BrailleShades Of Grey
Chronique par Julien | Publiée le 04/03/2006
Sortie : 2004
Durée : 55'15
Label : Syntax
Format : CD/Vinyle
Membre avec Ohmega Watts et Othello du groupe
Lightheaded auteur de l’excellent "Pure Thoughts" en 2002, Braille est un jeune
rappeur originaire de Portland (Oregon). En 1999, alors qu’il était
seulement âgé de dix-sept ans, sortit son premier album solo, "Lifefirst: half the battle". Cinq ans, quelques
featurings et plusieurs maxis plus tard, il passe la barre du deuxième LP
solo avec "Shades Of
Grey".
La première écoute est une claque. Tout
commence par un sample d’opéra. Puis arrive le emcee, qui se contente pour
l’instant de parler ("Right this moment,
it’s all about right now (...). You are listening to Braille. It’s been a
long time coming. No doubt…"). Rien de bien extraordinaire jusque là.
C’est son entrée sur le beat qui déclenche le premier sourire satisfait, qui
sera suivi de bien d’autres au fil des morceaux. Le flow est vif, sec et
nerveux ; la voix légèrement nasillarde ; l’adéquation entre les deux
parfaite. L’ensemble s’avère immédiatement efficace.
Chaque titre de
ce disque, à sa manière, fait mouche. Rien de révolutionnaire certes, mais
on retrouve tout au long de cet album une constance qui fait réellement
plaisir. Aucun point faible, aucun temps mort.
Les instrus brillent
par leur diversité. En dehors des rythmiques sèches, il est difficile de
définir la couleur musicale de "Shades Of Grey". La qualité est le seul point
commun. Braille sait choisir les sons qui lui permettront de s’illustrer :
la guitare sèche de 'It won’t last', les riffs violents de 'Microphone
Rush' et 'Goliath', les cuivres sur le refrain de 'The Find', la voix
pitchée, les cordes et les quelques notes de guitare électrique sur 'Keep
On', le piano de 'Let Go' et 'Nobody' ou encore l’orgue et le piano de
'Soul Rock' le démontrent et forment la base impeccable pour le rap
dynamique du jeune MC.
Trois titres sortent du lot. Il s’agit tout
d’abord de 'Hiphop Music', ode au rap appuyée par les scratches de Rob
Swift sur des samples conquérants de violons et de cuivres. Braille y
développe sa vision du rap, partagée entre amour et rejet ("I got a love/hate relationship with hiphop, it
frustrates me. It can break these rusty chains or drive me crazy. (...) The
truth is, hiphop is diverse as earth is. What a man speaks reflects the
world he’s immersed in and the condition of his heart, it’s hard to judge
it"). 'Poetry in motion part 2' est sans aucun doute le meilleur
morceau du disque. Le flow nerveux, la voix, l’instru (beat sec, sample
vocal, orgue, métallophone, guitare), les scratches sur le refrain et un
texte de qualité parsemé de références aux "grands" du hiphop ("I’m a Microphone Fiend, grip it tight till my
palms hurt and Move the Crowd like I relocated my concert. Calm your nerves
(catch your breath) Relax with Pep. I flow six days a week, on the seventh I
rest. (…) I’m down for the cause, keep it moving like a nomad, never leave
home with out the pen and the pad. Poetry in motion like graffiti on trains,
I tag my name on your heart and things will never be the same after
this") : tout y est. Enfin, 'Shades Of Grey' s’impose en toute fin
de disque dans un style magistral et cinématographique. Les instrus de ces
trois morceaux sont l’œuvre de Tony Stone, la grosse découverte de ce disque
en termes de production.
Braille est le plus souvent catalogué comme
"rappeur chrétien". S’il semble en effet imprégné de religiosité, cela ne
vient que très rarement alourdir ses textes. Il reste toujours une sorte de
morale chrétienne en toile de fond mais Braille évite d’asséner des leçons à
grands coups de Bible. Il s’affirme seulement comme jeune homme croyant en
Dieu, marqué par la foi mais de façon bien moins lourde que LMNO par
exemple, même s’il dit avoir choisi le pseudonyme de Braille parce qu’il
"fait découvrir aux gens ce qu’ils ne
peuvent voir par eux-mêmes". Ce qui ressort le plus des textes de
Bryan Winchester, c’est une humilité et une remise en question permanentes.
Au final, vous l’aurez compris, cet album est excellent. Des choix
d’instrumentaux irréprochables, un flow nerveux, des qualités lyricales et
un garçon humble, sympathique et attachant : voilà à quoi s’attendre avec ce
"Shades Of
Grey". Du rap conscient mais pas chiant. La qualité de l’album
d’Ohmega Watts "The
Find", sorti en 2005, associée à celle de cet album de Braille
laisse donc présager du meilleur quant à l’album de Lightheaded sorti en
janvier. "Need I say more? I let the music
speak..."
- Julien
01. Right This Moment
(Braille / Kno)
02. It Won't Last
(Braille-Othello-Pigeon John / Weapon X)
03. Hiphop Music (Braille / Tony Stone)
04. 10 Years (Braille / 9th Wonder)
05. Statements part 2 (Braille-Ohmega Watts / Tony Stone)
06. Microphone Rush (Braille-Manchild / Jon
Doe)
07. The Find (Braille / Ohmega Watts)
08. Keep on (Braille / Tony Stone)
09.
Let Go (Braille-Supastition-Tarik-Kimani / Celph
Titled)
10. Poetry in Motion part 2 (Braille
/ Tony Stone)
11. Life Cipher (Braille /
Deepsix)
12. Goliath (Braille / Ohmega Watts)
13. Soul Rock (Braille-Ohmega
Watts-Othello-Sharlock Poems / Tony Stone)
14. Nobody (Braille / Illmind)
15. Shades of Grey (Braille / Tony Stone)