qu'après tout le monde la nique. C'est pas que je m'en fous mais c'est du passé, je suis sur autre chose. Là, l'album va sortir, j'en suis très satisfait, mais je suis déjà sur autre chose. Ce que je kiffe, c'est le processus de création. Et puis l'accueil, la récolte. Même pas en terme d'argent. Tu travailles des heures, des jours, des mois... Tu écoutes le morceau dans ta voiture mais  tu es tout seul à kiffer. Et tu te demandes si tu ne vas pas être seul dans ton délire. Tu ne sais jamais. Les retours positifs, c'est comme un soulagement. Ça réconforte."

E comme Entourage

"Je suis toujours avec les mêmes personnes, la même base. Dans le business, il y en a aussi de nouvelles. Je ne me suis pas fait tout seul. J'ai toujours eu avec moi des gens très importants, sans qui je ne serais pas là aujourd'hui. Que ce soient des amis ou des mecs dans le business. C'est comme le sport. Chacun est à son poste. Avec une équipe de bras cassés, je ne mettrais pas les paniers. C'est une entreprise. Il y a toute une machine. Les gens ne se rendent pas forcément compte mais ça travaille très dur derrière. Il n'y a pas de vacances, ça ne s'arrête jamais. Le travail, la rigueur et l'entourage : c'est ce qui fait que je suis encore là aujourd'hui."

F comme Featuring

"Avec 2 Chainz, c'était assez compliqué parce qu'il était en promo, en tournée. C'était plus simple avec Rick Ross car on est tous les deux à Miami. On était ensemble en studio. Il est professionnel, comme moi. On s'était déjà croisés avant, j'avais partagé une scène avec lui. J'aimerais bien faire un truc avec Rihanna. Mais elle, c'est encore un autre level. Ça doit être compliqué, mais pas impossible.
Despo ? S'il avait de l'actualité... Mais on ne l'entend pas vraiment. Il n'y a pas vraiment d'intérêt. C'est bien quand c'est un win-win. Si tu ne sors rien, que je fasse un featuring avec toi, ça ne te servira à rien et à moi non plus. Je préfère garder mon couplet pour une de mes chansons. Mais pourquoi pas ! Faut qu'il y ait de la matière."

G comme Gâchis

"Des gens qui ont du talent, il y en a plein. Mais beaucoup n'ont malheureusement pas les reins assez solides, l'équipe qu'il faut. Si j'avais le temps et que je jouais le directeur artistique, je sais que je pourrais les amener quelque part, de par ma vision, mon expérience et ce que je suis capable d'accomplir en terme de taf et d'organisation.
Il y a pas mal de rappeurs qui ont gâché leur truc en France. Qui ne travaillent pas assez ou pas correctement. Qui sombrent parce qu'ils n'ont pas l'entourage ou la vision du business que, moi, je pourrais avoir. Je vais me permettre de parler d'un mec parce que j'ai travaillé avec lui. Nessbeal, pour moi, c'est du gâchis. Il est capable de faire beaucoup mieux. Des mecs comme lui, il leur faut des directeurs artistiques. Mais en France, il n'y en a pas. En maison de disques, il n'y a personne qui connaît vraiment le rap. Nessbeal, entre de bonnes mains, je sais qu'il aurait pu avoir une carrière beaucoup plus aboutie. Je n'ai pas de regrets parce que c'est moi qui ait décidé d'arrêter avec lui. Pour des raisons personnelles. Lui, il travaillait, c'était un bosseur. Mais c'est quelqu'un qui a besoin d'être dirigé. Certains ont du talent mais ne savent pas faire les bons choix. Ils s'emballent, ils partent dans telle direction... Et ils ont besoin de quelqu'un qui leur dise "non, là, c'est mauvais". Mais, en France, peu ont la légitimité pour le faire. Quand tu as un mec comme Russell Simmons, P. Diddy ou Dr. Dre derrière toi, tu peux l'écouter parce qu'il a fait ses preuves. En France, personne n'a vraiment fait ses preuves. Des gens comme IAM ou NTM – je ne veux pas encore les critiquer, je n'ai rien contre eux – auraient pu faire le pont. Mais eux-mêmes ont besoin d'un DA..."

1 | 2 | 3 |