Rachid WallasStreetCRADibility
Chronique par Julien | Publiée le 13/11/2005
Sortie : juin 2005
Durée : 59'18
Label : Nutz Records
Format : CD
Tout commence en 1991
lorsqu’un jeune nancéen, Rachid, découvre le hip-hop en assistant à un
concert des Suprême NTM. Il décide alors de se lancer dans cette musique et
prend le pseudonyme de Rachid Wallas, en clin d’œil au basketteur américain.
Après avoir rappé au sein de divers groupes de sa région, il décide en 1999
de poursuivre sa route en solo. Un premier maxi, "A la Rach", voit le jour en 2001,
suivi deux ans plus tard d’un second, "Reloading". C’est finalement en juin 2005 qu’il
franchit l’étape du premier album en lâchant dans les bacs "Street
CRADibility", un opus composé de 17 pistes (une intro, une
outro, quatre interludes et onze titres rappés) et sorti sur la structure
indépendante Nutz Records.
A bien des égards ce premier album de
Rachid Wallas s’apparente à un sans-faute. Tout d’abord, la structure même
du disque en rend l’écoute particulièrement agréable. Les interludes sont
disposés, en gros, tous les deux titres rappés, faisant ainsi réellement
office de breaks musicaux. L’artiste a eu l’intelligence de nous épargner
les discussions entre potes qui n’amusent bien souvent que les personnes
concernées et les sermons ou messages lourdingues qui peuvent plomber
parfois les albums de rap. Ici, ce sont les DJ's qui se chargent d’assurer
ces transitions, et ils le font de fort belle manière. Des scratchs presque
cristallins de DJ Spaig sur 'The Comeback' et 'The Snake' à ceux de DJ
Nelson sur 'Keep on', posés à chaque fois sur des instrus de qualité, il
est impossible de réfréner les légers hochements de tête approbateurs qui
s’emparent de l’auditeur tant la finesse d’exécution fait plaisir à
entendre. Ces remarques quant à l’excellent travail des DJ's valent
également pour leurs interventions sur les morceaux rappés par Rachid
Wallas. On pense ici aux cuts bien crades de Skeez à la fin de 'Street
Cradibility' qui font carrément décoller le track en lui donnant une
ampleur imprévue.
Cinq producteurs se sont partagés la confection
des instrus de "Street
CRADibility". On est là dans du bon son bien classique à base
de samples variés, avec influences soul et voix pitchées mais aussi de flûte
et d’instruments à cordes. Mr Tee Bow fait mouche lorsqu’il donne dans ce
style d’instrus "classiques" (notamment sur l’excellent 'Grand Ecart')
mais s’avère plus déroutant, et au final moins efficace, lorsqu’il délaisse
un peu plus les sentiers battus comme sur le décevant 'Pia pia pia'.
Indéniablement C.H.I. sort du lot en signant l’énorme 'T’as pas idée 2' et
l’original 'Je tape à l’envers' sur lequel les samples sont lus ... à
l’envers. Saluons également la qualité des sons de Skeez, aussi à l’aise
derrière le sampler qu’aux platines, ainsi que les excellents 'Un Bail' et
'Qu’est-ce qu’on fout là ?' de Vincenzo Terranova, comparse de Tee Bow au
sein de Fratello beatz.
Rachid Wallas, lui, se montre aussi à l’aise
sur les morceaux freestyle que sur les morceaux à thèmes précis. Ces
derniers restent très classiques : l'attachement aux potes de longue date
sur 'Un bail', les souvenirs d'école sur 'Back to the wall school', la
recherche de l’âme sœur ('Elle'), le temps qui passe ('Au croisement'),
le pouvoir des médias ('Pia pia pia')... Mais il traite ces thèmes avec
une écriture très fluide et attachante, le tout servi par un charisme
certain. C’est notamment le cas sur le très bon 'Back to the wall school'
ou encore sur le magnifique 'Au croisement' ("Ca y est le moteur s’emballe, les compteurs s’affolent, un
contre-la-montre s’engage, on y est je décolle. Merde ! Le temps passe de
plus en plus vite, trace à sa poursuite dans le vide car il t’a en disgrâce.
A l’approche de ces putains de trente piges, on s’accroche à ces putains de
vingt piges, à ces rêves d’ado, cet élève turbulent persuadé que la vie lui
fera plein de cadeaux...") dans lesquels il "gère" des thèmes ô
combien casse-gueule avec finesse et humour en évitant le moralisme bas de
gamme et la démagogie. Mais c’est dans les morceaux plus légers qu’on
trouvera LA tuerie de cet album, à savoir 'T’as pas idée 2' où Wallas
rappe en compagnie de Taï Pan, qui signe un couplet d’anthologie, véritable
recueil de punchlines ("T’as pas idée que
si je me drogue pas, mes poèmes seront pas oufs comme l’OM sans Drogba",
"T’as pas idée que si pour défourailler fallait se mettre une plume dans le
cul les labels seraient des poulaillers") le tout sur une prod
décapante de C.H.I. Morceaux thématiques et morceaux freestyle forment un
ensemble très cohérent et homogène et Rachid Wallas fait montre au fil des
uns et des autres d’une plume à la fois drôle, touchante, sincère et
percutante. Seul bémol à ces éloges, l'enchaînement de deux morceaux assez
décevants, 'Jungle Paranoïa' et 'Pia pia pia', ainsi que le morceau avec
Kohndo qui, au vu de la qualité des deux rappeurs, aura pu donner quelque
chose de bien plus marquant.
Mais c'est chipoter car au final ce
premier album de Rachid Wallas est une belle réussite. Pas un album
révolutionnaire certes mais une bonne galette, bien rappée et bien produite,
sentant le travail appliqué et fait avec passion. Un très bon moment de rap
français.
- Julien
01. Prélude (Rachid Wallas / Mr
Tee Bow)
02. Street Cradibility (Rachid
Wallas / Mr Tee Bow)
03. Grand Ecart (Rachid
Wallas / Mr Tee Bow)
04. The Comeback (DJ
Spaig-Battle Nicky)
05. Un Bail (Rachid
Wallas-Enrique Mendoza / Vincenzo Terranova)
06. Jungle Paranoïa (Rachid Wallas / Skeez)
07. Pia pia pia (Rachid Wallas / Mr Tee Bow)
08. Wall it (Yamada Man-Vincenzo Terranova)
09. T'as pas idée 2 (Taï Pan-Rachid Wallas / C.H.I.)
10. Qu'est-ce qu'on fout là ?
(Kohndo-Rachid Wallas / Vincenzo Terranova)
11. Back
To The Wall School (Rachid Wallas / Skeez)
12. Keep On (DJ Nelson-Mr Tee Bow)
13. Au Croisement (Rachid Wallas / Skeez)
14. Elle (Rachid Wallas / Skeez)
15. The Snake (DJ Spaig-Mr Tee Bow)
16. Je tape à l'envers (Rachid Wallas / C.H.I.)
17.
A Suivre... (Rachid Wallas / Mr Tee Bow)