My book of reviews

JB | 21 août 2008 | 2 commentaires Share

Si vous faites partie de ces lecteurs qui ont poussé un râle de frustration en voyant que Tony Parker et Diam’s ont été chroniqués sur l’Abcdr pendant que [insère le nom de ton rappeur préféré ici] attend toujours d’être mentionné au détour d’une news, il ne faut pas nous haïr : chez nous, l’écriture de chronique est d’abord une souffrance. Un accouchement dans la douleur qui repose sur une logique tordue : ce n’est pas la qualité du disque qui fait la chronique, c’est sa capacité à nous pousser vers l’écriture. Mais ça ne marche pas à tous les coups, et certains travaux finissent souvent par rester prisonniers d’un document Word au fond d’un disque dur. En voici quelques traces, qui, avec un peu de chance (et un bon coup de pied au cul), pourraient bien finir par être publiées. Un jour. Ou pas.

Soulja Boy : Souljaboytellem.com (2008)
“L’année 2007 aura officialisé la désacralisation progressive du format album comme l’étape décisive dans le développement d’un artiste. Le temps de l’attente impatiente d’une sortie dans les bacs est aujourd’hui un vieux souvenir : entre les dates de sorties constamment repoussées et l’accès immédiat aux nouveautés via Internet, le LP est passé à l’arrière plan des préoccupations premières de l’auditeur lambda. Dans ce contexte, écouter un album de Soulja Boy apparaît presque comme un comble : à quoi peut bien servir le long format d’un artiste dont le succès repose sur une logique complètement nouvelle ?”

Timbaland – Shock Value (2006)
“Même si Timbaland avait promis d’explorer de nouvelles directions, “Schock Value” est avant tout un résumé de ses escapades artistiques récentes : les pulsations et les nappes vocales de ‘Way I are’ en font une version étoffée de ‘SexyBack’, ‘Miscommunication’ prolonge les nappes psychédéliques de l’album de Nelly Furtado, et ‘Bombay’ marque l’éternel retour de Timbaland au folkore indien.”

The Clipse – Hell Hath No Fury (2006)
“Bâti autour d’un fil conducteur tendu et coupant, “Hell Hath No Fury” se distingue des grosses productions qui se segmentent en unités sonores ciblées. Toujours dans le bémol et la répétition, la tonalité musicale de l’album fait corps avec l’esthétique développée par Malice et Pusha T, dont les confidences récentes au magazine Scratch (”Plus la production est minimale, plus on devient inspiré”) prennent ici tout leur sens. Là où, dans un registre proche, un Young Jeezy occupe tout l’espace, multipliant les ad-libs sur des enchevêtrements de chœurs baroques et de nappes stridentes, les frangins font dans le géométrique glacial.”

Jay-Z – American Gangster (2007)
“Musicalement, American Gangster porte la marque des Hitmen, l’équipe de production de P. Diddy qui occupe plus de la moitié du disque. Là où le son Just Blaze poussait Jay-Z à l’intensité – voir les miaulements extrêmes de “U don’t know” dans “The Blueprint” – les Hitmen avancent une utilisation plus confortable de la soul music qui, quelque part, correspond mieux au Jay-Z post-Black Album. On reconnaît très vite la méthode Puffy dans sa façon d’accumuler les arrangements opulents. Une musicalité ostentatoire qui, si elle peut s’avérer indigeste, a le mérite de soutenir solidement les bases esthétiques de l’album.”

50 Cent – Curtis
“A la fin de “AI”, mélodrame futuriste de Steven Spielberg, David, l’enfant humanoïde programmé pour aimer éternellement sa mère adoptive, se retrouve prisonnier de son vaisseau, englouti au fond de l’océan. Un millénaire s’écoule et quand des extra-terrestres viennent le libérer, les yeux de David sont grands ouverts et son amour intact. 50 Cent, alias Curtis Jackson, est de la même trempe que David : on pourrait bien l’inhumer sous les ruines de l’industrie du disque qu’au moment où on le déterrerait, il se remettrait instantanément à hoqueter des menaces et s’éloignerait en rigolant jusqu’à la banque la plus proche.”

PS : Pour en savoir plus sur les obsessions du rédacteur-nerd, rendez-vous sur notre forum pour une grande table ronde sur le thème “Processus d’écriture ou le syndrôme de la feuille grise”.

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2 commentaires ↓

  1. Nicobbl le août 24 à 11:09

    Merde ça veut dire qu’on n’aura jamais la chro’ complète de “Curtis” !

  2. Reivax le août 25 à 10:44

    C’est marrant ça, parce que suite à toutes les discussions sur le syndrome de la feuille grise etc, je me suis remis à écrire ce weekend sur pleins de choses à la fois et je suis arrivé à une page inachevé du même genre : un paragraphe sur Casey, trois lignes sur Less du neuf, deux mots sur “Saison 5″ d’IAM, un autre paragraphe sur tel film, etc… Et au final, je trouve que ça peut avoir un intérêt en soi de le publier tel quel, sous forme fragmentaire. Et ce post me le confirme.

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