Observatoire des producteurs #12 : Ikaz

Mehdi | 24 October 2012 | 1 commentaire

Il a déjà produit pour Smoke Dza, Deen Burbigo et Joke mais, étonnamment, son nom est encore méconnu. Plongée dans l’univers d’Ikaz, beatmaker éclectique.

Abcdr du Son : Comment es-tu venu au rap ?

Ikaz : J’y suis venu naturellement après plusieurs écoutes d’albums américains lorsque j’étais encore au collège. Il y a notamment eu Reasonable doubt, The Chronic ou encore le Fantastic VOL.2. de Slum Village. Je me suis rapidement intéressé de près au monde du beatmaking et j’ai commencé à regarder qui faisait les beats de tel ou tel son, à scruter les livrets… Un jour, un ami a moi m’a fait découvrir Groove Ejay. C’est un logiciel très restreint de composition musicale , avec des cases pré enregistrées, avec plusieurs instruments… C’était loin d’être parfait mais c’est là-dessus que je me suis fait les dents. Après quelques mois d’apprentissage, j’ai évolué vers FL Studio, puis Reason, qui présente un bon rapport facilité de composition/qualité. Je travaille encore dessus, en Rewire bien souvent, avec Cubase et à l’aide de bon vst. Aujourd’hui, même si j’écoute très souvent la production avant le MC, j’adore le rap en général et j’y reste très attaché.

A : Tu as déjà placé des productions sur plusieurs projets. Tu peux nous en dire plus ?

I : En France, on a pu trouver certaines des mes productions sur les projets Apex de Veerus et Inception de Deen Burbigo. Je suis également sur le EP Kyoto de Joke qui sortira le 26 novembre prochain. Il y aura d’autres collaborations mais rien de sûr encore donc je ne peux pas en dire davantage pour le moment. Sinon, j’ai surtout travaillé avec les Etats-Unis puisque il y a eu des morceaux avec Naledge, JR Mint et Smoke Dza, Young Knox… Il y a également Vic Spencer avec qui on a un projet en commun intitulé Spence Ethic qui sort le 31 octobre et dont le premier extrait, “Black sour”, est déjà sorti. J’ai encore pas mal de choses qui devraient arriver avant la fin d’année si Dieu veut.

A : Comment définirais-tu ton style ?

I : Mon style est plutôt aérien et, surtout, très instinctif. Je pense que ça se ressent.

A : Tu viens de sortir un projet intitulé Nasty I$h. Quelle a été ton approche pour cette sortie ?

I : L’idée était de partager de la musique gratuitement… C’était ça le message. Je suis très libre et ouvert sur le plan artistique et c’est cette idée de liberté que je voulais partager. C’est bien de faire du rap mais on en fait rapidement le tour. Je compose aussi énormément pour moi et ces sons ne sont pas forcément pensés pour que quelqu’un vienne rapper dessus. Automatiquement, je me suis dis que ça serait intéressant de les compiler sur des projets personnels. C’est dans cet état d’esprit que j’ai sorti cet EP. C’est également intéressant de noter que ce genre de musique est de plus en plus d’actualité, c’est-à-dire que les gens aiment de plus en plus écouter des instrumentaux et rentrer dans des univers musicaux différents. Pour moi, c’est important de savoir si l’album va plaire sachant qu’il est totalement en décalage avec la musique française actuelle.

A : Avec quel type de machines travailles-tu ?

I : Traditionnellement, j’utilise du sofware de base. Ceci dit, en ce moment, je bosse beaucoup avec deux compositeurs, Dave Izeidi & Arvee, qui m’accompagnent respectivement à la guitare électrique/basse et au Rhodes/piano. Ce sont deux grands malades de la musique qui sont extrêmement talentueux. J’ai d’ailleurs composé trois sons de Nasty I$h avec eux et on ne va pas s’arrêter là.

A : Où puises-tu ton inspiration ?

I : Dans la vie quotidienne qui m’inspire beaucoup plus qu’une musique que je vais entendre par hasard. Bien sûr, je vais me mettre un bon son pour kiffer ou me détendre mais c’est la vie qui m’inspire. C’est souvent en rapport à mon état d’esprit ou à l’endroit dans lequel je me trouve que je vais composer un certain style de musique. Je me répète mais je fonctionne beaucoup à l’instinct.

A : Quel est ton album référence en termes de production ?

I : Je suis loin d’être bloqué dans la vielle école mais c’est clairement Midnight Marauders d’A Tribe Called quest qui reste ma référence. Je pense que ce disque était encore plus précurseur dans le groove que ce qu’a pu faire J.Dilla.

A : As-tu un musicien fétiche ?

I : Pour moi, c’est Robert Glasper qui est le plus grand musicien actuel. Mélanger le jazz, le hip hop, la soul avec de la talkbox, c’est totalement la vibe que j’aime… C’est trop fort !

A : Quels sont tes projets futurs ?

I : En France, je travaille sur de sons avec Veerus pour son prochain projet prévu pour début 2013. On prépare également un mini EP avec Joke et on a déjà enregistré un son. Aux Etats-Unis, il y a donc Spence Ethic qui est un album de Vic Spencer, rappeur de Chicago, qui est entièrement composé par mes soins. Il y aura aussi un autre album commun avec Michael Anthony, un chanteur de soul qui vient aussi de Chicago. Parmi mes projets personnels, il y aura sûrement un album instrumental avec Dave Izeidi.

A : C’est quoi le disque rêvé pour toi ?

I : C’est le disque où je peux inviter qui je veux, faire de la musique sans contrainte avec mes artistes préférés… et que le bénéfice que j’en retire me permette de continuer à sortir d’autres projets dans la même veine. Tout simplement.

A : Qu’est-ce qu’il y a dans ton Ipod en ce moment ?

I : Le dernier album de Kendrick Lamar, du J.Dilla, des remixs de Shlohmo et The Yellow album de Dom Kennedy.

Nasty I$h, sorti le 22 septembre 2012, est disponible ici.

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1 commentaires ↓

  1. HypeM. le Feb 14 à 11:17 AM

    Découverte de ce grand talent il y a 2 semaines. Son projet avec Vic Spencer est incroyable. A base de giffles sur chaque prods. Certainement LE prochain producteur qui va révolutionner le genre.

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