Chronique

Planet Asia
The Medicine

ABB Records - 2006

Le rap, des fois, ça ressemble un peu au jeu des 7 familles que vos parents sortaient en dernier recours pour vous occuper les dimanches pluvieux.

« Dans la famille des rappeurs qui avaient les capacités pour… mais qui n’ont pas…, je voudrais Planet Asia… »

Bonne pioche.

C’est qu’elles semblent lointaines les années où le MC de la Bay Area était l’un des plus grands espoirs émergeant de l’underground californien. Passés ses premiers et imposants faits d’armes aux côtés de Rasco (The Cali Agents) et deux EP’s, la carrière de Planet Asia s’était peu à peu embourbée : un deal foireux avec Interscope rompu en 2003, quelques coups d’éclat discrets avec son groupe Skhool Yard (notamment les maxis « Fashion Show/Sit Back and Chill » et « Cigar Splittas/Faded »)… 2004 devait être l’année de son explosion commerciale ; elle ne sera en fait que celle d’une grosse déception : « The Grand Opening », son premier LP, passera complètement inaperçu, plombé par une mauvaise promotion et des choix musicaux pas toujours judicieux. On avait fini par oublier Asia jusqu’à la sortie début 2006 de « The Sickness », album/compilation/street-cd quasi-unanimement lynché pour ses productions apparemment désastreuses. Quelques mois plus tard le MC de Fresno revient avec « The Medicine », entièrement produit par Evidence des Dilated Peoples.

Ce qui est rassurant avec Planet Asia, c’est que l’on sait en mettant son album sur la platine qu’on ne s’ennuiera pas. Niveau emceeing, le bonhomme est en effet difficilement critiquable et a rarement déçu. « The Medicine » ne fait pas exception à la règle : voix et flow restent agressifs, voire hargneux, et le résultat est toujours aussi carré. Jason Green sait capter l’attention et la retenir. Comme d’habitude il livre beaucoup de textes egotrip et/ou empreints de « black consciousness » (voir notamment le magnifique ‘Old Timer Thoughts’ en compagnie de Defari), se penche sur son parcours le temps d’un couplet touchant (‘Get Active’, « I was born in the 70’s, raised in the 80’s, got my game in the 90’s, 2000 : I was crazy ; had a deal when I was 21, Interscope signed me, then I left in 2003, still had my hopes and dreams… »). Toujours à la recherche du bon coup commercial, il tente un morceau dans la grande tradition du rappeur-lover avec au refrain un clone d’Ashanti, Jonell (‘In Love’) et s’en sort plutôt bien, dans ce genre éminemment casse-gueule. Le Cali Agent ne pose en solo que sur six titres. Ses invités livrent des prestations inégales : certains partenaires de Skhool Yard sont là (Kubiq, Supa Supreme, Shake), les proches du cercle Dilated Peoples aussi (Rakaa et Evidence, lisses comme bien souvent, Defari, Rasco et Phil Da Agony, qui lâche encore une fois un bon couplet sur ‘Get Active’). Deux grands noms new-yorkais se sont joints au MC californien : après Ghostface Killah sur « The Grand Opening », on retrouve ici Black Thought (‘Over Your Head’) et un Prodigy en petite forme (‘Stick & Move’).

La grosse interrogation concernait donc, comme souvent avec Planet Asia, la production. Evidence est seul aux manettes, malgré les rumeurs qui annonçaient Alchemist. Cette première constatation, en lisant les crédits, avait de quoi laisser songeur car si on ne doute pas de la complicité existant entre les deux hommes (ils ont déjà travaillé ensemble à plusieurs reprises), les productions d’Evidence n’ont jamais marqué les esprits. Sur « The Medicine », le travail du MC/beatmaker des Dilated Peoples ne restera pas non plus dans les annales, mais il a au moins le mérite d’éviter les faux-pas maladroits de ses prédécesseurs. D’une simplicité parfois presque rustique, mélange de composition au synthé et de sampling, les instrus restent dans le sillage des grandes tendances de ces dernières années : quelques gros samples de soul (‘In Love’, ‘Get Down or Lay Down’), beaucoup – trop – de caisses claires maigrichonnes, une tentative timide de hyphy (‘On Your Way 93706’). Les BPM sont peu élevés, les beats pesants – la lourdeur de certains kicks contrastant parfois étrangement avec le pauvre clapotis des snares – et les samples s’enchaînent par moments de manière simpliste. Si la lenteur des rythmiques n’incite que trop rarement le MC à « mouiller le maillot », elle lui permet néanmoins de développer un style brut et efficace. Pas de grandes innovations ni de coups d’éclat intemporels, donc, mais pas mal de bons moments : l’évolution de l’instru de ‘Da Prescription’, ‘Get Active’, ‘That’s On Me’, ‘Get Down or Lay Down’, ‘Old Timer Thoughts’, ‘Dilated Agents’.

Au final, et alors qu’on attendait peu de lui, Planet Asia livre avec « The Medicine » un bon album. En dépit de la production peu inventive d’Evidence, l’album du MC californien s’avère plutôt plaisant. Rassurant, donc, même si les capacités que l’on connaît à Planet Asia sont encore loin d’être pleinement exploitées.

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