Interview A2H

Du haut de ses 25 ans, A2H s’apprête à sortir son premier album et a tout du parfait rookie. Sauf qu’il n’en est plus tout à fait un, lui, le rappeur originaire de Melun qui a déjà dix ans de concerts derrière lui. Rencontre avec le meilleur copain du rap français.

29/10/2012 | Propos recueillis par Mehdi avec AL (photos)

Interview : A2H

Abcdr du Son : Comment es-tu venu au rap ?

A2H : J’avais treize ans en 2000 et je me suis vraiment mangé le style de Snoop avec la sortie de Tha Last Meal qui m’avait détruit le cerveau. Toute cette époque m’a beaucoup marqué, avec Snoop, Xzibit… Les premiers trucs que j’ai écoutés étaient west. En rap français, j’écoutais surtout NTM. Je suis tombé sur le live VHS d’un concert de 1993 et c’est à ce moment-là que je me suis dit que je voulais faire ça [sourire].
Ensuite, il y a eu 2001… Et là, c’était sûr et certain. On voulait faire du rap ! [rire] Ensuite, il y a plein de trucs que j’ai écoutés et qui ont pu m’influencer : Dipset, Method Man, Redman… En tout cas, il faut reconnaître que je ne suis pas de l’école Wu-Tang, Sages Po, X-Men puisque j’ai découvert ces groupes bien après. À cette période, j’écoutais IV My People, pas les X-Men. Au début, Ludacris et Busta Rhymes m’ont énormément influencé également parce qu’ils avaient le sourire. J’ai grandi en banlieue mais je n’ai jamais été dans le délire caillera. Je me retrouvais plus dans Ludacris que dans Mobb Deep.

A : A l’écoute de l’album, on sent que tu as baigné dans une tonne d’influences. Quels sont tes albums références en dehors de ceux déjà cités ?

A2H : En dehors de Tha Last Meal et Chronic 2001, il y a eu Suprême NTM… Qu’est-ce qu’il était lourd ce disque ! Je crois que c’est l’album qui m’a le plus mis dans le rap. Ensuite, il y a eu KLR du Saïan avec une vraie ouverture musicale qui me plaisait à l’époque. Il y a aussi eu le vinyle Kaya de Bob Marley qui appartenait à ma mère et ça fait partie des choses qui m’ont vraiment traumatisé. Ce qui est fou dans le reggae, c’est que personne n’a réussi à faire mieux que les Wailers ! [rire] C’est le seul genre musical où le puriste et la meuf de quatorze ans qui n’y connaît rien te donneront la même référence. J’ai aussi écouté beaucoup de blues. Des artistes comme Robert Johnson, Etta James ou Muddy Watters m’ont bercé. D'ailleurs, quand je joue de la gratte, je joue de la soul ou du blues, pas vraiment de rock.

A : Est-ce que tu penses que tu aurais pu percer au début des années 2000 lorsque le rap était un peu plus dur qu’aujourd’hui ?

A2H : Je ne sais pas parce que je me suis rapidement orienté vers des groupes comme La Caution ou le Saïan. Même lorsque j’ai découvert les X-Men par la suite, il y avait quelque chose de funky. Après, c’est vrai que je n’étais pas trop fan de la Mafia K’1 Fry et de tout ce que ça a engendré mais, par contre, Lunatic mettait tout le monde d’accord. Il y avait quelque chose de vrai et de très imagé : la nuit tombe sur la banlieue et tu rentres dans une autre ambiance. Moi qui étais dans les délires pilon, vadrouilles à droite et à gauche, ça me parlait beaucoup. C’est le seul truc sombre que je validais complètement.
Je ne sais pas si j’aurais pu percer à cette époque mais, en tout cas, je n’aurais jamais fait ça. D'ailleurs, je n’écoute pas que du rap à la base. C’est ma mère qui m’a mis dans le son et elle écoutait Nina Simone, Peter Tosh, Bob Marley, les Parliament… J’ai bouffé énormément de soul, de funk et de reggae. Un groupe comme les Red Hot Chili Peppers m’a vraiment marqué aussi.

"J’ai joué de la basse, de la gratte, on a joué dans des festivals… J’ai même eu un groupe de reprises de Sting !"

A : Tu disais que tu étais tombé dans le rap en 2000. Tu as directement commencé à rapper ?

