Moitié de Chiens de Paille, Hal s'est imposé discrètement mais surement comme un producteur solide et régulier. En osmose avec Sako dans "Mille et un fantômes", il a également su relever la saveur des dernières prestations d'Akhenaton. Humble et passionné, il revient sur son travail avec l'équipe Al-Khemya, sa technique et ses inspirations.
26/11/2002 | Propos recueillis par Aspeum avec la participation de JB
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LES DEBUTS
Abcdr du son :
Première instru marquante entendue ?
H : Je n’ai pas le
souvenir d’une instru en particulier. Je suis arrivé au rap par mon cousin,
qui m’a fait découvrir des albums tels que "It takes a
nation of million to hold us back", ainsi que BDP, Kool Moe Dee, Tuff
Crew, Ultra Magnetic MC’s, Stetsasonic et j’en passe. C’était tellement
nouveau pour moi, parce que je vivais dans une région assez éloignée de tout
cet esprit.
A : Comment es-tu arrivé à la prod ?
H : Par concours de circonstances : il y a douze ans, un ami
m’a poussé à acquérir une boite à rythme BOSS DR 550, je ne me souviens plus
dans quel but. Puis, par effet boule de neige, j’ai essayé d’en savoir plus,
et voilà comment tout a commencé.
A :
Rétrospectivement, quel regard portes-tu sur tes premières instrus ?
H : C’était assez pathétique, ayant peu de matériel (boite à
rythme, plus un logiciel sur Atari, très, très basique) et peu de
connaissances en la matière (ignorance totale de l’existence du séquenceur),
dû à mon éloignement géographique. Cela se résumait à une boucle pitoyable
accompagnée d’une rythmique que je devais à chaque fois déclencher à la main
(d’où de gros décalages), et dont le son ressemblait à du Bontempi.
A : Ta manière de travailler a-t-elle évolué ?
H : Heureusement, étant très têtu et obstiné, et malgré ces
lacunes, j’ai continué. Au début, je n’avais aucune méthode de travail.
Depuis cinq ans, et surtout à force de travail régulier, j’ai beaucoup
appris, les heures en studio m’ont beaucoup aidé.
LA
TECHNIQUE
A : Premières machines ?
Machines utilisées actuellement ?
H : D’abord, ce fut la BOSS
DR 550. Puis en 92/93, achat d’un sampler AKAI S 950, que nous avons revendu
un peu plus tard pour acheter un S 3000 avec lequel je travaille toujours
actuellement. Puis vinrent la MPC 3000, la SP 1200 que l’on ma prêté, et
deux synthés, un Triton, et un Roland Juno.
A :
Ton avis sur la production assistée par ordinateur, sans samples et sans
vinyls ?
H : J’ai une vision assez archaïque par rapport aux
ordinateurs. Je reste attaché aux samplers, aux vinyls, qui sont l’essence
de cette musique. L’ordinateur peut être un plus, mais pas l’élément
principal.
A : Boucle ou composition ?
H: Aucun préjugé du moment que ce qui sort des enceintes
sonne bien. J’aime autant travailler des boucles que composer, et j’aime
autant écouter Kanye West ou Primo que Dr Dre ou Megahertz.
A : Tu t'imposes des limites dans le choix des samples ?
Genres proscrits ?
H : Non, la seule, c’est d’être original
et de ne pas utiliser des boucles grillées par les ricains. Et surtout, de
ne pas tomber dans le syndrome, trop répandu en France, qui consiste à
sampler les kits de batteries de tel ou tel producteur ricain en vogue. Où
se situe alors la création ?
A : Méthode de
travail : par quoi commences-tu : beat, basse, sample ?
H: Il
y a quelques mois, je t’aurais dit que je commençais par tel élément, puis
tel autre, etc. J’essaie de ne plus m’enfermer dans un carcan, le feeling
compte trop dans la musique. En ce moment, j’essaie d’expérimenter.
A : Arrives-tu à écouter des disques en entier
sans y chercher, même inconsciemment, de la matière à sampler
?
H: Avant de faire du son, j’aime la musique, depuis mon
enfance. Pour mon père, la musique tient une grande place dans la maison. Je
ne me souviens pas d’un jour où il n’y avait pas un disque de jazz, de salsa
ou de bossa nova qui tournait. Cet amour s’est aussi transformé en une
chasse âpre et dure pour la boucle, c’est un fait.
LE
PRODUCTEUR, LE DJ ET LE MC
A : Lien
entre production et deejaying ? et emceing ? Est-ce un avantage d'avoir une
approche du rap par deux biais différents ?
H : Evidemment,
c’est un avantage d’être producteur et deejay ou emcee. De ce point de vue,
je me sens lésé. Quel pied cela doit être que de rapper sur ses propres
instrus. Autour de moi, j’en ai quelques exemples. Toutefois, il semblerait
que tout faire puisse être contraignant, car il n’y a aucun échange avec
autrui.
A : Dans quelle mesure es-tu impliqué
par rapport aux textes des mc’s ?
H : Cela dépend des MC’s,
mais je suis toujours obligé de donner mon avis sur la tournure des
morceaux. Je n’écris pas moi-même, mais par exemple, avec Sako, nous parlons
des thèmes qui peuvent conduire à des morceaux. Si j’ai des remarques à
faire, je lui en fait part, tout comme lui pour les musiques.
A : Est-il important pour toi d'appartenir à un groupe ?
H : Oui, mais le plus important, c’est de travailler avec des
gens qui, avant d’être des MC’s, sont des amis, ce qui est notre cas. Je
dois avouer que je suis plus attentif au résultat d’un morceau de Chiens de
Paille qu’à un autre morceau, car c’est un peu une part de nous-mêmes. La
priorité, c’est le groupe, et c’est très bien ainsi.
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