Face à des MC's aussi bavards que JP et Kimto, il est plus simple d'aborder Ol'Tenzano (Less du Neuf) lorsqu'il est seul. Premier invité de notre questionnaire producteur, il livre sans retenue des réponses détaillées sur le rôle souvent occulté de concepteur sonore.
15/05/2002 | Propos recueillis par Aspeum avec la participation de Ok1Tact
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LES DEBUTS
Abcdr du Son : Première instru marquante entendue
?
Ol'Tenzano : DST, un dj de New York qui a sorti son disque
en 1983 sur le scratch. Cela a été mon premier disque. Puis Afrika Bambaataa
qui a sorti "Renegades of funk" : véritable
virage pour moi vers cette musique.
A : Comment
es-tu arrivé à la prod ?
O : J'ai arrêté la musique en 1989.
J'étais dj des Soul Pop Rock [devenus Sages Poètes de la Rue par la suite]
et j'ai repris en 1992, peu de temps avant que l’on forme L'Essence du
Neuf-2. Si j'ai repris, c'est déjà que cela me tentait, mais aussi grâce à
"Enter the Wu-Tang (36 chambers)" du Wu-Tang que
j'ai écouté dès sa sortie. J'ai trouvé ça très frais et énergique. Comme
j'avais quitté ce milieu, ce disque m'a fait beaucoup de bien. Dans la
semaine, je suis allé acheter un S 2800, et là, grosse déception. Pas sur le
sampler mais sur la quantité d'heures qu'il me faudrait pour utiliser cette
machine et faire mes premières musiques. Il me faudrait beaucoup de temps
pour maîtriser parfaitement les machines et surtout pour créer les musiques
telles que je les ressentais. Il fallait passer du stade où tu es tributaire
de ton matériel à celui de la maîtrise complète de cet outil.
A : Rétrospectivement, quel regard portes-tu sur tes premières
instrus ?
O : J'ai toujours travaillé dans la continuité.
Surtout au niveau des rythmiques. J'ai acquis très vite une façon de
travailler, et les premières musiques étaient déjà originales. J'étais très
décidé et savait dès le départ le son que je voulais créer. Seulement,
j'étais limité par mes aptitudes techniques et la lenteur avec laquelle
j'utilisais la Cubase.
A : Ta manière de
travailler a-t-elle évolué ?
O : Evidemment. Mais maintenant,
j'ai acquis une méthode de travail et c'est, je crois, ce qui fait mon son.
On évolue car on sent que notre champ de travail augmente, ainsi on a envie
d'aller au-delà de ce que l'on fait habituellement. La rencontre avec Dooeen
Damage et l'esprit critique de mes rappeurs m'ont permis de progresser et de
leur offrir un panorama de musiques assez large. Ce qui compte, si l'on veut
rester à la production musicale de son groupe, c'est de lui offrir toutes
les sortes de musiques afin d'être complet, pour que le groupe puisse se
développer.
LA TECHNIQUE
A : Premières machines ? Machines utilisées actuellement
?
O : S 2800, Cubase. Aujourd'hui, MPC 2000 et S 950.
A : Ton avis sur la production assistée par
ordinateur, sans samples et sans vinyls ?
O : Cela ne
correspond pas exactement avec ma conception du rap, qui doit rester très
basique. N'oublions pas que c’est un art de rue et qu'il doit être
accessible pour tout le monde. Je ne suis pas pour la surenchère de
matériel, cela nuit à la créativité. Les vinyls reste la base des
productions hip hop. On peut faire évoluer cette base par des arrangements,
mais le sample est la matière première du rap.
A
: Boucle ou composition ?
O : Les deux. Il faut mêler
intelligemment le vinyl avec l’expandeur, sans en abuser.
A : T'imposes-tu des limites dans le choix des samples ?
Genres proscrits ?
O : Aucune limite. Les limites s'imposent
lorsque l'on a des carences techniques. Si on a des idées et qu'on peut les
mettre en musique rapidement, on se concentrer pour s'orienter dans de
nouvelles voies, et ainsi essayer des choses dont on na pas l'habitude.
Cela dépend du talent que l'on a et des gens avec qui on
travaille.
A : Méthode de travail : par quoi
commences-tu : beat, basse, sample ?
O : Tout dépend de ce que
j'ai envie de mettre en valeur, et du sentiment que j'aimerais que l'on
retienne de ma musique (car une musique sans sentiment n'est rien et ne
vieillit pas). Tout commence par les idées. Le beat et la basse sont deux
éléments inséparables, qui ne peuvent donc être travaillés l'un sans
l'autre. Ils représentent la structure du morceau. J'aime la contradiction,
qu'il y ait deux sentiments opposés dans une même musique, qu'elle soit
déconcertante. Charge aux rappeurs ensuite de tout mettre en
ordre.
A : Arrives-tu à écouter des disques en
entier sans y chercher, même inconsciemment, de la matière à sampler
?
O : Evidemment ; pour avoir envie de faire des musiques
variée, il faut écouter et ne pas avoir honte d'écouter Michel Fugain ou
Maxime Le Forestier si l'on aime. C'est mon cas et peu importe le reste tant
que cela me donne envie de faire de la musique. Certains titres sont
tellement riches que les sampler n'aboutirait qu'à une pâle copie de
l'original. La musique n'a de valeur que si elle déclenche un sentiment, une
envie d'exprimer des idées. Je le vois au sein de mon groupe, et je
m'efforce toujours d'apporter un produit abouti à mes rappeurs pour qu'ils
puissent donner le meilleur. Charge au compositeur de motiver l'écriture.
C'est le sentiment qui prime, et qui amène la vie dans ton travail. A chacun
de le gérer et de la mettre à profit dans ses compositions.