Nos 25 morceaux du premier semestre 2017
Rap Francophone

Nos 25 morceaux du premier semestre 2017

Une vieille gloire marseillaise, un petit prince, deux rappeurs belges, deux du Blanc-Mesnil et encore deux autres de Montpellier, voici une partie de notre sélection semestrielle de rap francophone, à découvrir en vingt-cinq titres.

Sadek – « Petit prince »

Après une escapade remarquée par le cinéma, Sadek revient et annonce la sortie de son nouvel album. « Petit prince » en est le premier extrait. Du haut de sa branche, il observe les vies de ses congénères, les détaille avec la profondeur d’un moraliste sans jamais être moralisateur. « Petit prince » plutôt que « Petit frère. » La production, signée YannDakta & Rednose favorise le déroulement d’idées sur un morceau long, sans refrain et truffé d’images percutantes, « on est tellement derrière qu’on croit tout le temps qu’on est devant », « ce trou du cul de maton ne sait pas que t’es déjà habitué à un lit superposé ». De celles qui s’impriment durablement dès la première écoute. Sadek apparaît alors comme le chaînon manquant entre Saint-Exupéry (le titre) et 50 Cent (le flow sur certains passages). Alliance improbable, mais puissamment maîtrisée du début à la fin. – Manue & Bachir

Don Choa – « Vieille Gloire »

Figures tutélaires de Marseille, Sat, Le Rat Luciano, Menzo et Don Choa sont redevenus ces derniers mois des légendes nationales, réhabilitées après l’énorme trou d’air vécu lors de Marginale Musique. Pourquoi cette réhabilitation ? Car si le rap a ses tendances, parfois lapidaires, l’usure du temps n’atteint jamais l’authenticité, qui est à la fois le titane et la peinture anti-corrosion des rappeurs. Et s’il y a bien des rappeurs qui dans les yeux du public n’ont jamais transigé avec l’authenticité, Warning ou pas, c’est ceux de la FF. Ils sont donc revenus, comme ils étaient il y a quinze ans. En collectif et ça c’était l’événement d’il y a quelques semaines, où les quatre rappeurs, épaulés comme toujours par DJ Djel et soudés autour de Pone se sont reformés pour une date historique (bien que mixée par un ingé-son et des installations non calibrés pour le genre) lors du festival Marsatac. Mais aussi en solo. C’est le cas avec le Toulousain le plus adopté par les Marseillais, Don Choa, qui avec « Vieille gloire » jette un regard intransigeant et sincère dans le rétroviseur, tout en se préparant à avaler les kilomètres à venir. En somme : indéboulonnable, comme aux vieilles heures, les vapeurs toxiques en moins, les humeurs caustiques en plus. Restez comme vous êtes les gars, et revenez quand vous voulez. – zo.

Jok’Air – « Cigarette » feat. Serge Gainzbeur

Si “La Mélodie des Quartiers Pauvre” aura été le titre le plus marquant du début de carrière de Jok’air, on reste particulièrement fasciné par ce “Cigarette” en compagnie d’Alkpote. D’une base très simple (vanter les plaisirs du tabac pendant 4 minutes) le duo arrive à transporter le morceau dans une toute autre dimension par son simple charisme. Flow, attitude, chant, gimmicks : tout ce qui constitue ce titre semble placé au bon moment, sur une production planante et minutieuse signée Myth Sizer. La marque d’un grand morceau de notre été. – Brice

Lyrrix & Pon2 Mike – « PLKFC »

On ne compte plus les collaborations entre Lyrrix et Pon2Mik. Sur le premier semestre 2016 ils ont livré trois duos : « PLKFC », « Pactole » et « Espèce » , un titre avec 13 Block, « Investir », et se sont rendus ensemble à Génération pour présenter leur musique à la France métropolitaine. L’alchimie qui s’opère entre les deux Guadeloupéens donne à entendre des titres aussi puissants que « PLKFC » pour « police la ka fen chié ». C’est une trap music qui fait tomber la neige sous les tropiques et où l’argent passe loin des radars du fisc : « Pani fich’ de paye évè pani pon salèr’ fixe. » De la vingtaine de morceaux postés sur Youtube  par l’hyperactif label Jutsu Media Group depuis janvier, ce titre est un des immanquables pour se faire une idée de ce qu’il se passe outre-mer. – B2

