Article Chiens de Paille, un cheminement
"Dans ce coeur que seules les pleurs calment, trouve le courage : il est l'heure qu'on se sépare. On se prépare jamais assez à ce départ, je sais, mais il se fait tard : faut qu'on y vienne. Hé, m'man, te mets pas dans cet état, et embrasse ton gosse - je pense pas qu'il revienne." ('Le chant des sirènes', 2001)
09/01/2005 | Par Anthokadi
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"There is a time for war, and a time for peace.
Ladies and gentlemen, the time for peace has come."
(Itzhak Rabin, Washington D.C., 13 septembre 1993)
Il était une fois Chiens de Paille

"L'homme est libre, sauf en ce qu'il a de profond. A la surface, il fait ce qu'il veut ; dans ses couches obscures, "volonté" est vocable dépourvu de sens."
(E.M. Cioran, "Aveux et anathèmes", 1987)
"On trouve souvent dans mes films la problématique de la parole présente ou absente. C'est qu'elle a un pouvoir absolument extraordinaire, cette parole qui nous est donnée. Elle peut provoquer de grandes ou de mauvaises actions. Et pourtant aujourd'hui elle a perdu sa valeur. Le monde est empli de bavardages. Ce qu'on appelle l'information dont on prétend avoir tellement besoin - voyez la télévision et la radio - les commentaires permanents, infinis des journaux, tout cela est vide et dépourvu de sens d'un point de vue fondamental. On s'imagine que l'homme doit savoir tout un tas de choses dont en fait il n'a pas besoin, dont la connaissance lui est strictement inutile. Nous mourrons sous les tonnes de cette information bavarde. En fait, il vaut mieux agir que bavarder. Quant aux mots, aux paroles avec lesquelles nous communiquons - et ceci concerne l'art - ils doivent être dépourvus de passion. C'est la nostalgie que nous éprouvons envers le principe olympien, cette froideur, cette réserve classique, qui fait la magie, le secret des grandes oeuvres à résonance métaphysique."
(Andreï Tarkovski, cinéaste soviétique, 1932-1986, extrait d'une conférence de presse donnée à Paris le 15 mars 1986, à l'occasion de la sortie de son septième et dernier film, intitulé "Le sacrifice")
"Rudes sont le ciel et la terre qui traitent en chiens de paille la multitude d'êtres. Rude est le sage qui traite le peuple en chien de paille... L'espace entre ciel et terre, pareil à un souffle, est vide et ne s'affaisse pas. Exhalé, il est inépuisable... La parole conduit au silence - autant en pénétrer le sens."
(Lao Tseu, "Tao Te King", Vème siècle avant J.C.)
C'...
C'est...
C'est l'histoire...
C'est l'histoire de deux hommes, presque frères, nés à un âge où d'autres estiment avoir fait le tour de tout. L'histoire de deux êtres qui n'ont eu de cesse, depuis, de tendre vers la (re)naissance qui leur est due. Deux hommes qui, au fil des ans, tentent de changer les larmes en rires, comme d'autres le firent pour l'eau en vin. C'est l'histoire de deux adultes en quête d'enfance, marchant à rebours de leur temps, rêvant de pierres, de bronze et de cavernes, jardinant l'Eden de leur innocence pour mieux en défendre le fruit. C'est l'histoire d'une histoire qui aurait pu être autre, qui le sera seulement si, et qui s'efforce de retirer un peu de joie du simple fait d'être connue de quelques-uns. C'est l'histoire d'un voyage vers soi pour une découverte de ses hôtes, version moderne d'un antique principe socratique ("Connais-toi toi-même et tu connaîtras les Dieux et l'Eternité"). Un lent cheminement du crépuscule jusqu'à l'aube : c'est l'histoire d'une histoire qui commençait par "Il était une fois."
