Article Demain c'est ouin

Grand-parental advisory : toute ressemblance avec une oeuvre existante ou ayant existé est purement volontaire. Clin d’oeil appuyé à 'Demain c’est loin', d’IAM, 'Vieillir', de Jacques Brel, ainsi qu’à 'La centenaire', de Linda Lemay.

07/03/2004 | Par Anthokadi

Article : Demain c'est ouin

"L'antre refoule, l’essence se répand, lâche les boudoirs
Et gobe l’émission, sale limace dans ta baignoire
Joue pas avec mes poches vides et ce que je bois
Mes pecs moulés parlaient de l’espoir. Ils pendent à la Derrick.

Démaquillée, pour une page de pub, j’me déchire
Jobard nicotinien, étouffe bien, j’me rase donc j’arrive
Rive, sous vide, serre-tête long, pendule
Je pense à Mémé qui m’a dit "à plus", jamais je ne l’ai revue

Pencher le diable pour sortir de la glacière, t’as qu’à le faire
Mais c’est toujours la mémère qui pousse derrière
Pousse, poussin, au milieu d’un chant de bretons
Menhirs dans un parking, et voir les videurs faire rentrer les ronds

Le pauvre thé, ça fait gamberger ; au Rwanda, trois mouvements :
On coupe, on compresse, on découpe, on emballe, on pend
A court de bras, on fait rentrer l’argent du trac
Ouais, c’est sale, la vie ! Et parle pas de rami, ici

Ici, le rêve des jeunes c’est le Golfe, je t’ai dit, surveille ta quinine
Ton téléphone à l’air morne, Mamie
Bouge ta face. J’essuie comme tout le monde, je déchire rien
Mes vieux, merci, j’ai Gandhi, c’est plus malin ; lui, il se lave à la fin

La fin, la faim, la faim crucifie les moyens quadra-zincous malsains
Honteux jusqu’à demain, après on verra rien
On marche sans l’ombre d’un câlin du soir au matin
Papy dans un coin, toutou à la main, brandit le parchemin

Chemin, chemin, y’en a pas deux pour être un vieux
Frippé comme une enclume, ne pas fermer les yeux, la vie j’en veux
Une croûte pour y entrer debout, sans sortir, aux trois-quarts cuit
Réussir, s’évanouir, devenir un souvenir

Souvenirs : avoir été si jeune, en avoir plein le répertoire
Des gars rayés de la carte qu’on efface comme un tableau
– tchpaou ! – c’est le soir.
Croire ? En qui ? En quoi ? Les mecs sont tous des mouroirs

Vont dans le même sang, veulent s’en mettre plein l’étiroir
Tiroirs, on y passe notre vie, on y finit avant de connaître l’envers
Sous terre on s’instruit sans parler, ravi
Frictions, télévision trop forte, serre le chignon
La télé-réalité tape trop dur, besoin d’évasion

Evasion, infusions, effort d’imagination, ici tout est gris :
Les mûrs, les esprits, la table de nuit
On veut s’échapper de la pension, une aiguille passe,
On pense à l’action, faut se divertir, un jour tu pètes les plombs

Les plombs ? Certains chanceux en ont dans la semelle,
D’autres se les envoient pour une poignée de cachetons,
D’air Citronnelles, les larmes coulent comme un mauvais rêve
L’image du gant sur le sarcophage sonne latente, les SMS s’égrènent

Graines, graines, graines de déclinants, qu’espériez-vous?
Tout jeunes on leur apprend
Que rien ne défait un homme à part les flans
Du franc rieur discret au groupe de névrosés,
Les racines de vains chants, trop lents, impossibles à arrêter

Arrêté, pisser au plumard, changé avant de sortir
On part trois mois, le débris court, la décrépitation grandit
Les barreaux du lit font plus peur, c’est la routine, vu les répits
Frêle esquif à l’entrée du tchin-tchin, figurine qui parfois s’anime

S’anime, animé d’une furieuse envie de donner
Se voir incomplet, qu’importe le temps kiffé, on perd les dents,
On va flamber. Père et gamin, rentrer avec quelques papiers
En plus ça aidera, personne demandera qui est-ce qui est tombé

Tomber ou pas, pour tout, pour rien, on prend le risque,
Pas grave cousin, de toute façon dans les deux cas on n’en sort rien
Vivre comme un chien ou une pince, y’a pas photo
On fait un choix, fait griller le mégot, crier les boyaux

Boyaux, une trêve, plein les bottes, mais la cible est trop loin,
La flèche ricoche, le diable rajoute une encoche.
Encore trop mioches, les mecs cochent leur propre case
Découchent pour des vaches, j’entends les cloches,
Les coups de pioche, creuser un trou c’est trop fastoche

Fastoche, facile, le bourgeon du bourgeois doux deale.
Se dire ‘Mémé’ ? La hantise. Porcelet dans le caddie
Tchac ! Le rasoir sur soi chaque matin, par ici le Ripolin
Ca c’est toute la journée, lendemain après lendemain

Lent des mains ? C’est pas le problème. On vit au jour le jour
On a le temps ou on le perd lentement, les autres le prennent
Demain c’est ouin, on n’est pas pressés, au fur et à mesure
On avance en essuyant nos fesses pour parler aux futurs

Futurs, les futurs changeront pas grand-chose
Les générations prochaines seront pires que nous,
Leur vie sera plus morose
Notre avenir, c’est la minute d’après.
Le but ? Anticiper, prévenir avant de se faire clouer

Clouer, cloué sur un banc, rien d’autre à faire,
On boit à notre mise en bière,
On relit les gazettes, y’a quoi d’autre à faire ?
Les murs nous tiennent comme du papier tue-mouches
On est là, jamais on s’en sortira, le temps nous tient avec sa fourche

Fourche ou fourchette, se moucher la chique, seconde après seconde
Sacs d’occasion et une pièce de plus ajoutée à nos fonds
Contre leurs lasers, certains désespèrent, beaucoup touchent terre
Les obstinés refusent le combat, suicidaires

Cidaire, sidérés, les vieux regardent l’humain se diriger
Vers le mauvais côté de l’éternité, d’un pas ferme et décidé
Préférant broder, en bas, en haut, on va s’emmerder
Y’a qu’ici que les langes sentent la fumée

Fumée, encore une bouffie, la voilà tombée
La tête sur l’oreiller, la merde à l’instant est tombée
Par là, faut naître, un tri se fait à l’entrée, un môme se fait baquer
Un enfant, ça fait sérieux pour un gars qui est menotté

Menottés, pieds et poings liés par la fatalité
Pris au pied du donjon, le veston est le geôlier
Le bluff ? La règle. On a grandi avec des vieux
Grabataires courageux, mais la vie est courage, on chute comme on peut."

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