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Freeman
L'Palais de Justice
Chronique par JB | Publiée le 03/12/2006
Sortie : mars 1999
Durée : 77'59
Label : Delabel
Format : CD/Vinyle
1998, âge d’or du rap français. Le secteur
Ä, IAM et NTM sont les héros d'alors. Les tubes s'appellent 'Les meufs du
Showbiz', 'L'indépendance Daye', 'Petit frère'. Sur M6, Capital filme
les nouveaux riches du rap avec un œil avide ("Passi, ça te fait quoi d'avoir un bureau ?"). Aux Victoires
de la Musique, IAM déboule cagoulé pour interpréter 'Independenza'.
Drucker, pour détendre l’atmosphère, y va de son commentaire footballistique
et sa tape sur l’épaule paternaliste. Les signatures en major se
multiplient, les disques d'or pleuvent. Du moins on y croit très fort.
1999. Rude retour de bâton pour ceux qui sortent leur disque un an
trop tard : D. Abuz System, La Clinique et Def Bond échouent sur le mauvais
versant de la courbe économique du rap à la française. Freeman, lui, sort
son premier (et unique) album, "L'Palais de Justice" en mars. Pour l'ancien
danseur d'IAM, le timing est parfait : le groupe vient de connaître son
apogée artistique et commerciale avec "L'Ecole du Micro d'Argent". Shurik'n, Khéops
et la Fonky Family cartonnent, mais la partie est loin d'être gagnée pour
Malek Sultan. La raison ? Simple : il n'est pas un rappeur. Connu pour ses
interludes rigolards sur les deux premiers IAM, Malek devient Freeman en
1997 et se convertit à la rime le temps d’un morceau, 'Un bon son brut pour
les truands'. Pas inoubliable, son couplet lui permettra tout de même
d'ériger l'un des derniers mystères du rap français : la mystification du
Twix. Pourtant, de morceaux prometteurs ('Mauvaise graine' dans "Hostile Hip-Hop 2")
en apparitions réussies sur les albums de Shurik'n et Kheops ("Si j'avais su combien un père est cher je
l'aurais jamais déçu"), le timbre méditerranéen de Freeman se fait
familier. En plein boom de la révolue "Norme Marseillaise", l'album sort,
le succès est au rendez-vous.
La réussite de c'Palais de Justice
tient en une chose : l'esprit de famille. Pour sa première sortie, Freeman
n'est pas seul. Hors du posse-cut 'C'est notre hip-hop', les invités ne
sont pourtant pas légion – seuls Oxmo et Pit Baccardi font l'aller-retour
Paris/Marseille - mais les Turntables Dragunz (les Dj's Ralph, Majestic et
Sya Style) vont habiller l'album de scratchs fameux, piochés dans les
couplets passés de Shurik'n, Akhenaton ou Faf La Rage. Même chose pour les
interludes, étonnamment repris dans "Ombre est Lumière" et "Métèque et mat". L'auditoire
d'IAM ne peut pas être dépaysé. Côté production, Akhenaton et Imhotep se
taillent la part du dragon. Sans surprise mais terriblement homogène,
l'édifice sonore construit pour Freeman lui évite tout piège : au milieu
des pianos et des violons, Malek est en sécurité, et peut s'exercer à
l'écriture, un processus qu'il mentionne fréquemment et que l'on devine
besogneux (à propos de la musique : "les
paroles manquent pour elle, chienne").