A2H : Oui, immédiatement. Dès que le rap m’a happé, j’ai eu envie d’en faire. Au départ, je rappais même en anglais ! [rire] C’est marrant parce qu’on a commencé en 2000 mais on a eu le parcours classique du mec qui aurait commencé à rapper à la fin des années 80. On faisait des instrus en collant des bandes cassettes, on avait le Cubase LE… Il y avait déjà plein de trucs qui existaient mais on ne savait pas que ça existait. On faisait des prods sur Ejay, on avait un vinyle de KDD sur lequel on avait saigné la face B… Et, rapidement, on s’est mis à rapper en français [rire]. Comme je fumais et buvais beaucoup, j’ai directement accroché à tout ce qu’on a appelé le "rap alternatif" parce que ça parlait pas mal de la fonsdé. L’ambiance des Svinkels nous parlait bien parce qu’on cherchait juste à vendre un peu de shit et à serrer des meufs en soirée. J’ai été à fond dans le rap pendant quatre ans et j’ai complètement arrêté en 2004.

A : Tu ne t’amusais plus ?

A2H : Je voyais que la tendance était vraiment caillera alors qu’on était vraiment dans un esprit de rigolade. D’ailleurs, je ne m’appelais pas A2H à l’époque mais Neg' Pie… On était dans un grand délire ! [rire] On ne se prenait vraiment pas la tête. Lorsqu’on a eu l’occasion de faire quelques scènes et de se confronter au milieu du rap, on a vu que tout le monde se regardait en chiens de faïence et l’univers ne nous correspondait pas du tout. J’ai fait une croix sur le rap et je me suis investi à fond dans le reggae. C’est comme ça que je me suis mis à jouer de la gratte.

A : L’envie t’est venue comme ça ?

A2H : En fait, je me suis mangé Blood Sugar Sex Magik des Red Hot qui est très funky et sur lequel il y a des passages qui ressemblent presque à du rap. J’adorais l’ambiance et ma mère m’a rappelé que j’avais un oncle bassiste qui pouvait me prêter du matos. J’ai commencé à jouer un peu de basse mais ça m’a saoulé et je me suis rapidement pris une gratte à vingt euros chez Cash Converters [rire]. J’ai appris hyper vite, puis j'ai croisé des mecs qui montaient un groupe et cherchaient un bassiste. "Je ne joue que depuis trois mois mais je suis l’homme de la situation." C’était marrant parce que je venais d’une ambiance rap et je me retrouvais avec des babos de campagne, des rastas blancs qui montaient des assoces… Un autre monde ! [Éclat de rire] Je me suis retrouvé avec des espèces de punks à chiens, alternos, contre le McDo… Je ne peux plus les voir aujourd’hui ! En tout cas, j’étais à fond dans le reggae pendant cette période et, d’ailleurs, mes dreadlocks datent de cette époque. J’ai joué de la basse, de la gratte, on a monté un premier groupe, un deuxième, on a joué dans des festivals… J’ai même eu un groupe de reprises de Sting ! [rire] Ça me paraît improbable aujourd’hui mais c’était une bonne ambiance et ça m’a permis d’apprendre à jouer de plusieurs instruments.

A : Tu avais complètement arrêté le rap ?

A2H : J’ai toujours continué à rapper chez moi. Un groupe comme le Saïan m’a beaucoup aidé à ne pas déconnecter parce qu’il liait reggae et rap. À un moment, tout l’univers autour du reggae a commencé à me saouler. Le délire des petits bourgeois qui montent des assoces pour des causes dont ils n’ont rien à branler m’a autant gavé que celui des cailleras. "Il ne faut surtout pas manger au McDo"… À deux heures du matin quand il n’y a que le McDo qui est ouvert, ils sont tous en train d’attendre leurs cheeseburgers. Bande de mythos ! [rire] J’ai côtoyé ces gens et je sais à quel point certains sont faux genre "je suis un putain de gratteux, j’ai ma chemise semi-ouverte mais c’est étudié depuis huit heures du matin". Si t’as les pieds sales, c’est ton style, ça ne signifie pas que t’es un mec proche du sol ! [rire]
Par contre, à chaque fois, j’ai rencontré deux ou trois têtes qui ont été importantes pour moi. Palace [NDLR : le label indépendant créé par A2H], par exemple, s’est créé en 2005 quand j’étais dans cet univers reggae. Je suis sorti de cet univers et j’avais envie de me remettre à rapper mais avec des musiciens. À l’époque, j’avais un groupe de reggae qui s’appelait Opak Zion et on a décidé que je n’allais plus toaster mais que j’allais plutôt rapper. Ça a rapidement pris puisqu’on a fait le Batofar, le Gibus, on est arrivé en demi-finale du festival Emergenza…

1 | 2 | 3 | 4 |