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Mr Lif
Mo' Mega
Chronique par Greg | Publiée le 09/09/2006
Sortie : Juin 2006
Durée : 40'46
Label : Definitive
Jux
Format : CD/Vinyle
"Mo' Mega is the
juxtaposition of the slave and the elite with no common ground between the
two". "Mo' Mega", ou la cohabitation obscène de
l’opulence et de la misère.
Le précédent album de Mr. Lif, "I Phantom" (2002),
était (très) bon. Légèrement en dessous des attentes, pourtant. Plusieurs
collaborations récentes auguraient d’un retour en grâce, outre l'excellente
prestation sur 'Making Planets' avec Edan : le récent 'Storm', patronné
par Cut Chemist (et à nouveau en compagnie du Humble Magnificent) ; ou 'Beast Mode', sur le prochain LP
d'Akrobatik. Amateur de fougues conceptuelles, le rappeur de Boston a
montré que son goût des productions consistantes n’était pas pour masquer
ses faiblesses. Sur les productions d’Esoteric, par exemple, l’homme sait
parfaitement quoi faire dans un espace plus dépouillé.
Munissons-nous d’un couteau de boucher pourvu d’une lame de moyenne
épaisseur. On peut alors, sans trop de nuances, découper la barbaque en
trois parties. La première, une moitié de l’album, pose avec la délicatesse
d’un coffre-fort tombant du ciel l’alliance entre Lif et El-P ; cet album,
c’est avant tout celui de ces deux hommes. La deuxième aménage une partie
détente, plus désinvolte devant la misère du monde, plus déshabillée aussi
(franchement salace, en fait). La troisième partie (les deux derniers
morceaux) est plus introspective : ça cause absence du père et présence de
l’enfant, ce genre de choses.
El-P fait ce qu’il sait faire,
c’est-à-dire charger la mule, tendance bruitiste. Avec une certaine
prédilection pour les boucles électriques, il donne dans le sample
stratosphérique et le son distordu, pas exactement torturé, sûrement pas
épuré. El-P ne fabrique pas du léger. Non. Il entasse, il triture, il
concasse. Il a garni sa piaule de machines pleines de boutons et est bien
décidé à s’en servir. Le parrain de Def Jux s’y emploie alors à merveille
pour faire flotter dans les oreilles une douce mélodie d’apocalypse,
évoquant à la fois l’abrutissement du travail à l’usine et la centrale
nucléaire prise d’assaut par des vaisseaux venus d’ailleurs ('Brothaz').
Le tout restant tout de même très "musical". Le gars doué.
L’avantage de ces productions denses et complexes : elles ne livrent
leurs détails qu’après de nombreuses écoutes. L’inconvénient : un son étoffé
qui devient parfois (rarement) étouffant, poussant l’auditeur à chercher une
porte de sortie pour respirer un coup – à défaut d’en tirer un, mais je
crois que je m’égare. El-P a en tout cas l’excellente idée d’instiller
partout de petites variations, en particulier pour ses invités. A partir de
la même structure rythmique, chaque hôte (Aesop Rock, Blueprint, Akobatik,
El-P himself, tous bons, comme sur l’abrasif 'Mo' Mega') bénéficie d’un
accompagnement légèrement singulier. Idem pour Mr. Lif tout seul, comme sur
'The Fries', où un break scratché fait office de refrain, avant qu’un
deuxième couplet débute sur une nouvelle texture sonore, quelques notes de
piano servant de passeport pour l’angoisse.
Dans ce climat
inquiétant, Mr. Lif s’infiltre sans coup férir, alliance de flow délié et de
voix nasillarde. Dextérité, fluidité, étirement de la dernière syllabe. Le
tout avec des thèmes nettement au-dessus de la moyenne - la critique du
consumérisme sur 'Ultra Mega'.
Le premier morceau produit par le
bostonien (épaulé par 'Big Nose' aka Edan), l’hilarant 'Murz is my
manager' ("Got a call from Georges Bush,
says he knows about your trap, how you put Kanye up to sayin’ all that / You
used it as a fool proof scheme to distract the government from the true
political rap…") marque une nette rupture en termes de ton, de son,
de thème. Une ligne de basse frénétique traversé d’une trompette en dérapage
et de sonneries de téléphone, un dialogue en forme de malentendu : clefs du
succès en mains, Murs a bien du mal à discipliner un Mr. Lif récalcitrant à
intégrer les codes de conformité du business. Juste après, le dansant et
sexy 'Washitup !', du même, est moins convaincant, mais confirme que Lif
sait être sérieux et desserrer la ficelle de temps à autre. "Mo' Mega" :
homogène mais varié, comme on dit.
La fin de l’album est loin d’être
bâclée : après un 'Looking in…' crépusculaire, tout en retombées
radioactives, Nick Toth signe un instru paisible (le clavier vient vous
caresser l’oreille gauche) où le récit de Mr. Lif brille. Même le petit
chœur final est agréable – c’est dire. "Mo' Mega" dure à peine 41 minutes. A éviter en
cas de migraine ; pour le reste, on ne regrette pas le voyage. De toute
façon, un album de rap qui parle de lutte des classes, ça ne se refuse pas.
- Greg
01. Collapse (Mr. Lif / El-P)
02.
Ultra Mega (Mr. Lif / El-P)
03. Brothaz (Mr. Lif / El-P)
04. The Fries (Mr. Lif / El-P)
05.
Take, Hold, Fire ! (Mr. Lif–Aesop Rock–El-P / El-P)
06. Murs Iz My Manager (Mr. Lif–Murs / Big Nose)
07.
Washitup! (Mr. Lif / Mr. Lif)
08. Long Distance (Mr. Lif / El-P)
09. Mo’ Mega (Mr. Lif–Akrobatik–Blueprint / El-P)
10.
Looking In… (Mr. Lif / El-P)
11. For You (Mr. Lif / Nick Toth)
7L & Esoteric
Dangerous Connection
Aesop Rock
Labor Days
El-P
I’ll sleep when you’re dead
Mr Lif
I Phantom
Mr Lif
Emergency Rations
Murs
The end of the beginning
Raw Produce
The feeling of now
Y Society
Travel at your own pace