Chronique

Melanin 9
Magna Carta

Red Snow Records - 2012

Melanin 9 était apparu sur nos radars avec sa toute première mixtape, High Fidelity, sortie en 2007. Une époque où, selon ses propres dires, le garçon commençait tout juste à considérer le rap comme autre chose qu’un hobby. Depuis, entre ses projets solos et ceux de ses différents collectifs (Triple Darkness, Orphans of Cush), l’attente autour de M9 n’a fait que grandir. Le Londonien a même savamment joué avec nos nerfs, retardant la sortie de son premier album à plusieurs reprises. À bon escient, peut-on dire rétrospectivement : difficile en effet d’imaginer des grands débuts plus convaincants que Magna Carta, et sa pochette faisant référence à celle de Phrenology (The Roots).

Ce qui a caractérisé les projets de M9 jusqu’à maintenant, c’est une capacité évidente à choisir ses productions, que celles-ci soient originales ou issues de faces B. Cette compétence se retrouve sur Magna Carta. Le Londonien a fait appel à des noms peu connus pour la plupart (7th Dan, Anatomy, Hey!Zeus) mais ayant fait leurs preuves sur les sorties de Triple Darkness. La sélection de beats est diversifiée mais cohérente, privilégiant les instrumentaux cotonneux et mélancoliques, et gardant le côté lo-fi du boom-bap des années 1990 sans pour autant tomber dans la désuétude. De ce fait, se dégage de Magna Carta une ambiance particulière, chaleureuse et vaporeuse, renforcée par la relative concision de l’album.

Côté rap, M9 se singularise par un accent assez peu marqué pour un rappeur anglais, mais aussi par un flow fluide et assuré. Pas de roulements ou d’accélérations, la sobriété est de mise. Celle-ci est au service d’un discours qui se veut réfléchi et mature. Le Docteur Malachi Z. York et d’autres écrivains afrocentristes sont ainsi convoqués, pour des va-et-vient entre les rues d’Hackney et la spiritualité. Rap conscient oblige, quelques longueurs sont à regretter, notamment sur des sujets traités avec sincérité mais si souvent abordés par le passé, comme les brutalités policières (« Organised Democracy ») ou la douleur des parents dont les enfants ont été assassinés dans la rue (« The 7 Blues »).

Si ces titres sont loin d’être désagréables, on préférera des morceaux aux thèmes moins clairement définis, comme « Magna Carta », « Cosmos » ou l’excellent « White Russian ». Ce dernier voit intervenir Roc Marciano, seul rappeur ne faisant pas partie de Triple Darkness à avoir été invité. La collaboration entre le New-Yorkais et le Londonien apparaît d’ailleurs comme une évidence, tant leurs univers musicaux ont en commun. Pour le reste, la chanteuse Madame Pepper assure trois refrains. M9 évite ici un écueil qui aurait pu nuire à l’impression globale laissée par l’album : Madame Pepper n’a rien d’une choriste r’n’b à la plastique bien plus agréable que la voix. Ses prestations ne servent pas uniquement à faire baisser le niveau de testostérone de l’ensemble, mais plutôt à donner une autre dimension aux titres sur lesquelles elle pose, ce qu’elle parvient assez bien à faire.

Avant d’être un bon MC, Melanin 9 est avant tout un grand fan de rap. Le choix des faces B sur ses mixtapes en témoigne, tout comme la série de mixes livrés il y a quelques années sur son blog. L’Anglais a dû s’enfiler des heures de maxis et d’albums, obscurs ou non, et en a visiblement tiré quelques précieux enseignements quant à la façon de faire de bons disques. Magna Carta ne possède pas de moment de folie, où M9 aurait choisi de donner une direction inattendue à sa musique. Mais tout dans le projet respire l’intelligence, et un savoir-faire assez impressionnant pour un garçon sortant son premier album et n’ayant pas encore atteint la trentaine. La saga continue donc : une étape de plus est franchie avec succès pour M9 et, si l’on saura apprécier à sa juste valeur Magna Carta, on attendra la suite avec encore plus d’impatience que précédemment. Au moins pour savoir jusqu’où le garçon peut aller.

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