Triplego – « Cali » feat. Prince Waly

Des 14 titres de leur dernier EP sorti en mars, 2020, « Cali » est le plus lumineux. Les deux gars de Triplego y rencontrent leur voisin de Big Buddah Cheez et transportent lentement leur musique sous le soleil pâle des étés montreuillois, passés sur l’herbe rêche du parc Montreau plutôt qu’à « la playa. » C’est pour beaucoup la facture classique du flow de Prince Waly qui donne cette clarté nouvelle à la production. Comme si le côté vif, technique et parfaitement articulé du MC venait apporter un contrepoint bien senti à la douce torpeur de Sanguee et se mariait différemment au beat et aux quatre notes de synthé réverbérées et répétées à l’envie par MomoSpazz. Un Triplego toujours aussi planant, mais peut-être encore plus efficace via cette collaboration qui leur ouvre de nouvelles dimensions. – Manue

La Caillasse – « Albatros » feat. James Delleck & Guyza

Il y a un an, La Caillasse s’était fait remarquer via un clip en forme d’ode à une marque de pornographie célèbre à défaut d’être recommandable, ce qui en la matière est d’une certaine manière un pléonasme. Le succès du morceau, relatif mais pas anodin non plus, La Caillasse le devait avant-tout à ses guests et son imagerie lubrique. Un Alkpote en émir insatiable pliant l’instru, un caméo de Vald, de la lingerie déposée devant la porte avec un certain manque d’élégance et le rappeur de L’Infâme Posse s’était lancé dans le grain bain. Une douzaine de mois plus tard, le sosie rappeur du Dr Robotnik habillé de survêtements dignes d’une vision obtenue lors d’une montée de LSD sort son premier projet solo. Le programme ? Bien moins lubrique mais bien plus perché : autotune, drogues, reprise d’une chanson apparaissant dans l’un des albums d’Asterix le Gaulois adaptés en dessin animé (oui, ceci est sérieux), mais aussi un improbable featuring d’un James Delleck en excellente forme. Avec Guyza en appui, les deux rappeurs mélangent une poésie surréaliste à un rap dissolu et fractal. Un peu d’amour et d’acide pour le Prince des nuées. Il paraît qu’il en raffolait. – zo.

JeanJass & Caballero – « Un Endroit sûr »

Il avait dit qu’il le ferait un jour. Et il l’a fait : sur son dernier disque avec JeanJass, Caballero pose quelques mesures rappées en espagnol, son pays d’origine. Une petite échappée dans sa langue natale qui accompagne parfaitement “Un Endroit sûr”, morceau plus introspectif et angoissé que le reste de Double Hélice 2, dernier disque des deux compères. Derrière les rigolades à base de cigarettes qui font rire et les punchlines footballistiques, le duo montre sur ce titre ce qui se cache derrière leur carapace de bêtises et de talent insolent. Un contraste qui rend le morceau encore plus fort et touchant dans sa réalisation. – Brice

Le B.A.B – « Petite pointure »

Loin des histoires de Grand Paris, le B.A.B écrit ses modestes aventures sur la capitale et sa petite ceinture. Il arpente les rues parisiennes à la recherche de quelques liasses et traîne son flegme « d’hôtel en hôtel » comme Bebel’ dans À bout de souffle. Sans prise de tête, celui qui se faisait appelait Babio se laisse aller à une espèce d’écriture automatique, rompant sa narration par une surprenante remarque : « nan je déconne je suis en train de dire de la merde. » Le refrain de « Petite pointure » est d’une douceur appréciable, comme la voix d’Any Riads qui vient soutenir le flow du rappeur en arrière-plan sonore. – B2

