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Common
Be
Chronique par Nicobbl | Publiée le 14/08/2005
Sortie : 23 Mai 2005
Durée : 42'37
Label : Geffen/G.O.O.D
Music
Format : CD/Vinyle
"If skills sold, truth be told, I'd probably be,
lyrically, Talib Kweli, truthfully I wanna rhyme like Common Sense, but I
did five mill', I ain't been rhymin' like Common since".
En
dépit d'apparences une nouvelle fois trompeuses, ces quelques rimes ne sont
nullement extraites d'un quelconque manifeste pour la sauvegarde des
rappeurs conscients, espèce en voie de disparition depuis la déferlante du
tsunami sudiste. Cet hommage appuyé est clamé par un certain Shawn Carter à
la fin 2003 sur 'Moment of clarity', titre phare d’un album évènement où
le rappeur de Marcy (Brooklyn) côtoie le blond platine le plus célèbre de
Detroit. Une référence qui prend du coup beaucoup plus de sens et de poids.
Si Talib Kweli est tristement devenu une authentique caricature de ce qu’il
exécrait, réussissant l’exploit de se mettre à dos une bonne partie de ses
derniers fans, la carrière de Common semblait, elle, en suspens après un
"Electric Circus" mi-figue mi-raisin. Une
ambitieuse et grandiloquente arabesque à la croisée des genres musicaux,
égarée entre rock psyché et new wave, relative réussite artistique mais
aussi réel échec commercial et donc source de multiples remises en causes
pour le rimeur de Chicago. Trois années se sont depuis écoulées et la sortie
de "Be" soulève autant d’interrogations que
d’espoirs.
Précédé d’une flatteuse réputation et affublé,
précipitamment, du statut de classique avant même sa sortie, le sixième
album de Common est en réalité celui d’une rencontre, la constitution avec
Kanye West du duo le plus excitant de Windy City. Un Kanye West passé en
quelques années, lui aussi, des briques aux billboards, des grammes aux
Grammy Awards et du statut d’obscur producteur à celui de superstar
incontesté. Une ascension fulgurante, l’amenant aujourd’hui à monter son
propre label, G.O.O.D (Getting Out Our Dreams) Music, et à réaliser ses
rêves sans se départir d’une arrogance devenue le moteur de son succès.
Authentique figure de l’échantillonnage transformant d’obscures
boucles de Soul en diamants (du Sierra Leone) le Louis Vuitton Don donne le
ton, signant neuf des onze productions d’un album à l’identité sonore bien
définie. Piochant dans la discographie de D.J. Rogers ('Faithful'), Albert
Jones ('Be') ou des Cornelius Brothers & Sister Rose ('Chi City'), Kanye
West développe un univers sonore uniforme influencé par une Soul aux
ressources décidemment inépuisables.
J-Dilla complète judicieusement
ce tableau avec, notamment, 'Love is'… référence explicite au défunt
Marvin Gaye. Source d’inspiration et véritable fil conducteur des réussites
de Common depuis le fondateur "Can I borrow a dollar
?", cette atmosphère de quiétude semble ressusciter les années
écoulées, les heures de gloire de la Native Tongue, l’éclat des bijoux "Resurrection" et "One day it will
all make sense" éclairant la ville de Chicago et la discographie de
l’ex-Common Sense. Entre nostalgie et continuité.
De retour dans
les ruelles de sa ville natale, Common retrouve foi et inspiration puisant,
de nouveau, dans les yeux de sa fille la volonté de dépeindre la réalité
sociale et politique Américaine. Soutenu par les éternels Last Poets, le
phénoménal A-Trak (vainqueur des DMC à l’age de 15 ans et aujourd’hui DJ
officiel de Kanye) et John Legend, il s’attaque à des thèmes profondément
universels comme l’amour, l’amitié, la fidélité, mais aussi la quête du
bonheur symbolisée par une longue route menant à la Californie, où l’herbe
est plus verte et le soleil omniprésent ('It’s your world (Part 1 & 2)').
Judicieusement plus descriptif que moralisateur, son discours est posé,
apaisé, mais aussi positif et nuancé. Toujours guidé par cette envie de
partager et d’éduquer avec humilité, Common cite pêle-mêle John Coltrane,
Bob Marley, Hailé Sélassié, Malcolm X tout en ponctuant, par instants, son
discours de rimes tranchantes adressées à ces éternels wack MCs ("I
wonder if these wack niggas realize they wack, and they the reason that my
people say they tired of rap").
Porté par une sincérité et une
conviction perceptible, ses rimes choisies et empreintes d’émotion coulent
avec fluidité sur les rythmiques sobres de Kanye West et J-Dilla ; brillant
de mille feux sur l’imparable 'Be', le touchant 'Faithful' ou
l'intemporel 'The corner'.
Succinct, dénué d’artifices et d’invités opportunistes mais aussi d’un titre racoleur prompt à hisser l’album au sommet des charts, "Be" renoue avec un classicisme déjà fièrement revendiqué sur 'I used to love H.E.R.' C’était il y a plus de dix ans.
- Nicobbl
01. Be (Intro)
(Common / Kanye West)
02. The Corner
(Common-The Last Poets / Kanye West)
03. Go
! (Common / Kanye West)
04. Faithful
(Common / Kanye West)
05. Testify (Common /
Kanye West)
06. Love is… (Common / Dilla)
07. Chi-city (Common / Kanye West)
08.
The Food (live) (Common / Kanye West)
09.
Real People (Common / Kanye West)
10. They say (Common-Kanye West-John Legend / Kanye West)
11. It’s your world (Part 1 & 2) (Common-The
Kids-Bilal / Dilla)