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Aceyalone & RJD2
MagnificentCity
Chronique par Julien | Publiée le 16/07/2006
Sortie : février 2006
Durée : 51'40
Label : Project Blowed / Decon
Format : CD/Vinyle
D’un côté :
Aceyalone, MC issu du mythique Project Blowed, tout d’abord membre de
l’imposant Freestyle Fellowship, puis d’Haïku d’Etat (avec Abstract Rude et
Mikah 9) et de la A-Team (aux côtés de ce même Abstract Rude). En solo, il
affiche un classique au compteur (le terrible "All balls don’t bounce", sorti en
1995, donc millésimé), un bon album concept assez déroutant ("A book of human
language") et plusieurs autres disques inégaux.
De
l’autre côté : RJD2. Un cas. Révélé lors de la déferlante Def Jux des
premières années du XXIème siècle, le producteur new-yorkais ne fait pas
l’unanimité. Porté aux nues par certains après le coup d’éclat de "Deadringer" (2002), cloué au pilori par
d’autres, RJD2 semble avoir principalement bénéficié du phénomène Def Jux
pour se faire un nom.
L’album "Magnificent City" scelle l’association du
rappeur californien et du beatmaker new-yorkais, déjà réunis le temps de
deux morceaux sur le "Love and Hate"
d’Aceyalone sorti en 2003. Une association d'autant plus étonnante
qu'outre la distance qui les sépare, ces deux artistes semblent, au vu de
leurs discographies respectives, évoluer dans des genres extrêmement
différents. C’est avec un mélange de curiosité et d’appréhension que l’on
aborde ce disque, oeuvre d’un tandem qui semble composé de deux hommes en
fin de course.
Un premier point, rassurant : Aceyalone est toujours
aussi bon. Ceux qui ont suivi la carrière de l’ex-Freestyle Fellowship ne
seront pas surpris par les performances d’Acey, mais force est de constater
qu’il a su conserver sa fraîcheur derrière le micro. Véritable caméléon, le
MC californien fait montre d’une capacité d’adaptation à tout type d’instru
appréciable, variant son flow, accélérant ou ralentissant le débit à sa
guise, suivant les évolutions rythmiques et mélodiques des beats à
merveille. Du storytelling ('Solomon Jones', 'Junior') à l’egotrip
('Fire') la plume du MC reste agréable à suivre. Il se fait néanmoins plus
poussif lors d’une ode à la fumette ('High Lights') ou d’une étude des
rapports humains ('Caged Bird', 'Heaven'). En dehors de ces quelques
faux-pas et du monotone 'Solomon Jones', ce emceeing de qualité est le
point fort de "Magnificent
City".
En revanche, les productions souffrent de
nombreuses lacunes. Pire, il arrive que la mayonnaise entre les raps
d’Aceyalone et les beats de RJD2 ne prenne pas du tout. C’est là le
principal souci de "Magnificent City", et il est de taille.
L’inadéquation entre le rap "chaleureux" et jazzy du MC et les musiques
parfois très "froides" du producteur est par moments flagrante. A l’instar
de son quasi-homonyme star warsien, les instrus de RJD2 sonnent très
mécaniques et robotiques, presque "forcés", manquant cruellement de vibe et
de groove. L’utilisation de claviers planants à la Tangerine Dream ne
convainc pas et provoque même un ennui profond ('A Sunday Mystery', la
deuxième partie de 'A Beautiful Mine'). Le beatmaker s’embourbe dans
l’électronique du mauvais 'Mooore', associe tant bien que mal un piano
avec un gros riff de guitare électrique ('Heaven') ou peine à faire
décoller les cuivres du pourtant prometteur 'Disconnected'. Quelques
jolies réussites parsèment malgré tout l’album : un 'Cornbread, Eddie and
me' à la fois brutal et aérien, et surtout le très bon 'Here and Now'.
Mais le reste des sons signés RJD2 oscillent entre le quelconque, le moyen
et le mauvais.
Au final, que retiendra-t-on de "Magnificent City" ? Quelques
réussites incontestables, mais surtout beaucoup de gâchis et de coups dans
l’eau. Et surtout la certitude qu’avec de meilleurs producteurs la carrière
d’Aceyalone aurait pu (pourrait) prendre une toute autre ampleur. Le tandem
accouche donc d’un album inégal et décevant qui, après un démarrage
sympathique plonge l’auditeur dans des abysses d’ennui (la triplette fatale
'Mooore', 'Supahero', 'High Lights') pour le réveiller ensuite
sporadiquement. On vous conseillera plutôt de vous rabattre sur les très
bons "Grand
Imperial" d'Aceyalone et "Things go better with RJ and Al" de Soul
Position (RJD2 et Blueprint) sortis également cette année.
- Julien
01. All for U (Aceyalone / RJD2)
02. Fire (Aceyalone / RJD2)
03. Cornbread, Eddie and Me (Aceyalone / RJD2)
04.
Mooore (Aceyalone / RJD2)
05. Supahero (Aceyalone / RJD2)
06. High Lights (Aceyalone / RJD2)
07. Disconnected (Aceyalone / RJD2)
08. Caged Bird (Aceyalone / RJD2)
09. Solomon Jones (Aceyalone / RJD2)
10. Sunday Mystery (RJD2)
11. Junior (Aceyalone / RJD2)
12. Heaven (Aceyalone / RJD2)
13. Here & Now (Aceyalone / RJD2)
14. Beautiful Mine (Aceyalone / RJD2)