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Nas
It was written
Chronique par Julien | Publiée le 26/02/2006
Sortie : 2 Juillet 1996
Durée : 62'03
Label : Columbia
Format : CD/Vinyle
Prononcez le nom de Nas devant n'importe quel fan de rap
new-yorkais, le résultat sera le même dans neuf cas sur dix. Un sourire, des
yeux qui brillent, un "putain !" prononcé dans un soupir. Faîtes écouter
'New York State of Mind', 'Memory Lane', 'Represent' ou encore 'It
ain't hard to tell' à n'importe quelle personne dont les oreilles
fonctionnent à peu près correctement et à nouveau vous aurez droit à la même
réaction, suivie de hochements de tête approbateurs. "I rap for listeners, blunt heads, fly ladies and
prisoners, Hennessey holders and old school niggas…".
En dix
titres le jeune Nasir Jones, âgé de seulement vingt ans, marquait
l'histoire du hip-hop. C'était en 1994. Deux années plus tard sortait
"It was
written", son deuxième album.
Le petit garçon joufflu
de la pochette de "Illmatic" a laissé la place à
un jeune homme impassible. Mais le fond reste le même : toujours les
bâtiments en briques rouges des projects de Queensbridge (New York) et leur
lot de galères, de petits gangsters et de gros dealers, de mômes paumés et
de jeunes pousses avides de connaissance et de sagesse. Et toujours autant
d’histoires, contées avec brio par un Nas adepte des fresques urbaines.
Parler de "It was
written", c'est inévitablement parler de la déception qu’il
déclencha chez tous les amoureux de "Illmatic". Nas avait changé. Il n’était plus ce
gamin attachant, ce Nasty Nas, petite frappe assumée ne cherchant pas à
jouer au gros trafiquant et se revendiquant même "young city bandit". Il semblait sur le point d'accomplir sa
mue pour devenir le Nas Escobar qui éclaterait au grand jour sur le projet
"The Firm".
Non seulement au niveau de certains textes mais aussi musicalement. Le son
brut et rugueux de"Illmatic"s’adoucissait sur
"It was
written", parfois trop léché, trop sophistiqué, comme sur
'Watch dem niggas', 'Nas is coming' ou 'Black Girl Lost', également
détruit par un refrain catastrophique. Sur l'équipe de producteurs
responsables du premier album, seul DJ Premier était rappelé, pour un titre.
Plus de Pete Rock, ni de Q-Tip. Encore moins de Large Professor. Mais un nom
présent en tant que producteurs exécutifs : les Trackmasters, se chargeant
presque de la moitié des productions du disque et alternant le meilleur
('The Message', 'Affirmative Action', 'Shootouts') comme le pire
('Street Dreams', clin d'œil aussi énorme qu’inutile au 'Sweet Dreams'
de Eurythmics, 'Watch dem niggas').
Havoc de Mobb Deep dont les
instrus minimalistes et froides avaient le vent en poupe depuis le
magnifique "The
Infamous" de 1995 signait deux beats rugueux, le craquement du
vinyl en toile de fond. Le groupe se retrouvait au complet pour un 'Live
Nigga Rap' sombre à souhait avec son beat sec et son petit sample de piano
en retrait. Enfin, toujours au rayon des têtes d’affiches, Dr Dre y allait
aussi de sa petite contribution musicale, ne convenant malheureusement pas
au style d’un Nas décidément plus à l'aise sur les instrus simples que sur
les morceaux mièvres et surchargés.
Mais parler de "It was written"
c’est aussi parler de véritables chef-d’œuvres rapologiques qui mériteraient
presque qu’on leur réserve une chronique à chacun. C’est d'abord un
'Affirmative Action' tout simplement magique. Quatre rappeurs dans une
forme olympique se passent le relai pendant environ quatre minutes. Et quels
rappeurs ! AZ, Cormega, Nas et Foxy Brown. Rien que ça. Difficile pourtant
de ne pas être amer à l’écoute de ce titre, qui laissait augurer du meilleur
quant au projet "The
Firm". Mais le remplacement de Cormega par Nature (un
remplacement d’autant plus douloureux que Cormega enterre la carrière
entière de Nature rien qu’en lâchant un "Yo
!" ou un "Real Shit !") et
des productions inégales eurent raison de la réussite musicale de ce
super-groupe.
"It
was written", c’est encore 'The Message' et le rap
impeccable de Nas sur quelques accords de guitare, rap auquel Akhenaton fera
un clin d'œil dans ce qui restera sans doute son meilleur morceau, 'Pousse
au milieu des cactus ma rancœur' (le "et
tes propres frères deviennent étrangers, c’est comme ça" rappelant
étrangement le "and best friends become
strangers, word up" de Nas). Autre excellent titre, 'I gave you
power', produit par DJ Premier, dans lequel Nas se met dans la peau d’un
flingue et raconte ce que pense et voit celui-ci ("I've seen some cold nights and bloody days..."). Un morceau
tout simplement magistral. Enfin, impossible de ne pas mentionner le
terrible 'Take it in blood', produit par le Live Squad, et qui apporte une
fois de plus la preuve que Nas n'est jamais aussi bon que lorsqu'il fait
simple.
D'autres très bons titres parsèment cet album, comme
'Shootouts' ou le tubesque 'If I ruled the world' en compagnie de Lauryn
Hill, qui portera cet album haut dans les charts, mais aucun n'atteint la
qualité de ceux précédemment cités. Les grandes déceptions proviennent donc
essentiellement des titres orientés dancefloor ou low-tempo mièvre et sans
relief.
Force est de constater que dix ans plus tard cet album
s’écoute encore sans mal, et même avec un réel plaisir. Une certaine
nostalgie n'est bien sûr pas étrangère à ce sentiment mais, malgré les
maladresses et incompréhensions qui poursuivront Nas sur toute sa carrière
(le tiraillement entre le succès commercial et la volonté de satisfaire la
rue et les hip-hop headz attendant un nouveau "Illmatic"
à chaque sortie) et que l'on trouve déjà en germe sur "It was written", ce disque tient indéniablement la
route. On lui reprochera d’être trop hétérogène et inégal, mais les quelques
excellents titres qui le composent justifient à eux seuls que l’on se penche
à nouveau sur cet album et qu’il ne se contente pas de prendre la poussière
aux côtés d’un "Illmatic" sans cesse réécouté.
- Julien
01.
Album Intro
02. The
Message (Nas / Trackmasters)
03. Street
Dreams (Nas / Trackmasters)
04. I Gave You
Power (Nas / DJ Premier)
05. Watch Dem Niggas
(Nas-Foxy Brown / Trackmasters)
06. Take It
In Blood (Nas / Live Squad)
07. Nas Is Coming
(Nas / Dr Dre)
08. Affirmative Action
(Nas-Cormega-AZ-Foxy Brown / Trackmasters)
09. The Set Up (Nas / Havoc)
10. Black Girl Lost (Nas / L.E.S.)
11. Suspect (Nas / L.E.S.)
12. Shootouts (Nas / Trackmasters)
13. Live Nigga Rap (Nas-Prodigy-Havoc / Havoc)
14.
If I ruled the world (Imagine That) (Nas-Lauryn
Hill / Trackmasters)