Vin’s – « Adrénaline »

Vin’s a tout du prototype du rappeur français technique et conscient. Certains bailleraient en résumant d’ores et déjà ces quelques mots à « chiant », notamment suite à ce succès de 2014, qui confondait dénonciation et injonction dans un étrange mélange de morale. Mais ce serait oublier ce qu' »Adrénaline » démontre : une assurance gonflée par des punchlines qui ne servent pas de cache-misère mais qui révèlent au contraire une vraie finesse d’écriture et une articulation remarquable du propos. Et surtout, une vraie qualité d’interprétation, qui évite l’écueil démonstratif du fast-flow ou du rap rageur de caisse claire. Tout en nonchalance, sur une simple basse articulée d’un kick redoublé et d’une caisse claire, agrémenté de quelques notes d’un clavier étouffé, le rappeur établi à Montpellier se balade avec le dédain que seuls les meilleurs peuvent s’autoriser. – zo.

Kekra – « 9 Mili »

Si de base il était déjà difficile de décrire la musique de Kekra, “9 Mili” ne va clairement pas arranger les choses. Peu importe, tant ce single mélangeant UK garage syncopé, snares house de Chicago, paroles nihilistes et refrain hyper entêtant se présente comme un des gros tubes du rap français de ce début d’année. Est-ce du rap ? De la musique électronique? De la pop? Avec ce morceau ultra efficace, le natif de Courbevoie brouille toujours plus les pistes autour de sa musique et continue de s’infiltrer dans nos têtes. Là est l’essentiel. – Brice

Sofiane – « Bandit Saleté »

Faire un bilan semestriel sans évoquer Sofiane serait d’un anachronisme criant tellement l’homme est sur tous les fronts. Après avoir braqué le rap game l’an dernier avec #JesuispasséchezSo, Fianso est de retour avec son album Bandit Saleté et des moyens à la hauteur de ses ambitions. L’homme rebondit sur le succès de « Tout le monde s’en fout » et alterne entre des morceaux grand public et des titres pour bandits. C’est le cas avec « Bandit Saleté » qui est un peu la quintessence du style de Sofiane, tant dans la construction du morceau que dans le thème abordé. Le Blanc Mesnilois est à l’aise avec ce nouveau succès qu’il semble savourer à sa juste valeur tout en gardant les pieds sur terre. – Bachir

Damso – « Dieu ne ment jamais »

Sortie centrale du semestre, Ipséité se caractérise par la variété de voix et de styles que le rappeur du 92i sait faire siens. Le morceau « Dieu ne ment jamais » est d’une telle justesse qu’il pourrait être la clé pour comprendre tout le reste. Le refrain aérien transporte hors du « nwaar » (l’esthétique de ceux « who ain’t got no feelings ») pour mieux y sombrer dans les couplets  « je tire et je tue, tu meurs et c’est tout. » Cet aller-retour vertical, musicalement, mime celui de sa vie : de l’aspiration spirituelle déçue à sa profanation active ; de la douceur du flow à son reniement dans les paroles. C’est la méchanceté des hommes, une méchanceté qui le précède à la manière du péché originel (« Adam avant la pomme »), qui est cause de sa violence. À partir de là, rien ne peut plus être pur ni binaire, tout y est « métissé comme touche de piano. » Même la musique. – Manue

Nikkfurie & Young Zee – « Ignorez l’annonce (Skip Ad) »

Impossible de ne pas esquisser un petit rictus de satisfaction quand on entend Nikkfurie glisser après vingt ans de rap : « 2017, prends ça comme une sorte de prélude ». Plus d’une décennie après l’essentiel Peines de Maures/Arc-en-ciel pour daltoniens, comblée par quelques side projects de qualité et les promesses répétées d’un nouvel opus des deux frères, le rappeur de Noisy-le-Sec distille avec parcimonie ses tours de magie sur l’échiquier du rap hexagonal. Une collab’ bien sentie avec Lucio Bukowski par-ci, un nouvel extrait de son EP en duo avec Young Zee par-là et un enseignement : Nikkfurie est toujours aussi habile, en cabine et aux machines. Et chaque jour qui passe nous rapproche inévitablement du prochain double album de La Caution. Alors ignorez l’attente et les annonces mensongères, il est écrit que ce sera comme le Depor’ de Noureddine Naybet : légendaire. – Diamantaire

