Interview Oxmo Puccino (II)

Le temps passe vite, ça n'est pas à Oxmo qu'on l'apprendra. Alors, on vous laisse imaginer à quelle vitesse filent trente minutes face au Black Jacques Brel. Pour l'occasion, on a décidé de s'attarder sur "L'arme de paix", album qui se bonifie au fil des écoutes et qui, assurément, méritait d'être davantage décortiqué.

20/12/2009 | Propos recueillis par Mehdi avec Zo. et JB

Interview : Oxmo Puccino (II)Abcdr : Lors de notre précédente interview, tu décrivais ton premier album comme un "enfant gâté", alors que le deuxième était "très difficile". Comment compares-tu l'expérience "L'arme de paix" par rapport aux autres ?

Oxmo Puccino : Comment je positionne "L'arme de paix" ? [Il hésite longuement] Je positionne cet album comme un grand-frère qu'on attend longtemps, qui plane, de qui on s'inspire sans le savoir...Et quand finalement on grandit, on se rend compte que c'était lui le modèle, le grand-frère. Voilà comment je vois "L'arme de paix". C'est quelque chose que je m'imaginais, que j'avais comme objectif et que j'ai atteint sans m'en rendre compte. C'est comme si j'étais dans ma montagne en train d'escalader les rochers pendant longtemps et que, tout d'un coup, je m'étais rendu compte que j'étais au sommet mais que je n'avais pas pris le chemin le plus évident.

C'est comme ça que je considère "L'arme de Paix" parce que c'est ce que j'ai toujours voulu atteindre en termes de fidélité musicale et émotionnelle. Je n'étais pas parvenu à faire ce que je voulais à l'époque du deuxième album, à l'époque du "Cactus de Sibérie". Je n'en avais pas les moyens. Regarde un titre comme 'Demain peut-être'. Il est très inexact, il est un peu faux, un peu crié...

A : C'était aussi le charme de tout cet album...

O : C'est vu comme du charme avec du recul mais sur le coup...Ce sont aussi des morceaux que je mettais une journée à poser en studio. Aujourd'hui, ça me prendrait deux heures. A l'époque, je n'arrivais jamais au bout de la course et c'est d'ailleurs ce qui m'avait poussé à recommencer sur l'album suivant.

A : Justement, on a l'impression que tu avais "L'arme de paix" en tête depuis un moment. Toujours lors de notre précédente interview, tu disais que tu voulais tendre vers du Aznavour pour ton prochain disque et trouver un bon "mélange entre profondeur et légèreté".

O : Ça n'est pas une surprise puisque c'est quelque chose que je dis depuis longtemps. Justement, c'est peut-être la difficulté à le concrétiser qui rendait le discours flou mais le tout est de travailler pour y arriver.

A : Tu vois l'album comme une sorte de grand frère. Je pense qu'il y a deux grilles de lecture avec cet album. Tu avais des phrases extrêmement douloureuses vis-à-vis du monde qui t'entourait sur tes précédents albums ("ce monde n'est pas le mien même si j'm'en sors bien") et j'ai l'impression qu'en effet, tu sembles plus à l'aise avec ça. Est-ce qu'il s'agit d'une forme de maturité ou est-ce qu'au contraire tu aurais opéré une forme de retour vers le futur en injectant un peu plus de naïveté et d'insouciance dans tes textes ?

O : A l'époque, ma manière d'appréhender le monde était tellement réelle qu'elle en devenait inacceptable. J'ai dû composer avec le temps, changer de point de vue d'observation pour mieux accepter la réalité et ça se ressent dans le texte. A l'époque, j'aurais pu te dire "le mec s'est pris une balle dans la tête, il s'est noyé dans son sang". Aujourd'hui, je dirais "sa tête est percée et l'hémoglobine se répand sur le sol", quelque chose comme ça. C'est pas tout à fait la même chose mais c'est le même cas de figure. Maintenant, j'arrive à me positionner de telle sorte à avoir un point de vue moins horrible de la situation.

A : On retrouve cette évolution dans ton rapport à l'amour. Tu en as toujours beaucoup parlé, tu as intitulé ton deuxième album "L'amour est mort"...Et sur "L'arme de paix", tu as une vraie chanson d'amour avec 'J'te connaissais pas'.

O : C'est pas de l'amour. Il y a quelque chose que j'aime bien dire en concert. On chante souvent celui qui cherche l'amour, celui qui l'a perdu, celui qui ne l'aura jamais, celui qui a un coup de foudre mais, au fond, ça n'est pas sérieux. Ca fait toujours appel à une personne qui souffre et qui veux l'autre. Tandis que 'J'te connaissais pas' se situe après avoir passé toutes ces étapes justement. On n'est plus dans le rêve, le concept ou l'idéal. T'es une meuf, tu n'as plus 20 ans, t'as un enfant dans les bras, tu rencontres un mec... On n'est plus dans la passion mais dans le concret. On sait où on va. C'est ça 'J'te connaissais pas'. "C'est la merde, les femmes ne sont pas comme je les voulais, les hommes ne sont pas comme tu le veux, ça va être difficile pour le prince charmant mais on est là tous les deux et essayons de gérer". C'est de ça que parle cette chanson. Il ne s'agit pas d'amour mais d'une relation entre deux personnes. C'est pas une chanson d'amour.

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