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Blaq Poet
Déjà Screw
Chronique par Nicobbl | Publiée le 22/10/2006
Sortie : 2006
Durée : 60'30
Label : 45Scientific/Screwball Records
Format : CD/DVD
Depuis l’OPA sauvage menée par G-Unit sur le rap
new-yorkais, et en attendant la réplique du Président Carter et de ses
hommes de main, la grosse pomme semble pourrir peu à peu. En surface tout du
moins. A l’intérieur, la relève annoncée (Saigon, Technique, Papoose, Uncle
Murder…) réussit à susciter de sérieux espoirs sans parvenir à les
concrétiser pleinement. Trop tôt ? Trop tard ? Un peu des deux à vrai dire.
A l’exception des relatifs succès de "Big Bang"(Busta Rhymes)
et à moindre échelle de "Fishscale" (Ghostface), le rap new-yorkais vit,
jusqu’ici, une année bien mièvre. On pourrait théoriser pendant des heures
sur les raisons de ce déclin, mais au final on serait rattrapé par une
réalité indiscutable : les chiffres.
Flashback. Retour en 1985. Fin
1985. MC Shan et Marley Marl font résonner 'The Bridge' dans les
ghettoblasters et mettent le feu à NYC. En proclamant la supériorité absolue
de Queensbridge et surtout en revendiquant plus ou moins explicitement la
paternité du rap, Shan et le Juice Crew s’attirent les inimités du Bronx.
Tension. Gros coup de pression. Et peu après retour de flamme. KRS-One sort
l’artillerie lourde et dégaine le surpuissant 'South Bronx' en guise de
réponse. Passé 'Kill that noise', le blastmaster enfonce un peu plus le
clou avec l’explicite et futur classique 'The Bridge is over'. Silence
dans la salle. Décidé à ne pas se laisser pisser sur le bas du froc, Blaq
Poet sort alors de l’ombre et brise l’omerta. Déjà fort en gueule, il cloue
le bec du Boogie Down Bronx avec un 'Beat you down' surviolent. La mort de
Scott La Rock– DJ de Boogie Down Production- calme progressivement les
esprits, même si quelques échanges d’amabilités ('Take you out' notamment)
continuent à fuser.
Avec une telle entrée en matière, Poet semblait
parti pour devenir l’un des haut-parleurs de Queensbridge. Mais la suite
sera moins heureuse et plutôt composée d’une succession de succès d’estime
et de (relatifs) échecs commerciaux. Premier album en 1990 avec DJ Hot Day
("Without Warning") au sein du duo PHD, un
concentré de nitroglycérine resté sans suite. Passée une longue traversée du
désert, le QB Architect s’entoure d’une belle phalange d’enragés, le trio
Hostyle, Kyron et son cousin KL, avec lesquels il fonde Screwball.
Screwball, en hommage à Louis Chandler, un très proche tué quelques années
avant.
Aussi électrique qu’un transformateur à Clichy-sous-bois, le
quatuor sort deux albums quasi coup sur coup : le couronné classique "Y2K" en 2000 suivi,
l’année suivante, du plus décevant "Loyalty". Miné de l’intérieur, le groupe
explose en plein vol. Désormais seul, Poet hante les murs de QB, déversant
au compte-gouttes des apparitions rares mais sanglantes. Point d’orgue de ce
relatif silence, le 12" "Poet has come/A message from Poet" réalisé en
2003 avec DJ Premier.
2006, soit quasi vingt ans après 'South
Bronx'. Poet délivre avec le soutien de Year Round et 45 Scientific son
premier long format en solo. Intitulé "Déjà Screw", il sort une première fois aux US -
avec un mastering pas loin du foutage de gueule et une pochette du même
acabit – avant de traverser péniblement l’Atlantique, des mois plus tard,
dans une nouvelle version. Cette fois (bien) masterisé, avec une vraie et
belle pochette (Tcho/Antidote) et accompagné d’un DVD, "Déjà Screw" débarque en Europe
dans un anonymat certain.
Dix-sept titres pour un concentré de rap
hardcore à vous déchiqueter la moelle épinière. Poet y déverse son style
brut de décoffrage, les couilles sur la table et des éclats d’obus dans les
cordes vocales. En bon War Dog, Poet ne manie pas le scalpel, mais plutôt le
fusil d’assaut avec sa voix brute et rauque, ce qui ne l’empêche pas
d’exploser ses cibles. Il entremêle, non sans un certain succès, pur
égotrip, commentaires au vitriol sur la scène rap actuelle ('A message from
Poet'), réalités de l’asphalte et visions criminelles ('Cash', 'Rhyme
crime boss'). Intense, parfois épuisant, Poet enchaîne les couplets,
martelant sourdement nos tympans quitte à rendre sourd. Mais personne n’est
moins sourd que celui qui veut l’écouter.
Avec le recul d’un vétéran
charismatique et l’expérience d’un vrai O.G., Poet s’est entouré d’une
équipe de producteurs hors normes, avec Preemo et Geraldo en chefs de file.
Premier signe quatre morceaux, dont les deux grenades déjà dégoupillées
'Poet has come' et 'A message from Poet' (qui rappelle toujours autant
'F.A.Y.B.A.N'). Si Alchemist et Easy Mo Bee ajoutent, symboliquement, leur
pierre à l’édifice ('Bloody Mess' et 'U phucked up'), on retrouve
Geraldo derrière la moitié des productions de l’album. Fort de plusieurs
réussites indéniables ('Cash', 'Rhyme Crime Boss', le posse cut
'Criminal minded'), le Général tient la dragée haute aux têtes de pontes.
Envolées de violons et boucles hypnotiques entrecoupées de sirènes et coups
de feu ressuscitent le rap hardcore new-yorkais, en s’inscrivant dans la
lignée des M.O.P, Mobb Deep (chloroformés par G-Unit) et autres Onyx.
Tournons la page, il n’est ici plus question d’avenir ni de
perspective, plutôt de réalité et du présent. "Déjà Screw" défonce. Point
final.
- Nicobbl
01. Bang this (Blaq Poet / DJ Premier)
02. Ghetto shit (Blaq Poet / Generaldo)
03. Poet has come (Blaq Poet / DJ Premier)
04. Cash (Blaq Poet / Generaldo)
05.
Bloody Mess (Blaq Poet / Alchemist)
06. What u gonna do? (Blaq Poet / Generaldo)
07. My Niggaz (Blaq Poet / Blaq Poet)
08. Bomb shit (Blaq Poet-Versatyle-KL-J-Roc / Generaldo)
09. Message from Poet (Blaq Poet / DJ
Premier)
10. U phucked up (Blaq Poet / Easy
Mo Bee)
11. After all this time (Blaq Poet /
Generaldo)
12. Watch ya back (Blaq Poet / DJ
Premier)
13. Blaq Poet (Blaq Poet /
Generaldo)
14. Criminal minded (Blaq
Poet-J-Roc-KL-Teflon / Generaldo)
15. Get flow like
hurricane (Blaq Poet / Blaq Poet)
16. Still
flippin’ (Blaq Poet / Generaldo)
17. Rhyme
crime boss (Blaq Poet / Generaldo)