E.One – « Mon pire ennemi »

Interviewé dans nos colonnes en février, E.One expliquait que son premier véritable album solo est l’histoire d’une déconstruction. Sorti depuis plusieurs années de l’aventure Eskicit dont il était l’unique rappeur, MC au sein du groupe activiste qu’est Première Ligne, le rappeur du Blanc-Mesnil s’adresse à son propre reflet sur un instrumental lancinant. Il en profite pour fêler le miroir comme se brise la glace d’un arrêt d’urgence, et va chercher dans les plus petites interstices des débris du verre poli le conditionnement dont chacun hérite. Avec en clôture les « Rêves illimités » de Casey samplés et l’autoportrait d’une dualité à défier chaque jour. Son alias est William Blake. – zo.

Keny Arkana – « De l’Opéra à la Plaine 3 »

Rien n’est un meilleur baromètre du rap du centre ville de Marseille que les volets de « De l’Opéra à la Plaine ». Pour L’Esquisse 3, sorti le 2 juin, Keny Arkana rejoue la même formule, pour le plaisir de toutes et tous. La solitaire est paradoxalement celle qui magnifie le mieux le potentiel esthétique du groupe, du collectif. De Costello de la SNT aux plus jeunes, des techniques de voix rappées très différentes s’entremêlent autour d’un refrain avec de l’auto-tune et des backs à quinze. Cinq minutes qui résument l’essence du rap marseillais du moment : faire danser en parlant du son des kalashs, de la politique et de la violence, avec en décor les tags multicolores de la Plaine. Un son qui donne envie de porter des banderoles « Taule pour Fillon, Justice pour Adama » avec la rage, l’amour des siens et le sourire. C’est peut-être en cela que Keny Arkana est la plus politique : en démontrant par la musique, encore et toujours, la force de l’action collective et les belles choses qu’il est possible de faire ensemble. – Manue

Jul – « Lacriezotiek »

« Tchikita », tournée des Zéniths, Victoires de la Musique… La fin de l’année 2016 et le début de 2017 auront définitivement installé Jul dans le paysage musical français, notamment vis-à-vis du grand public. Et qui dit Jul, dit forcément haine inconsidérée : insulté de toutes parts, devenu le point Godwin du rap français, le natif de Saint-Jean-du-Désert clouait pourtant le bec à beaucoup de monde en dévoilant en Mars dernier “Lacrizotiek”. Cinq minutes trente de rap pur et dur, sans refrain ni autotune, dans lequel le Marseillais règle pas mal de comptes avec ses détracteurs, les journalistes, et ceux qui critiquent sa musique sans même l’écouter. Qu’on aime ou que l’on n’aime pas, difficile de contredire sur ce morceau les qualités de rap et d’écriture du titre. Et quand on s’appelle Jul, c’est déjà beaucoup. –  Brice

Jason Voriz – « Philanthrope »

En 2016, nombreux étaient ceux à (re)découvrir Jason Voriz sur l’album de Seth Gueko. En un couplet, le loubard d’Antibes exilé en Thaïlande écrasait de sa grosse voix l’intégralité de l’album. Affilié à D’En Bas Fondation et à Néochrome, collaborant étroitement avec Cody Mc Fly, cette raclure de Voriz évolue dans un monde où les repris de justice font la loi : corruption, drogue, proxénétisme ; la French Riviera est dégueulasse, la Thaïlande aussi. Dans la foulée de son quatrième projet, Trap Manstrr, Jason Voriz a dévoilé ce morceau, « Philanthrope » et y laisse entendre son timbre unique, son langage propre, son univers sale et ses merveilleux inserts à la troisième personne, à la façon de Jean Claude Van Damme. –  B2

