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Cormega
The true meaning
Chronique par JB | Publiée le 10/09/2002
Sortie : 26 juin 2002
Durée : 39'42
Label : Legal Hustle
Format : CD
Cormega n'a plus de temps à perdre. Moins d'un an après la sortie de
son premier album, "The Realness", le dealer
devenu rappeur enchaîne avec une nouvelle sortie, "The
True Meaning". Le temps de la prison, des amitiés trahies et des
déceptions de l'industrie semble révolu pour Cory McKay, bien décidé à
passer du succès d'estime au disque de platine. Pour cela, il a fondé son
propre label, Legal Hustle, dont l'organigramme mafieux est présenté
fièrement sur la pochette de ce nouvel opus, où il annonce également un
"The true meaning II" et un album commun avec
Ayatollah. Mais à l'écoute de ce "sophomore album" plaisant mais inachevé,
une question se pose : l'espoir du Queens ne brûlerait-il pas les étapes ?
Comme dans "The Realness", Cormega pose
sur des instrus simples mettant en valeur sa voix et ses lyrics, composées
de boucles limpides qui puisent souvent dans le répertoire soul. Les têtes
d'affiches telles que Buckwild, Hi-Tek et les incontournables Alchemist et
Large Professor ont été conviés, ainsi qu'une poignée d'inconnus (Emile, J
"Waxx" Garfield, Hot Day) qui rivalisent aisément avec leur prestigieux
homologues.
Si "The Realness" dévoilait
toutes ses qualités en fin d'album, The true meaning démarre quant à lui
sur les chapeaux de roue : l'intro tonitruante ('Introspective') puis la
guitare hispanisante de 'Verbal Graffiti' amènent directement l'auditeur
dans l'univers de Cormega et servent de hors d'œuvre au chef d'œuvre de
l'album : 'Live ya life'. La recette du gros sample de soul frissonnant a
fait ses preuves, et fonctionne magistralement sur ce titre où Mega
s'adresse aux femmes des projects en évitant la maladresse habituelle des
rappeurs.
Outre les nombreuses références à la NBA ("Sprewell of
rap, [the industry] even try to suspend me"), l'écriture de Cormega
est marquée par deux constantes : l'obsession de la crédibilité
("Before rap my name was ringing in the projects"), et la haine
envers un "faux" jamais nommé mais qui porte évidemment les traits de Nas.
Suite au règlement de compte collectif entrepris par celui-ci dans 'Destroy
and rebuild', son ancien partenaire prend soin de lui consacrer deux
morceaux : l'un particulièrement virulent, 'A thin line' ("I'm a
warrior you deserve a bullet in ya head nigga"), et 'Love in Love
out', dans lequel le MC se montre beaucoup plus mesuré : "I was never
jealous of you In fact I was proud of you I smiled when I heard you on
'Live at the Barbeque' I respect you as an artist thou I'm no longer fond
of you I gave you love from the heart unlike the people surrounding
you".
Mais à trop surenchérir sur des sujets maintes fois
exploités, Cormega donne l'impression d'avoir déjà épuisé toute son
inspiration, et l'incroyable brièveté des morceaux renforce ce goût
d'inachevé, comme si Cory oubliait un couplet à chaque titre. Ce manque de
rigueur est d'autant plus décevant que le MC démontre une excellente
maîtrise de l'écriture, mise en lumière dans 'Ain't gone change',
interlude acapella : "I'm an emotional chameleon, see how I adapt to
pain / Before we enjoy the sun we must first get past the rain / A lyricist
similiar to Donnie Hathaway / Clearly superior to many all I really lacked
was fame".
Certes, avec à peine 40 minutes d'album, on a pas
vraiment le temps de s'ennuyer. Les titres se suivent sans véritable baisse
de régime, entre instants intenses ('The true meaning') et passages plus
anecdotiques (la prod d'Alchemist pour 'The Legacy', 'Built for this').
Dans 'Take these jewels', Hi-Tek et Cormega reprennent leur collaboration
là où ils l'avaient arrêté : sur l'instru du final de 'All I need is
you' (dans "Hi-Teknology"), tandis que Large
Professor vient prêter main forte à son protégé sur le beat massif de 'The
come up'.
Cet enchaînement de semi-titres donne une certaine
spontanéité à l'album, avec un Cormega qui balance souvent des textes d'un
seul couplet, sans refrain. L'absence de calculs commerciaux et le bon
niveau général des instrus fait que l'on ressort de "The true meaning" avec un sentiment mitigé : l'album
ne souffre d'aucune faute de goût, Cormega sait choisir des sons qui le
mettent en valeur, les 14 titres sont très homogènes… Mais on voudrait en
écouter plus ! On regrette que Mega semble abandonner l'auditeur au moment
où celui-ci est à même d'apprécier chaque morceau à sa juste valeur. Il a
cependant l'intelligence de conclure l'album sur deux titres très solides,
le revanchard 'Endangered Species' et le paisible 'Therapy', illuminé
par des éclairs de génies dignes du…Nas de "Illmatic" ("My pen's addicted to men who've been
convicted").
Finalement, les interrogations suscitées par
Cormega dans "The Realness" (Peut-il tenir la
distance sur plus d'une heure ? Peut-il amener son écriture au-delà du
Queens ?) étaient fondées. Au lieu de concrétiser les espoirs placés en lui,
Cormega sous-exploite son talent dans cet album mi-figue mi-raisin, qui
n'aurait pas souffert de quelques mois de travail de plus. Ce manque de
réflexion est rageant dans le sens où cet artiste a la stature pour
s'imposer comme l'un des meilleurs auteurs du rap US par la force de ses
textes et son flair dans le choix de productions solides. Mais ce deuxième
solo est néanmoins un LP de bonne facture, l'énorme potentiel de Cormega
incite à l'indulgence, et on ne peut s'empêcher d'attendre impatiemment
"The true meaning II"…
- JB
01. Introspective (Cormega / Emile)
02. Verbal Graffiti (Cormega / Hangmen 3)
03. Live ya life (Cormega / J "Waxx" Garfield)
04. Ain't gone change (Cormega)
05. The true meaning (Cormega / D.R. Period)
06. A thin line (Cormega / Buckwild)
07. The legacy (Cormega / The Alchemist)
08. Love in love out (Cormega / J.Love)
09. The come up (Cormega,-Large Professor / Large
Professor)
10. Built for this (Cormega / J
"Waxx" Garfield)
11. Soul Food (Cormega / J
"Waxx" Garfield)
12. Take these jewels
(Cormega / Hi-Tek)
13. Endangered species
(Cormega / J.Love)
14. Therapy (Cormega
/ Hot Day)