Article Venom

En juin dernier, Venom sortait sans faire de bruit son premier album solo. Concept fort, pochette soignée, références au cinéma et aux comics à foison, multiplication de pseudonymes, univers personnel riche... Autant d'éléments qui, à l'heure où le rap français semble bloqué dans la cage d'escalier, ont attisé notre curiosité.

18/10/2009 | Par Julien

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Article : Venom"Ecoutez bien, bande de dépravés. Voilà l'homme pour qui la coupe est pleine. L'homme qui s'est dressé contre la racaille, le cul, les cons, la crasse, la merde. Voilà quelqu'un qui a refusé. Voilà..." *

...Venom. Crâne rasé de près, trappu, voix caverneuse. Sweat à capuche noir, baggy jean, baskets sombres. Un mec à l'ancienne sobrement hip-hop, passionné en noir et blanc.

V.E.N.O.M. Derrière ces cinq lettres se cache un homme discret, volontairement flou quand il s'agit de parler de lui. Préférant rester en retrait derrière son personnage, le rappeur parisien laisse les auditeurs faire fonctionner leur imagination. "J'ai jamais aimé les makings-of de films, explique-t-il. Je n'aime pas qu'on me montre les coulisses, qu'on décortique comment tel acteur a préparé son rôle, comment ont été faits les effets spéciaux. Je préfère qu'on me laisse imaginer tout ça : ça fait partie de mon plaisir de spectateur. Pour moi et ma musique, c'est pareil." Bref, pas de prénom, pas de nom, pas de matricule, pas d'informations précises ; c'est aussi bien comme ça.

Alors on l'imagine, à partir des quelques éléments qui lui échappent parfois. Au risque de se planter – mais tant pis, ça fait partie du jeu. On imagine son QG, le "Vidéosdrome", où a été enregistré et mixé son album et dont la localisation exacte reste secrète : une sorte de grand sous-sol aménagé, rempli d'étagères ployant sous le poids de milliers de comics, de vinyles et de VHS. Des câbles d'alimentation et des prises Péritel courent au milieu de la pièce et le long des murs, recouverts de vieilles affiches de films. Dans un coin, une vieille télé dont l'image tremblote - un homme brun et moustachu marche dans l'allée d'un grand parc, en pleine nuit, serrant quelque chose dans sa poche - pendant que le magnétoscope ronfle bruyamment, menaçant toutes les trois minutes de bouffer la bande. A l'autre bout de la pièce, un ordinateur, un vieux sampler, du matériel d'enregistrement, deux platines et une table de mixage reliées à des enceintes : le son qui s'en échappe tape en sourdine ; sans doute un vieux disque east-coast millésimé du début de la dernière décennie, un des premiers Redman, peut-être.

On les imagine, lui et ses frères MC Zombi (rappeur et producteur) et Médievil (rappeur), enquillant depuis leur enfance les heures devant le petit écran familial à enchaîner les films ; veillant, aujourd'hui encore, jusque tard dans la nuit malgré les journées occupées par un taff "balourd", puisque, tout le monde le sait, le rap ça ne paie pas. S'il dit ne jamais regarder la télévision et devenir dingue lorsqu'il tombe sur un JT, le cinéma a au contraire toujours occupé une place particulière dans la vie de Venom. Avec des goûts plus éclectiques que ce que son album laisse supposer : fan bien sûr des vieux Lucio Fulci, John Carpenter et Dario Argento, il cite parmi ses références les comédies de Pierre Richard et du Splendid, Yves Boisset, "La folle journée de Ferris Bueller", "Terminator" et... "Howard... une nouvelle race de héros", production méconnue de George Lucas racontant les aventures d'un canard de l'espace devant s'adapter à la vie sur Terre !

"Il y avait une grosse culture du vidéo club, dans ma famille, se rappelle-t-il. A l'époque, on vivait aussi avec mes oncles dans une même maison. Aller au cinéma revenait trop cher, donc on louait beaucoup de films. Ma passion pour la VHS vient de là". Une passion virant presque à l'obsession. Pochette réalisée par le graphiste Melki [auteur de nombreuses affiches de films, notamment ceux avec Jean-Paul Belmondo], interludes interprétés par les doubleurs français de Bruce Willis et Whoopi Goldberg, samples de films insérés ici et là comme autant d'hommages... "Un justicier dans la ville", son premier album sorti en juin dernier, déborde de détails qui renvoient au ciné des années 80.

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