La Canaille – « Rôde avec l’équipe »

En 2015, La Canaille sortait Deux yeux de trop. De cet EP en téléchargement gratuit, le titre résume tout ce qui fait la force du groupe que mène Marc Nammour depuis maintenant 8 ans : une capacité à témoigner et à restituer le réel. Encore plus quand celui-ci a des allures d’histoires banales. « Rôde avec l’équipe », extrait de 11.08.73, dernier album en date de La Canaille, ne fait pas exception à la règle. En y décrivant les soirées d’errances urbaines, à squatter une voiture, autour d’un poste ou sur la dalle d’un bâtiment, le rappeur de Montreuil donne de la gravité à ce que beaucoup considèrent comme une fatalité. Et arrive à glisser une habile critique de l’instinct grégaire et des conséquences dévastatrices de la routine et du désœuvrement. Un titre qui pourrait faire figure de prélude à un autre morceau du groupe, sorti cette fois en 2011 : « L’Eau monte. » Et toujours ces deux yeux de trop, rendant coup sur coup chaque regard détourné. –  zo.

SCH – « La Nuit »

En rappant le passage subreptice de l’enfance à l’âge adulte avec son regard de gosse, SCH dessine de sa voix, insaisissable même quand elle s’approche de la régularité chansonnière, la silhouette de son père, routier à la toux grasse, qui partait et revenait de ses journées avec l’obscurité. L’ombre de l’absent devient celle entrecoupée de violence d’un personnage de Gomorra ; la nuit du crime organisé se superpose à celle du souvenir et des métamorphoses, dans un parfait mélange de ses deux imaginaires. Sur A7, le rappeur d’Aubagne lançait déjà « Papa recherche en lui un gosse mort à la buvette. » Deux ans plus tard, SCH a vu son père rejoindre le ciel nocturne, le jour-même où « La Nuit » était présentée pour la première fois sur les ondes. Il restera de ce refrain auquel la voix autotunée donnait déjà quelque chose de déchirant, une nouvelle gravité. Qui ne le quittera probablement jamais. –  Manue

Isha – « Frigo Américain »

Une minute trente. C’est le temps qu’il faut pour comprendre qu’Isha parle d’un frigo américain depuis le début du morceau (sans avoir vu le titre du morceau, évidemment). Définitivement révélé en ce début d’année avec son excellent EP “La Vie Augmente Vol 1”, le rappeur Belge (encore un) termine son disque avec un bijou d’écriture, empreint d’analogies entre son frigo et une caisse américaine. Un régal dans les textes, sincères et aventureux, qui résume bien qui est Isha : un grand enfant dont on a envie d’entendre les nouvelles aventures. –  Brice

Un Amour Suprême – « Partie 2 »

Ils sont frais, bohèmes, hippies, d’une jeunesse bien plus insolente qu’insouciante et dotés d’un sens de la formule digne de leur créateur. Leurs prénoms ? Jovontae et Ezekiel et ce sont les deux alter-ego que s’est fabriqué Sameer Ahmad. En les rassemblant l’un et l’autre sur le second morceau du premier volet d’un Amour Suprême, le rappeur de Montpellier s’offre une cure de jouvence, satellise son précédent album au-dessus d’un coucher de soleil sur Tarifa et donne des conseils avisés à la jeunesse du monde. Eh oui, « pas de glock dans la bouche petit, c’est plein plein de microbes », juste quelques portes-jarretelles lumineuses à ouvrir sur un tapis de sons chauds et de mots bien sentis qui électrisent l’atmosphère. Un Amour Suprême, où terrain jeu d’un Sameer Ahmad qui dessine en filigrane le jeune rappeur qu’il aurait pu être s’il avait le droit de remonter le temps. Perdant Magnifique. –  zo.