Bien sûr, si on le
compare à "Où je
vis" – sorti un an plus tôt - ou "Métèque et mat", le long format
du Sultan ne tient pas la distance. Freeman n'a ni la froide lucidité d'un
Shurik'n, ni les 361 degrés thématiques d'Akhenaton. Les formules sont
parfois maladroites et on retient plus facilement les images curieuses
("Chaque renard porte sa queue à sa manière
et ça dérange") que les véritables trouvailles textuelles. Pourtant,
la sincérité du personnage et sa bonne complémentarité avec K-Rhyme le Roi,
invité permanent de l'album, lui permettent de sortir la tête haute de ce
disque-marathon (77 minutes et 59 secondes au compteur). Penché sur ses
racines, Freeman donne le meilleur de lui-même quand la musique s'enrichit
d'influences maghrébines : l'émotion affleure de 'Bladi', avec la voix
de Khaled, et d'un 'voile du silence' poignant. Il dévoile également une
facette plus sombre et torturée en trois actes : 'Cracher du sang', 'Je
ne sais pas comment vivre' et 'La Terre n'est pas mon chez moi', sur une
production diabolique d'Akhenaton. Avec ce sens péplumesque de la mise en
musique – l'intro est excellente – l'album ne dépareille pas de
l'imagerie IAM, et c'est tout ce que l'on en attend.
Lourdement
critiqué, parfois injustement, Freeman aura eu à la fois la chance et le
handicap d'avoir pour collègues deux des meilleurs rappeurs de l'Histoire.
Son arrivée soudaine, à une époque où les yeux étaient rivés sur le groupe,
l'a privé de cette crédibilité réglementaire sur la scène rap, tout en lui
permettant d'obtenir une visibilité particulièrement enviable. Sept ans
après sa sortie, "L'palais
de Justice" s'écoute avec un plaisir intact et, déjà, un peu
de nostalgie, même s'il représente tout ce qu'il convient de moquer dans
le rap hexagonal : cette contrariété permanente édictée sur des instrus
sortez-vos-mouchoirs. Le temps passé témoigne pourtant de sa force, à une
époque où l'utilisation des samples est devenue un luxe, et où l'on
confond mélange des genres et tambouille indigeste – cas d'école : "Soldats de
Fortune". Avec "L'palais de Justice", Freeman offrit lui une
œuvre humble, monochrome et uniforme. En un mot : respectable.
- JB
01. Intrus (Freeman-K-Rhyme Le Roi / Akhenaton-Imhotep)
02. L'Palais de Justice (Freeman-K-Rhyme Le
Roi / Akhenaton)
03. Qui s'absente
(Freeman-K-Rhyme Le Roi / Imhotep)
04. Combien j'ai ramé (Freeman-K-Rhyme Le Roi / Nabil
Ghrib-Christophe Seys)
05. L'aimant
(Akhenaton / IAM)
06. Drôle de vie
(Freeman-K-Rhyme Le Roi / Imhotep)
07. La
sphère de l'influence (Freeman-K-Rhyme Le Roi / Akhenaton)
08.
Le voile du silence (K-Rhyme Le Roi-Freeman /
Akhenaton)
09. Destiné à finir seul (Freeman
/ Imhotep)
10. Le passé reste
(Freeman-K-Rhyme Le Roi-Oxmo Puccino-Pit Baccardi / Akhenaton)
11. Je ne sais pas comment vivre
(Freeman-K-Rhyme Le Roi / Shurik'N)
12. Bladi (Freeman-K-Rhyme Le Roi-Khaled / Akhenaton)
13. Cracher du sang (Freeman-K-Rhyme Le Roi /
Akhenaton)
14. Elle, chienne (Freeman-Angie /
Kheops)
15. Force invisible (Freeman /
Imhotep)
16. Le rétor de Malek Sultan
(Freeman / IAM)
17. C'est notre Hip-hop
(Freeman-Akhenaton-Sako-K-Rhyme Le Roi-Def Bond-Faf La
Rage-Shurik'N-Sista Micky / DJ Ralph)
18. 361
Degrés (Akhenaton)
19. La Terre n'est pas
mon chez moi (Freeman / Akhenaton)
20. Prohibition du savoir (Freeman-K-Rhyme Le Roi / DJ
Ralph)
Akhenaton
Soldats de fortune
IAM
Revoir un Printemps
Kheops
Sad Hill
La Cosca & les Turntable Dragun'z
Shurik'n
Où je vis