caballero_jeanjass
Chronique

Caballero & Jeanjass
Double Hélice

2016

C’est l’histoire de deux rejetons du rap francophone. Le premier est à la fois producteur et rappeur – un peu nonchalant -, le second vogue entre Paris et Bruxelles au fil des collaborations. Parfois, l’un produit pour l’autre. Ou l’autre offre ses couplets à l’un. Un jour, les deux s’enferment en studio, pour enfin sceller leur union : c’est l’exacte histoire de Caballero et JeanJass. Deux amis qui, à force de se croiser, finissent bien par se trouver.

Avec sa pochette de nounours en sneakers et casquettes à hélice sur la tête, le premier EP commun du duo belge respire la bromance pure. Quelque chose d’intuitif, d’hédoniste, sans prise de tête, qui semble bienvenu dans un paysage musical rap qui a tendance à parfois trop se prendre au sérieux. La jeune doublette belge nous propose ainsi huit titres (dix avec les bonus), pour respirer un gros coup. Pas d’introspections torturées, ni de démonstrations clinquantes, Double Hélice se contente de s’amuser sur le terrain de jeu déjà établi des deux garçons. Les productions jazzy, l’ego-trip teinté de second degré, et les refrains soignés balisent l’intégralité de cet EP définitivement fait pour se mettre de bonne humeur.

Faire simple n’est cependant pas à la portée de tous : la qualité globale des productions de Double Hélice témoigne d’une vraie rigueur dans les choix artistiques du duo. Même si JeanJass délaisse un peu sa casquette de producteur, l’ombre de ses samples funk/jazzy semble pourtant toujours planer sur les titres du duo. Que ce soit sur les quelques notes de guitare de « Yessaï (Sur la Carte) », les samples funk de « Double Hélice » ou l’orgue Moog et les saxophones suaves du Doc Gyneco-esque (d’ailleurs samplé sur le morceau) « Elle Me Veut », la couleur rétro globale du projet ne rougit jamais de son parti-pris. Seules les fulgurances synthétiques de « Merci beaucoup » – d’un Hugz Efner de plus en plus séduisant (l’onirisme de « Égérie » de Nekfeu, c’est lui) -, rappellent que les deux compères restent des rappeurs bien de leur époque, aux flow bien différents mais, étonnamment, très complémentaires.

Tandis que Caballero continue encore de progresser dans sa quête de phrases rythmiques à sa gloire (« Je rappe comme un OG, personne me met hors-jeu, je baise tout comme dans orgie »), le calme apparent de JeanJass donne une autre saveur aux sonorités de ce Double Hélice, qui s’évite de souffler le chaud et le froid, et s’amuse plutôt à faire se rencontrer les flammes d’un Caballero bondissant avec le souffle d’un JeanJass apaisé. C’est même le rire qui nous prend au milieu du disque : en introduction de « Verygolo » deux belges à l’accent à couper au couteau apparaissent. « Eh Carlos! ‘Oué?’ Tu veux une blague courte? ‘Vas y hein…’ T’en veux une autre? ». Ça faisait bien longtemps qu’on ne s’était pas marré en écoutant un disque de rap. Merci.

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