Mr. Bill & Mr. White – « Miami Vice »

Du coté de Genève, un collectif livre depuis une décennie un réalité rap qui n’a malheureusement jamais passé la frontière française. Son nom, Marekage Streetz, vient de la Plaine de Plainpalais, dont l’étymologie signifie « plaine marécageuse ». Les rappeurs de Marekage Streetz  ne se soucient jamais du regard qui leur est porté, ils sont naturels, réels et vivent leurs textes. En mars, Marekage Streetz a sorti la mixtape Cité Cratère, dont est issu le morceau « Miami Vice ». C’est du rap en plein air, dans les parcs, sur les rives du Rhône, à la sortie des night-clubs… Des notes qui s’envolent avec la fumée d’un blunt, un dope boy blues qui coule au sol avec des larmes de rhum. Une bourgeoise, des francs suisses, un morceau de Max B en fond sonore, un miroir qui rend beau, Mr. Bil et Mr. White incarnent l’épanouissement le plus simple, le plus pur. Savoureux. –  B2

Scylla – « Chopin »

Visage d’enfant aux cheveux bouclés d’un côté, crâne d’adulte vu de dos de l’autre, telle est la pochette de Masque de chair. Dans ce dernier album, Scylla s’adresse constamment à des fantômes et évoque des « vies antérieures » tout en les rendant plus que jamais vivantes. C’est le cas avec « Chopin ». Embarqué dans la voiture de S.C.Y, le compositeur polonais s’installe dans l’habitacle comme ses préludes samplés par Sully Sefil ont hanté « That’s my people » et écoute Scylla dialoguer avec les absents dans un mélange de mysticisme, de douceur et de complicité inégalé. Au point que dans ce disque nourri exclusivement de notes de piano, Frédéric Chopin est bel et bien là, à écouter les featuring de Furax Barbarossa et B-Lel avec un sourire d’enfant, l’arrière du crane posé sur l’appui tête. Celui de la place du mort, qui devient définitivement vivante sept minutes durant. – zo.

Vîrus – « Prière »

« Donnez-nous la liberté ! » Il faut imaginer Vîrus, après avoir rappé à travers les mots d’un poète anarchiste du 19ème siècle, Jehan-Rictus, l’Espoir, puis la Déception, lancer trois fois ce cri de prière, trop authentique pour ne pas venir du plus profond de lui. Paradoxal pour quelqu’un qui n’a pu se résoudre à interpréter les autres références religieuses des Soliloques du Pauvre ? C’est que la prière peut être païenne, surtout quand elle exige le bonheur et la liberté. Le morceau, en diptyque selon la formule de « Des fins » – autre chanson bouleversante de la discographie de Vîrus – est portée par la production métallique et minimaliste de Banane, mue dans un second temps en suite de notes intenses, élevées, qui suffiraient à elles seules à arracher la même émotion. « Prière » fait passer les Soliloques de l’adaptation très réussie à l’œuvre musicale qui prend aux tripes. C’est d’ailleurs dans ce morceau que Vîrus se distingue le plus de la figure du rappeur misanthrope et crache, plus que la défaite, une folle envie de vivre. Rien que pour ça, que soit mille fois bénie sa rencontre avec ce poète des rayons du fond. –  Manue

Artillerie de salopards – « Brûler la paix »

Issu d’un album intitulé Cellules reproductives, « Brûler la paix » voit L’Artillerie de salopards secouer le génome d’une bourgeoisie bien trop installée à leur goût dans le statu quo des grandes démocraties occidentales. Particulièrement quand il est couvert par un État d’urgence désormais permanent. Sur un sample de vibraphone, dans un héritage vraisemblablement complètement assumé de La Rumeur, Adelo, Borsa et Ragnar scandent qu’ils font bien plus que du pera tout en fixant l’ADN du leur : politisé, engagé, minimal mais à la boucle raffinée. Un véritable baril des sens porté par Vatsa Prod, le label du Kyma. –  zo.

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