Eminem est sur la bonne voie
L’info a l’air un peu anecdotique : aujourd’hui, sur la radio satellite Shade 45, Eminem a fait une brève apparition dans l’émission de Tony Touch. Pas pour présenter un nouveau titre, ni même balancer un court freestyle sur l’instru de ‘A Milli’. Rien de tout ça. Marshall Mathers est simplement sorti de sa tannière pour évoquer les vingt ans du label angelino Delicious Vynil, à qui le hip-hop doit notamment les premiers Pharcyde et “Sittin’ on chrome” de Masta Ace. Le même Masta Ace, présent sur le plateau, a pu entendre Eminem dire tout le bien qu’il pensait de lui, encore tout étonné de voir que le blondinet avait choisi de remixer le titre ‘Slaughtahouse’ pour la compilation anniversaire du label.
Depuis l’album “Encore” en 2004, Eminem s’est retrouvé sur une pente savonneuse. Il a connu, en plus de ses routinières disputes familiales, une embarassante accusation de racisme, la mort de son meilleur pote Proof, le déclin lancinant de l’équipée G-Unit-Shady-Aftermath et la hausse de sa courbe de poids. L’année dernière, quand la rumeur racontait que Slim Shady passait ses journées à jouer à la Playstation sans même prendre le temps de teindre sa tignasse, il semblait presque inéluctable qu’il devienne définitivement le Elvis Presley du hip-hop, et finisse écrasé sous l’ombre de lui-même.
Quand on connaît l’ivresse des cimes – rappelez-vous les années 2002 et 2003 – il doit être assez difficile de se reconstruire une fois qu’on touche le fond. Surtout quand on vit dans l’oeil des caméras. Le “Eminem Show”, ce grand cirque intime que Marshall Mathers avait soigneusement mis en scène, a fini par ressembler à une sordide émission de télé-réalité dont il ne pourrait peut-être jamais sortir. Tout en essayant de réduire sa consommation de calmants, Eminem a fini par choisir – excusez le jeu de mot – de se faire porter pâle. Incontestablement, c’était pour lui la meilleure décision à prendre, et il y a quelque chose de vraiment rassurant dans cette discrète apparition radiophonique : plutôt que de tenter un improbable come-back ronflant (qui a dit “Detox” ?), Marshall semble recomposer petit à petit les pièces de son amour fracassé pour le hip-hop. S’il continue comme ça, il pourrait bien sortir, l’air de rien, dans un an ou deux, un petit album spontané et solide, sans le protocole marketing d’Interscope mais avec cette passion du rap qu’il a toujours en lui, comme le prouve son témoignage d’admiration pour Masta Ace. Ce jour-là, il ne sera peut-être plus en tête des ventes, mais il pourra savourer tranquillement sa renaissance.
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