""Il était une fois mon histoire"... J'aimerais commencer comme ça, mais je draine trop de peines et de larmes, même pour romancer. Outrancier ? Peut-être, pourtant c'est. On en sait si peu sur moi, à croire que c'est condensé... Décontenançant, mais digne de vous, je suis de tant de corps dans le sang. Je vois trop de cons danser. Laisse-moi te dire comment c'est, parce que trop peu le savent. Tous se trompent donc rêvent... Trêve de fables sur mon compte : je me montre pour que le voile se lève. Fallait que la voix de ceux qui savent serve, mais tout le monde s'en fout. On me prend pour un con ? Je comprends pas. Et vous, il vous faut prendre combien de coups pour comprendre ? Je compte rendre l'amour au désespoir. Tendre sera la mort tant il fait bon mourir là où je t'emmène. La vie y est si laide, mais la route si longue. Ton agonie si lente fustigera tes lendemains - ne le fussent-ils déjà - puis, lentement, ton présent passera. Tu ne seras plus qu'au passé. Tes jours ne seront plus qu'un, le même, dont les couleurs jaunissent à l'épreuve du temps... Pour l'heure, sois de ces vivants qui ne vivent plus, de ces morts dont le coeur bat, qu'on ne pleure pas... Les amis ? C'est quand ça va pas que tu vois que t'en n'as pas - vois comme ceux qui déclarent t'aimer décarrent. Très maigre, t'es aigri ; mais gars, c'est comme ça. Pire : tu n'y es pour rien." ('Le chant des sirènes', 2001)
C'est l'histoire de deux guerres, d'un incessant soi contre soi, du face-à-face de deux piles. D'un combat sans vains coeurs, où l'adversité n'est qu'un prétexte. Un combat sans coups portés, où les mots aiment haut et les notes démenottent. Façon Nelson Mandela 1962, c'est l'histoire de l'un de ces combats perdus d'avance, peut-être le seul digne d'être mené. Une histoire de volcans humains, de jaillissements de lave chaude et de rétention de sang-froid. C'est l'histoire de sans-abris, d'hommes qui marchent sur la tête. Une histoire de France d'en bas où le monde est un toit du haut duquel l'immonde se toise. C'est l'histoire d'un rêve universel, qui s'oublie un temps, longtemps, souvent, et qui se rappelle à tous, un jour, toujours.
"Ma voix s'élève. Je parle vrai par ces vers. Eh, partenaire, vois le verbe sincère, là, de mes lèvres. Connaître la vérité, la voir renaître, c'est comprendre que l'âme est chère, que les diamants valent le verre, que l'Ere bat de l'aile. Roc-A-wear, Ralph Lauren, Louis Vuitton ne créent pas les Mers, l'Air pur, Arbres, Terre. L'Occident dans ses mirages se perd par revers. Sa loi, ses règles ne se reflètent pas dans le miroir céleste. L'appât du gain égare le faible. J'oppose vérité et prospérité. Parcellaire, notre savoir est maigre. Par l'éther, ce flow m'est dicté. Savoir, c'est savoir qu'on ne sait rien. Je lègue l'âme de ces lettres à ma postérité. On rêve d'être en place, célèbres, Rockfeller... Mais la vraie perle n'est-elle pas l'humble qui donne à ses pairs ? L'orgueil nous perdra, c'est clair. Quand c'est l'heure, on n'emporte rien devant le Seigneur, sauf le poids de son oeuvre. Je monte, je tombe, mais je reste de larmes et de chair. L'amour de ma fée, l'espoir de mon frère, c'est ce que moi je préfère. Un parfum de révolte baigne cette jungle qui est nôtre. Je veille à une âme légère, reste droit, humble et fort." ('Nos perles', 2003)
C'est l'histoire de rêves d'aventuriers, d'une reconquête of paradise. L'histoire de deux rêves et d'une réalité, à moins qu'il ne s'agisse de celle de deux réalités et d'un seul rêve. C'est l'histoire d'un rap martial exécuté par deux alb-hommes. L'histoire de ce qui les a précédés, de ce qu'il y a eu entre, et de ce qu'il adviendra si... Tentatives ou essais ? C'est l'histoire d'une double peine : la première née de l'accouchement sans péridurale d'un premier disque, la seconde des cicatrices mal refermées qui affleurent du second.
"Saines images dans mes yeux d'enfant : scènes de vie calme dans un lieu qui enchante. Gentille femme, paisible havre, délicieuse entente. Train de vie stable pour d'heureux parents. Les p'tits se marrent, ensemble au pied de l'arbre, le 25 décembre. L'avenir charme, s'envisage sous des cieux tentants. Paysages cléments de mes nuits d'antan : c'est ainsi que j'imaginais trente ans ; puis la vie se cale au milieu, entre-temps - insidieusement -, et le mirage se dissipe peu à peu dans le vent. L'innocence, réduite en cendres, vire au sang d'encre et, bien qu'on reconstruise l'enceinte, ça reste en ruine en dedans... Aujourd'hui, comme se dessinent trente ans, je sais pas ce qui a merdé, mais le joli plan tendre a jauni lentement. Je vis toujours chez m'man. Le même lit branlant. Train de vie sans le franc. Elle trime sans rien dire pour que j'aie du beef dans le ventre. J'ai honte des circonstances. Souvent, je file dans le centre à l'heure où on dîne ensemble. J'attends qu'elle dorme et me fais tout petit quand je rentre. Dehors, immense file d'attente pour un 'dwich sans viande. Il semble que personne n'ait de famille dans ce monde. Ca rapplique en bandes : un petit pansement au spleen ambiant, mais ça reflète trop ce que je suis, me rappelle ce que je fuis, alors j'esquive franchement... Je fais des disques, mais l'industrie s'en branle : elle veut du hit en branche, du fric en banque. Moi, je mets mes tripes en vente... C'était pas comme ça dans mes rêves, mais les rêves jouent des tours. Je veux dormir calmement, respirer comme avant. C'est tout." ('Dans mes rêves', 2002)





