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Reef the Lost Cauze
Feast or Famine
Chronique par Kiko | Publiée le 05/02/2006
Sortie : 20 Septembre 2005
Durée : 65'56
Label : Eastern Conference Records/Good Hands
Format : CD/Vinyle
Membre de l'Army of the
Pharaohs, de la Juju Mob, vainqueur de la Riddle Records Mic Check Battle,
du Challenge End Of the Weak organisé à l'occasion du 27ème anniversaire du
Rocksteady Crew, vainqueur du grand tournoi EOW en 2005. Le palmarès de Reef
the Lost Cauze, 23 ans, suscite l'admiration autant que l'interrogation :
un jeune MC, rompu de façon si assidue aux battles, peut-il, une fois passé
des planches au studio, proposer autre chose que le "Fuck You I rhyme better" auxquels tant de
ses confrères sont abonnés ?
Il ne sera même pas utile d'achever la
première écoute de "Feast Or
Famine" pour se rendre compte que la réponse est positive.
Paradoxalement, la polyvalence serait plus proche de porter préjudice à Reef
que de lui faire défaut. En effet, le MC de Philadelphie abuserait presque
de cette trop rare aptitude à pouvoir s'illustrer à travers divers thèmes
et sur tout type de beat. On passe, entre autres, de l'egotrip dévastateur
('Commander In Chief') au story-telling plein d'autodérision ('How You
Loose Your Mind'), de la parodie ('I'm Rich') à l'hymne street ('Two
Guns Up') : le flow s'adapte parfaitement, mais on peine à dégager une
réelle ligne directrice.
Cependant, ne boudons pas notre plaisir :
"Feast Or
Famine" regorge de perles de genres très variés, et aura au
moins le mérite d'enchaîner les morceaux sans se perdre dans
d'interminables intros et interludes. 'Humble Beginnings' ouvre ainsi
l'album sur une note très grave, violons torturés et pianos lourds à la
clé. Reef y remercie sa famille et son crew, proposant une interprétation
poignante, transpirant la sincérité : "Mom
you're my hero, when I think of all you've done for me I swear I get
tearful". Suit le moins tendre 'Sound of Philadelphia', sorte
d'echo brutal au "Streets of Philadelphia" de Bruce Springsteen, décliné
sur une lourde ligne de basse et des riffs de guitare empruntés au blues.
L'écriture très imagée de Reef fait indéniablement mouche ("You can go from bein' a star to a scumbag
overnight") et honore parfaitement un instru d'excellente facture.
Dans un registre foncièrement différent, 'How You loose your Mind ' est un
bijou d'autodérision : le MC y raconte comment, après avoir quitté le
domicile maternel, il fut amené à retourner à celui-ci, la vie d'adulte
émancipé étant bien trop contraignante : "I
live in my little sister's old bedroom, bang my head on the ceiling every
time my head move, what's the best move? No girl's gonna respect you, when
you rest in the nest, dude, I suggest move, but I'm not stable enough, I'm
not able, and there's food on the table and free cable and stuff".
La production, signé par l'efficace Eyego Direct, est très originale et
rappelle un peu 'Oxygène' de notre Jean-Michel Jarre national.
L'album s'achève par un réel joyau, 'Live As It Gets'. Un break
de batterie, une bonne ligne de basse soutenue discrètement par quelques
notes de flûte, un refrain scratché : on avait fini par l'oublier, mais la
musique Hip-Hop n'est jamais aussi bonne que lorsqu'elle est simple et
directe. D'autant que Reef se met au diapason du beat, pliant l'affaire
avec l'aisance et la sérénité d'un vieux briscard. Nul besoin d'élever la
voix ou de se montrer menaçant sur une prod aussi lumineuse, les mots
coulent d'eux-mêmes. Un grand moment de rap, qui réconcilieraient même les
plus désabusés avec le genre, et a contribué à éclairer un peu une année
2005 bien terne. Citons également parmi les réussites de l'album
'Coltrane', ou Reef rend hommage aux musiciens qui l'ont influencé,
'Crumbs' avec le très bon King Magnetic et le galvanisant 'Commander in
Chief', avalanche de punchlines où Lost Cauze se fait visiblement plaisir
("I belong in a rap zoo, with a sign that
reads : Please don't feed the angry black dude!"). Le bât blesse en
revanche de manière assez gênante sur les trop quelconques 'Already Dead'
et 'Look a the Sun', où l'on sent Reef moins concerné, et le larmoyant
'Eyes of my Father'.
Reef nous gratifie donc ici d'un très bon
album, qui, amputé de quelques titres superflus et par conséquent d'un côté
trop "patchwork", aurait pu même être excellent. Sa capacité à choisir ses
beats de manière efficace et à pouvoir y briller malgré leur diversité en
fait un candidat à la cour des grands, voire des très grands. Rendez-vous
est pris avec lui pour la sortie de "Torture Papers" de l'Army of the Pharaohs (où
il côtoie notamment Vinnie Paz, Apathy et Celph Titled), qui sortira en
mars, et ses très nombreux projets à venir.
- Kiko
01. Humble Beginnings (Reef the Lost Cauze / Emynd)
02.
Sound Of Philadelphia (Reef the Lost Cauze / King
Magnetic)
03. Commander In Chief (Reef the
Lost Cauze / Snuff)
04. How You Lose Your Mind
(Reef the Lost Cauze / Eyego Direct)
05. Crown of Thorns (Reef the Lost Cauze / E. Dan & DJ
Huggy)
06. Give It Up (Reef the Lost Cauze /
Eyego Direct)
07. Fair One (Reef the Lost
Cauze-Sean Price / DJ Mighty Mi)
08. I'm Rich
(Reef the Lost Cauze-Charon Don / E. Dan & DJ Huggy)
09.
Main Event (Reef the Lost Cauze / Emynd)
10.
Coltrane (Reef the Lost Cauze-State Store / Eyego
Direct)
11. Already Dead (Reef the Lost
Cauze-Chief Kamachi / Dan & DJ Huggy)
12. Look
At The Sun (Reef the Lost Cauze / Emynd)
13. Two Guns Up (Reef the Lost Cauze / Eyego Direct)
14. Crumbs (Reef the Lost Cauze-King Magnetic
/ Eyego Direct)
15. Eyes Of My Father (Reef
the Lost Cauze / Eyego Direct)
16. Live As It Gets
(Reef the Lost Cauze / Eyego Direct)