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Nas
God's son
Chronique par JB | Publiée le 16/07/2006
Sortie : 13 décembre 2002
Durée : 56'58
Label : ColumbiaRecords
Format : CD/Vinyle
Si un titre devait résumer l'année 2002 pour Nas, ce serait sans doute
'Destroy and rebuild'.
Revenu en grâce après sa vic…, pardon, son
coup d'éclat face à Jay-Z lors de leur mémorable échange de venin,
l'auteur du classique parmi les classiques "Illmatic" va voir sa vie
personnelle chamboulée. 2002 marque en effet le décès de sa mère, Ann Jones,
et la rencontre avec sa future femme, la plantureuse Kelis. Entre coup dur,
coup de foudre et coup de gueule, son sixième album "God's
son" porte les stigmates de l'existence mouvementée de
cet artiste déjà vétéran, pas vraiment en paix avec lui-même au vu de ses
nombreuses tirades anti-rappeurs cette année-là : Kelis apparaît dans 'Hey
Nas', le spectre de sa mère hante le touchant 'Dance', et les instincts
belliqueux du MC transpirent de 'Mastermind'. Arrivé à un tournant de sa
carrière, Nas met fin au leitmotiv graphique de ses précédents albums pour
apparaître, regard baissé, dos à l'océan, sur la pochette, loin des
bâtiments new yorkais, troquant le cultissime pigeon de "Stillmatic" pour deux colombes.
Une manière judicieuse de prendre ses distances avec l'iconographie
d'"Illmatic",
son chef d'œuvre devenu fardeau.
Conséquence de la prise de bec
avec Jay-Z : Nas devient, plus que jamais, obsédé par son propre héritage
dans le panthéon du rap. Dans l'intriguant 'Last real nigga alive',
produit par Ron Browz, il exhume un beef avec Notorious BIG ("who you thought 'Kick in the door' was for
?"), et retrace pêle-mêle dix ans de rap à New York, entre bruits de
couloir, fusillades, et trahisons. Eternel seul contre tous, Nas opère un
va-et-vient permanent entre vie publique et vie privée, et fait intervenir
des noms familiers – Carmen, Ill Will, Jay-Z, Ghostface – pour mieux
cimenter sa propre légende. Quelques années après être apparu crucifié dans
le clip de 'Hate me now' et deux ans avant de réinventer la Cène sur la
pochette de "Street's
disciple", le Fils de Dieu rempile également dans son rôle
fétiche : celui de messie de QB, portant la croix dans 'The cross' ("if Virgin Mary had an abortion I'd still be
carried in the chariot by stampeding horses") avant de tutoyer
l'immortalité sur un air de guitare, le temps d'une collaboration
virtuelle avec Tupac Shakur ('Thugs mansion').
En équilibre pas
tout à fait stable entre compositions léchées et sampling classique, "God's son" hésite
entre rap new-yorkais parfumé au bitume et grosse production professionnelle
– Chucky Thompson, Eminem et Alicia Keys sont de la partie. Le résultat ne
déçoit pas, le classicisme côtoyant avec succès les prises de risques, comme
le final 'Heaven' et sa rythmique casse-nuque. Seul talon d'Achille de
Nasir : sa confiance aveugle envers Salaam Remi, honnête artisan qu'on
aimerait adorer, mais qui ne réussit pas à déclencher l'enthousiasme :
entre fausses bonnes idées (superposer le breakbeat 'Impeach the
President' à 'La lettre à Elise' dans 'I can'), et vraies trouvailles
('Zone out', culotté), le multi-instrumentiste livre une partition
correcte mais scolaire. On lui préfèrera nettement les beats d'Alchemist -
moins ambitieux mais plus efficaces - qui applique avec une étonnante
constance la théorie du "less is more" en triptyque : dépouillement sonore
dans 'Book of rhymes', futurisme passé dans 'Mastermind' et soul joyeuse
dans 'Revolutionary warfare'.
Même si, de temps à autre, Nas tente
de capturer des bribes de passé sur des boucles vintage ('Made you look',
'Get down'), le confort et l'expérience ont depuis longtemps transformé
l'urgence de ses premières rimes en savoir-faire. Un public à la nostalgie
forcenée ne manquera pas de souligner les faiblesses de "God's son" - un peu propret, un
peu terne – mais ne pourra nier que Nas maîtrise son "street-hop" sur le
bout des doigts : avec une facilité déconcertante, il transforme quelques
bouts de textes avortés en un morceau-concept magistral, 'Book of rhymes'.
Un mini-classique au milieu de titres solides, pour un album concis (14
morceaux) et cohérent dans ses choix de productions. Désormais conscient que
tout ce qui brille n'est pas toujours d'or, Nas signe avec "God's son" un
disque personnel et adulte. Sans comparaison nécessaire.
- JB
01. Get down (Nas / Nas-Salaam Remi)
02. The cross (Nas / Eminem)
03. Made you look (Nas / Salaam Remi)
04. Last real nigga alive (Nas / Ron Browz)
05. Zone out (Nas-Braveheart / Salaam Remi)
06. Hey Nas (Nas-Kelis / Salaam Remi)
07. I can (Nas / Salaam Remi)
08. Book of rhymes (Nas / The Alchemist)
09. Thugz mansion (Nas-2Pac-J. Phoenix / Claudio
Cueni-Michael Herring)
10. Mastermind (Nas /
The Alchemist)
11. Warrior song (Nas / Alicia
Keys)
12. Revolutionary warfare (Nas-Lake /
The Alchemist)
13. Dance (Nas / Chucky
Thompson)
14. Heaven (Nas / Agile)