Article Autour d'All We Got Iz Us

"All We Got Iz Us", deuxième disque d’Onyx qui compte cinq albums à mettre à son actif, fait suite à "Bacdafucup" sorti en 1993. Ce second opus apporte la confirmation d’une impression suggérée par le premier : Onyx est un groupe de déglingués qui en jouent. Un vrai acteur de la relève du hardcore new-yorkais pour la période post Public Enemy.

27/06/2004 | Par Janot

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Article : Autour d'All We Got Iz UsMalgré leurs bobines grimaçantes et leurs armes à feu en couverture de "Bacdafucup", on avait beau faire des efforts, les membres d’Onyx (Big DS, Suavé, Fredro Starr et Sticky Fingaz) ne parvenaient pas à nous impressionner outre mesure. Le montage peu judicieux de la photo du groupe enragé sur fond blanc sortait totalement les rappeurs d’un cadre pouvant a priori justifier leur attitude, remplaçant dans les esprits le naturel par un aspect préfabriqué assez peu crédible. Le Wu-Tang Clan, avec "Enter The Wu-Tang : 36 Chambers" la même année, ne tombait pas dans ce panneau. Il nous livrait, on s’en souvient tous, une pochette avec au recto une horde (qu’on imagine composée des membres du Clan) de personnages masqués et encapuchonnés dépourvus d’arme et pourtant troublants tandis qu’au verso, fixant le décor, les membres se tenaient dans leur B-boy stance assurée sur un (leur) sol terreux jonché d’ordures avec suspendu au dessus d’eux l’un des fameux ponts de New York. Une constante tout de même, les logos qui fleurissent en coin de jaquettes chez les deux groupes.

Pour l’album qui nous intéresse ici (à savoir "All We Got Iz Us") sorti deux ans plus tard, Onyx a par contre abordé son design à la manière du Wu-Tang pour son premier album, avec clichés dans des tons glaciaux du groupe pris en contre-jour hantant quelques immeubles insalubres de projects New Yorkais. Tout ceci ne pourrait être que détails si l’on omettait le fait que la carrière de bien des groupes de rap se joue aussi sur l’image qu’ils véhiculent au public. Comme le constate sévèrement Reivax dans son article intitulé "Les dissidents… ", "le public de masse préfère se raccrocher à une image plutôt qu’à un discours". Partant de ce principe, défendre "All We Got Iz Us" reviendra à vérifier qu’ici Onyx a quelque chose (un message) à faire passer à l’auditeur et que la forme que le groupe emploie pour y parvenir est sioux.

"All We Got Iz Us" débute "sagement" comme une majorité d’albums de rap par une intro intitulée 'Life Or Death' et il n'en faut pas plus au groupe pour immédiatement insuffler à leur album un désespoir ra(va)geur qui va se répercuter au fil des morceaux. Pour Onyx il ne s’agit pas ici de choisir entre la vie (Life) et la mort (Death), d’où l’absence de point d’interrogation du titre. Mieux vaut suivre sa voix intérieure qui appelle à la mort, tirer, échapper à cette "vie stupide" que l’on se remémorerait avant que tout soit vraiment fini ; et c’est là que commence l’album, et c’est dire si celui-ci va être sombre et amer. On peut aujourd’hui avec le recul aisément incorporer "All We Got Iz Us" dans la longue liste des œuvres de rappeurs américains (de Tupac, DMX, les Geto Boys au cynisme fort à propos des Gravediggaz) qui ont reflété un esprit suicidaire de la part de leurs auteurs. Thème récurrent dans la première moitié des années 90, la voix des rappeurs laisse planer un esprit suicidaire au-dessus des grands centres urbains américains. L’intro s’achève donc avec le coup de feu fatal alors que démarre sans temps mort 'Last Dayz' (Derniers jours).

"South suicide Queens…" sont les premiers mots proférés : la dépression est définitivement localisée. Mais annoncer quelques phrases plus loin avec une ironie certaine "Get ready for this New World Order, shit is about to change" apporte une dimension temporelle et politique supplémentaire au discours incroyablement pessimiste du groupe, faisant insidieusement tendre l’oreille à l’auditeur dans un champs d’action bien plus vaste que celui du Queens Sud ou même de New York. Cette théorie du complot appelée Nouvel Ordre Mondial qui alarmait tant les rappeurs américains à l’approche du nouveau siècle, bien que comportant son lot d’énormités, est devenue réalité sur le plan économique et des paroles comme celles d’Onyx dans 'Last Dayz' témoignent d’une réelle volonté d’alerter la population sur les dérives possibles d’un système national, mondial dirigé par une élite et des corporations. Fredro Starr amorce son couplet par un cynique "I’m America’s nightmare, young black and just don’t give a fuck" et le morceau ne s’arrêtera que quand chacun aura donné une première vision cauchemardesque de sa vie et de son entourage, tandis que revient désespérément en boucle le sample d’une voix féminine aux forts accents de musique soul. Cauchemar américain "à l’envers de l’Histoire" comme nous le verrons un peu plus loin. Les voix déglinguées à l’extrême de Fredro Starr, Sonsee et surtout Stinky Fingaz qui en font des tonnes (souvent proche du grand-guignolesque) prennent alors tout leur sens dans ce dernier grand mauvais trip où tout doit être perçu en surmultiplié. Chaque voix jaillissant comme autant de diables sortant de leurs boîtes. Des paroles comme "Thinking about taking my own life, I might as well 'cept they might not sell weed in Hell, and thats where I'm going cause the Devil's inside of me" rappellent cruellement les pulsions suicidaires du king Notorious B.I.G. dans 'Suicidal Thoughts' et le refus du mea culpa religieux ("When I die, fuck it I wanna go to Hell cause I'm a piece of shit it ain't hard to fuckin' tell").

Dans 'All We Got Iz Us (Evil Streets)', l’Enfer est sur terre nous annonce Onyx, Fredro Starr est "né pour être un pécheur dans ces rues mauvaises de New York". Suit un inventaire violent et détaillé avec un malin plaisir de tout ce qu’on peut compter comme activités criminelles en ce bas monde et Sticky Fingaz de balancer une punch line "Only nigga that can kill me is the nigga in the mirror" évoquant à l’auditeur la célèbre scène du miroir de "Taxi Driver" avec un Robert De Niro au comportement non moins suicidaire dans les rues de la Grosse Pomme. L’instrumental, comme du reste partout ailleurs dans l’album, est plutôt minimaliste et toutefois d’une efficacité redoutable. Celui-ci possède une cadence rapide et lourde alors que reviennent à répétition d’inquiétants grincements.

Au titre suivant, 'Purse Snatchaz', la fureur des MC’s au micro est apaisée par le chanteur Greg Valentine qui se livre à un magnifique refrain lancinant et onirique. Horizon barré : "There's no sunshine in the city, that's the way it's going down, people kill and people dyin, every time I turn around" se lamente Valentine sur le beat ralenti, une petite mélodie triste et la bande-son des turpitudes de la ville si fréquemment entendue dans les productions des rappeurs (sirènes de police, explosions de flingues, altercations..). Le texte est construit rigoureusement avec un premier long couplet de Fingaz, succession de rimes en '-ers' tandis qu’au troisième couplet il privilégie la rime en '-ion' et entre les deux Sonsee envoie un couplet en '-ing'.

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