Article Saïan Supa Crew Live

Onze mois après leur fameux concert au Transbordeur, les six MCs du Saïan reviennent à Lyon pour présenter en avant-première leur nouvel album, X raisons. La salle est très hétérogène et l'ambiance saine : le lieu du Ninkasi Kao en a-t-il rebuté certains ? La moyenne d'âge est étonnamment assez élevée.

09/10/2001 | Par Aspeum

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Article : Saïan Supa Crew LiveOnze mois après leur fameux concert au Transbordeur, les six MCs du Saïan reviennent à Lyon pour présenter en avant-première leur nouvel album, "X raisons". La salle est très hétérogène et l'ambiance saine : le lieu du Ninkasi Kao en a-t-il rebuté certains ? La moyenne d'âge est étonnamment assez élevée.

La première partie a été confiée à Octopussy, groupe majeur de la région. Outre les deux membres d'Octopussy, sur scène en permanence, d'autres membres affiliés au collectif Médina les ont rejoints. La prestation d'ensemble était très moyenne, mis à part l'excellente performance de Kesto, décidément impressionnant.

Quarante-cinq minutes d'attente, puis le Saïan fait son entrée. Mise en scène comme à chaque fois, les six MCs semblent en forme. Après une courte interpellation de Feniksi, le showcase commence : le style reste inchangé et reconnaissable entre mille, tant au niveau musical qu'au niveau scénique.

"X Raisons" est dans la lignée directe de "KLR" : rap positif, productions éclectiques (Alsoprodby et Fun ont laissé la place à Feniksi et Leeroy), propos à la fois léger et réfléchi. Leur ligne directrice n�a pas dévié d'un pouce, et par conséquent le résultat ne convaincra que les adeptes du premier album. En fait, c'est même parfois une sérieuse limite, tant la peur de se voir coller une étiquette de vendus les poussent à nous ressortir les mêmes recettes ('Polices' est construit sur le schéma utilisé pour 'La preuve par 3'). 'Soldats' et 'X raisons' sont deux preuves d�égotrip réussies, tandis que 'Du 14.02.2002' raconte une histoire séropositive en flash-blacks. Le meilleur morceau de la soirée 'Frottez-les, sortez-les' ne sera malheureusement pas sur l�album, pour des problèmes de sample. Le refrain magistral est une reprise habile de la fameuse mélodie tirée de la musique des "Temps modernes", de Charlie Chaplin, lors de la scène du restaurant.

L'expérience scènique accumulée par le groupe a davantage renforcé la singularité de chacun, et les différence de niveau sont criantes :

- Specta joue en retenue un rôle de racailleux blasé, similaire à celui du clip de 'La preuve par 3'. Chacun des ses couplets est un tour de force : il assène ses rimes d'un flow lent et parfaitement maîtrisé.

- Leeroy, le plus connu des six (du fait de ses collaborations avec la Mafia Trecé, Ärsenik ou Doc Gyneco), est aussi le plus attendu. En permanence en train de se dépasser, il prouve une fois de plus qu'il est le plus "performer" du groupe. Les autres s'arrêtent d'ailleurs quasiment lorsqu'il lance de son flow mitrailleur.

- Feniksi est plus discret que les deux premiers, malgré son flow original. Pourtant, il se démarque sur scène par des millions de mimiques. Dans un délire solo tout le long, il joue de sa grande dégaine, faussement malhabile et semble oublier le public.

- Vicelow est assez terne dans l'ensemble, malgré une pêche d'enfer. Il n'explose réellement que lorsqu'il se laisse dominer par son flow, mais comme c'est uniquement le cas lors des rares longs couplets...

- Sir Samuel passe complètement inaperçu sur scène.

- Sly the Mic Buddah joue en permanence un rôle agaçant de pitre. Très, très irritant, et clairement en dessous des autres.

Après avoir fini avec les morceaux du nouvel album, nous avons droit à la rituelle séance de beat-box, relativement courte et médiocre. Néanmoins, elle est clôturée par un 'Get your freak on' magistral. Ensuite s'intercalent tubes ('Raz de marée', 'Angela', 'La preuve par 3') et chansons moins connues ('Plus', 'Trop agile', 'J'adore ça', 'Ragots').

Finalement, le choix des morceaux est assez courageux, puisque seuls cinq d�entre eux (sur une quinzaine) sont tirés de "KLR". Mais l'impression globale est mitigée. La marque de fabrique et l'énergie sont toujours là, mais l'absence de prise de risque les confine dans un registre restreint et, à la longue, répétitif.